u« L’inventaire des rêves » de Chimamanda Ngozi ADICHIE. Avec l’auteure, nous pénétrons dans les univers de quatre femmes. Quatre Africaines immigrées récentes aux Etats Unis. Nous les accompagnons dans leurs pensées, leurs émotions, leurs sentiments, leurs rêves, leurs espoirs, leurs lâcheté, leurs survie face à la violence des hommes.

Il est beaucoup question d’amour. D’amitié. De regard sur soi. Sur l’autre, sur les autres. Dans un environnement où afrodescendants et immigrés récents d’Afrique se côtoient sur le sol américain. « C’est peut-être ton ancêtre qui a vendu le mien à des esclavagistes ! » dit un américain noir à une de ces jeune femmes venue du Nigeria. Où la question de l’africanité demeure centrale.

Chimamanda Ngozi Aichidié démontre une fois de plus sa capacité à saisir les pensées de femmes aux prises avec la vie. Avec la vie dans ce monde. Le roman est construit à partir de chacune de ces quatre femmes et de leurs relations : Chiamaka, Zikora, Kadiatou, Omelogor.

  • Chiamaka

Avec cette femme issue d’une riche famille Igbo du Nigeria [1], Chimamanda Ngozi Adichie nous entraine dans la quête d’une relation amoureuse. D’une beauté éblouissante, Chiamaka se débat entre injonction familiale au mariage (avec un Igbo-chrétien-riche) et recherche d’un amour authentique. A 39 ans, toujours célibataire, elle parcourt le monde en écrivant des chroniques touristiques originales. Une femme noire en balade sur la planète. Elle n’est pas très sûre de son activité professionnelle. Au fond, elle se débat avec la recherche de son propre désir. Par-delà le discours de sa mère, de ses amies, qu’attend-elle d’un homme ? Quelle conscience a-t-elle de sa quête, au juste ?

Darnell

L’auteure nous fait partager sa relation avec Darnell, un afrodescendant qui exerce sur elle une emprise totale. C’est lui qui la questionnera sur les relations entre leurs aïeux respectifs. L’un n’aurait-il pas vendu l’autre aux marchands d’esclaves ?

De fait, c’est Chiamaka qui se met en situation de dépendance absolue, de soumission. Dans sa tentative de le satisfaire. De le valoriser…

Mais c’est elle qui rompt brutalement la relation. Sur un mot de trop de Darnell. Sur un ultime acte de mépris. Le mot qui « fait déborder le vase ». La domination est ici présentée comme résultat d’une démarche conjointe. Mais Chiamaka en est bien la principale actrice ! La rupture brutale, de son fait, lui fait se demander : « Où l’amour s’en va-t-il quand nous cessons d’aimer. » (p 99)

Chuka

Elle rencontre ensuite Chuka. Il est grand, beau et fort. Attentif, sérieux, engagé auprès d’elle, aimant. Et amant fougueux. Tout devrait sourire à cette relation.

Ses amies, ne comprennent pas que Chiamaka renonce au dernier moment. Juste avant qu’il ne soit présenté à ses parents. Pour elle, il est trop prévisible, trop fade, sans rugosité. Elle va rompre. Et dit à Chuka « qu’elle n’est pas prête ». Une façon de ménager sa peine.

Sa mère est effondrée. Elle avait déjà tout imaginé de la fête de mariage. Jusqu’au papier précieux du faire-part qui serait créé en Angleterre, avec les deux « C » entrelacés.

L’amant anglais de Londres

Elle tombe ensuite amoureuse d’un intellectuel anglais rencontré au travers d’échanges professionnels. Elle va le rejoindre à Londres où elle habite dans un des appartements de ses parents. De longs préliminaires faits de grandes marches dans la capitale britannique… Jusqu’au premier baiser. Et ce baiser provoque la confession de l’homme. Il est marié. De promesse en promesses de divorce, toutes non tenues, la relation se construit. Jusqu’au brusque départ de Chiamaka. Retour aux Etats Unis.

Chimamanda Ngozi Aidchie ne nomme jamais cet amant autrement que « l’Anglais marié ».

Nous retrouverons le récit vu des yeux de Chiamaka à la fin du roman.

  • Zikora

Avocate talentueuse, c’est l’amie de Chiamaka. Le chapitre commence par une longue évocation de son accouchement dans une clinique proche de la capitale Washington. La souffrance déchire son ventre. Une souffrance que sa mère banalise. « C’est ça un accouchement ! » (p 155) lui dit-elle en igbo, alors qu’elle se tord de douleur.

Elle a déjà dessiné son avenir

Un avenir tout tracé dans sa tête. De brillantes études puis la réussite sociale. Mariage avec un homme aimant et socialement élevé. Deux ou trois enfants. Elle a tout pour trouver un mari. Sa réussite professionnelle, son environnement familial, son ouverture sur le monde.

Mais, comme Chiamaka, elle voit ses amies se marier autour d’elle. Tandis qu’elle reste célibataire.

La prière, le Pape, le site

Un temps, elle est apaisée par d’intenses séries de prières. Elle garde de la visite du Pape au Nigéria, alors qu’elle avait 9 ans, un souvenir poignant. Ne l’a-t-il pas regardé ? Ne lui a-t-il pas adressé un salut de la main ?

Elle a 30 ans, puis 31. Toujours célibataire. Sa foi en les prières vacille. Son amie Chiamaka la convainc de s’inscrire sur un site de rencontre. Elle finit par s’y engager. Mais va de déception en déception.

« L’inventaire des rêves » de Chimamanda Ngozi ADICHIE couverture du livreLes « voleurs de temps »

Chimamanda Ngozi Achidié nous fait partager le récit des deux de ces relations. « Voleurs de temps » ? Oui, car l’horloge biologique ne s’arrête pas pour les femmes. Le temps est compté pour avoir des enfants. Tandis que ces relations ne débouchent sur aucun engagement.

A Rome, la fumée blanche signale l’élection du Pape François. L’espoir renait chez Zikora. Elle a 39 ans. Et… elle rencontre Kwama.

Abandonnée

C’est l’homme qu’elle attendait depuis si longtemps. Un homme aimant. Toujours à l’écoute. Le complice des secrets partagés. Qui avait visité ses parents au Nigeria. Avait établi un début de complicité avec son père. Lui, adoré par celle qui devait être sa future belle-mère. Qui s’était intéressé aux coutumes de mariage des Igbo. Qui parlait de leur couple au futur. Evoquant les moments où ils vieilliraient ensemble. Lui, le mari parfait.

Ce même homme quitte Zikora à l’instant même où elle lui annonce qu’elle est enceinte. Parti, sur le champ. Sans explication. Sans réponse aux messages que lui adresse Zikora. D’innombrables messages. De quoi mettre son honneur en miettes.

Donner la vie

Avec Zikora, l’auteure nous amène plus profondément dans l’intimité des femmes. Celle où se créé la vie. Où se retient ou pas la vie. Finalement, celle où se donne la vie.

Depuis l’hôpital où elle vient d’accoucher, elle s’adresse à Kawma pour lui annoncer la naissance du bébé. Kwama reste silencieux. Aucune réponse aux messages lui annonçant la naissance d’un fils. De son fils.

Très puissantes sont les pages qui décrivent les émotions qui émergent difficilement du chaos affectif qui a envahi l’esprit et le chœur de Zikora. Les infirmières sont présentes, sensibles, humaines.

A ses côtés, sa mère inflexible, dure, sans tendresse. Alors Zikora lui jette à la figure qu’elle a déjà été enceinte et qu’elle a avorté. C’était avec son premier amour, elle avait 19 ans. L’épreuve avait été terrible. Mais elle l’avait menée seule, sans soutien. Dans le secret.

Un secret qu’elle a porté longtemps. Jusqu’à le confesser plusieurs années après devant un prêtre américain. Celui-ci s’est montré généreux dans l’écoute de ce que l’église considère comme crime. Dieu est miséricorde !

  • Kadiatou

Avec Kadiatou, l’auteure fait basculer le récit en Afrique. Et nous fait faire ensuite le chemin de la migration vers les Etats Unis. Le récit vu par Kadiatou commence en Afrique, dans la vie des villages. Dans ces sociétés de liens. Là où se nouent, se déchirent, se reconstituent les relations. Là où parentés, lignées, relations familiales, appartenances ethniques, religieuses, structurent en profondeur la vie sociale. Au travers d’interdit, d’assignations, mais aussi de protections, de sécurités.

On voit en comparaison comment la vie des immigrés africains aux Etats Unis est une constante tentative de mise à distance de ces liens. Tout autant que de les maintenir, les aménager, déjouer ses règles. Avec le jeu complexe entre ici et là-bas. Ce que l’on montre, ce que l’on fait ici. Ce que l’on montre, ce que l’on fait là-bas. Des liens qui sont autant de sécurités, de sources de force, d’assurance, que d’entraves aux élans individuels.

Cette bascule en Afrique nous fait aussi saisir le poids de la nature. La poussière, la végétation, l’eau des rivières, les arbres, les animaux… Mais aussi la sécheresse, la chaleur, les pluies, les inondations.

Et aussi les croyances, les traditions qui ont permis que la vie s’épanouisse et se maintienne depuis des millénaires. Mais aussi qui constituent autant de charges qui peuvent écraser les individus. Qui peuvent couper dans leur élan les tentatives d’émancipation, de découverte. Surtout pour les filles, les femmes.

Un chapitre de chair et de sang

Un texte qui prolonge celui de Zikora aux prises avec son corps, avec la naissance de son fils. Avec Kadiatou et Binta, nous sommes également dans cette intimité avec le corps des femmes. Dans les tâtonnements et questionnements sur leur éclosion en tant que femme. Dans la terrible atteinte à la plus intime des perles de leur féminité.

Mais aussi dans la maternité espérée, douloureuse, incertaine. Dans la négociation, toujours, avec un homme. Avec les hommes de la famille. Donner la vie. La vraie joie de la mère. Ce petit être est à moi ! Fragilité. Perdre la vie. Espérer.

Kadiatou, son père dans la mine d’or

Elle a perdu son insouciance quand on lui apprend que son père, qui partait si tôt le matin, est mort sous un éboulement dans la mine où il travaillait. Une mine d’or ? Un monde enchanté pour la petite fille. Brusquement, elle comprend que ce Papa va s’absenter pour toujours. Sauf dans ses rêves.

Elle revient au village. Et grandit à l’ombre de Binta, sa grande sœur. Une fille pleine de vie, de curiosité, d’élan. De promesses. Toutes deux, elles découvrent la nature. Également l’attrait de la ville lointaine. Mais aussi les premières règles. Ce qui se cache de Vie derrière ce phénomène douloureux. Et l’excision. Sans laquelle elles ne trouveront pas de mari !

Les premiers élans vers un garçon. Amadou. Il a réussi à partir en Amérique avec un visa vert. Il lui a promis de la faire venir. Mais elle est destinée à épouser un cousin. Un cousin qui ne lui plait pas, pas du tout.

Amadou n’est pas Peul. Depuis deux ans, il n’a donné aucune nouvelle. L’assignation à rester dans son ethnie est forte pour Kadiatou. En sortir peut entrainer la honte car le sang va s’affaiblir à franchir la frontière.

Attente d’un homme, d’un mari « convenable » qui vous fera des enfants. Si Dieu le veut, quatre garçons et trois filles !

Mariée à Saïdou

Finalement, elle est mariée à un homme qu’elle ne connait pas. Il travaille dans une mine de bauxite, détenue par des Américains et des Français. Elle part avec Saïdou dans la ville minière. Un lieu tout enseveli sous la poussière. En permanence. Il y en a même sur le dos des poules ! Une poussière qui donne des boutons sur tout le corps. Qui empêche de respirer…

Saidou est plutôt bienveillant. Mais il se met à boire. L’alcool, c’est une honte immense pour Kadiatou.

Entre culpabilité et malédiction

Elle a un fils rapidement. Mais il ne vit pas. Est-ce l’alcool de Saïdou qui a jeté sa malédiction sur le couple ? Enceinte de nouveau, elle met au monde une fille. Et quand Saïdou meurt dans un accident sur la mine, elle est confondue de honte. Ses prières n’ont-elles pas précipité sa mort ?

Le poids des croyance est accablant. Et les haines qui se déchainent sur la base de ces croyances rajoutent au désespoir.

Binta, la sœur modèle

Sa sœur Binta est partie à la ville. A Conacry chez une tante. Mais elle a quelque chose qui pousse dans son utérus. Faut-il l’opérer ? La famille se divise dans l’inquiétude et la peur. Finalement, l’opération a lieu. Et la terrible nouvelle arrive au village : « Binta ne s’est pas réveillée ». La mère s’effondre.

C’était sa lumière, celle qui allait lui donner de la gloire ! Kadiatou a perdu sa sœur chérie, son modèle. Elle pleure !

Kadiatou à la ville

A Conakry, elle travaille chez un « Monsieur » dont la femme, très méprisante avec les filles de la campagne, vit à Paris. Un jour, des militaires envahissent la maison. Le Monsieur est absent, mais la maison est dévastée. Kadiatou et sa fille Binta sont épargnées et laissées là. Elles partent.

Au restaurant où elle travaille avec ardeur, Kadiatou est violée par le patron. Elle en tire une honte immense. Une culpabilité. Nouvelle fuite avec sa fille, pour sa survie. Nouvelle honte. Mais Amadou réapparait !

Amadou et l’Amérique !

Il a promis qu’il reviendrait. Et il est revenu. Il veut toujours l’amener avec lui en Amérique. Il l’aide dans ses démarches pour l’obtention du visa. Demande du statut de réfugié au motif du risque d’excision pour sa fille Binta. Visa accordé.

Kadiatou à New York

Elle découvre cet immense pays. Elle est logée chez un oncle d’Amadou croyant sincère, respectueux, bienveillant. Mais elle sent qu’Amadou est inquiet, peu empressé à « envoyer les noix de kola » à sa famille en Guinée. Envoyer les noix de kola, c’est faire une demande de mariage ! Il remet cela à plus tard.

Kadiatou part alors à Washington où l’oncle lui a trouvé un travail dans un hôtel de luxe, très bien payé. Elle part avec sa fille et s’installe tant bien que mal dans la capitale. Là, elle va rencontrer Chiamaka et ses amies.

Amadou incarcéré

Il gagne sa vie comme dealer de drogue dans le quartier. Et il a été attrapé. C’est un produit interdit. Kadiatou est très attentive aux motifs qui ont mis Amadou en prison. Il n’a n’y volé ni attenté à une autre personne. Il garde son honneur. Et elle aussi ! Mais n’est-elle pas coupable de l’avoir laissé seul à New York ?

Elle attache une immense importance à la préservation de son honneur. De l’honneur de sa famille, à 7000 km de là. C’est une façon de « faire famille » à laquelle elle reste très fidèle. C’est aussi une partie de sa sécurité personnelle.

Binta sa fille grandit, elle va faire des études supérieures. Kadiatou est tellement admirative ! Elle qui ne sait pas lire et qui parle encore un anglais approximatif.

Elle attend la sortie de prison d’Amadou. Visites au centre de détention. Envoi d’argent. Elle se comporte comme son épouse. Sans l’être formellement.

Un matin, tout bascule

Elle va à son travail quotidien dans le grand hôtel. Et entre dans une suite pour en faire le ménage. Elle a respecté les instruction. Elle a frappé. S’est signalée. Est entrée. Là, elle voit un nomme nu, le sexe dressé. Il se précipite sur elle, « un être mi-homme, mi-diable, mi-animal ». C’est un viol ! Avec l’humiliation. Avec la chosification qui l’accompagne.

Un scène qui emprunte à un évènement réel avec un personnage très haut placé dans un hôtel de New York en 2011 [2].

Chimamanda Ngozi Achidié relate ce viol d’une façon sobre et précise

Les pages qui suivent sont d’une immense intensité. Nous sommes immergés dans l’esprit de Kadiatou. Dans ses émotions, ses peurs, son angoisse. Dans son corps souffrant. Elle est prise dans un mélange d’humiliation et de honte. En plus, elle est dans la hantise de perdre son travail !

L’auteure nous fait suivre les étapes des procédures parfaitement organisées à appliquer dans ce cas. Une infirmière spécialisée dans les agressions sexuelles la prend en charge. Examen minutieux. Photographies des traces sur le corps, sur les parties intimes. Prélèvements dans sa bouche, son sexe, son anus… Abandon de tous ses vêtements comme pièces à conviction. Kadiatou voudrait partir. Voudrait que cela ne soit pas arrivé. Être ailleurs.

Mais la procédure est implacable. Et elle s’y soumet. Interrogatoire par un policier, bienveillant mais froid.

Elle rentre chez elle, ravagée. Bienvenue l’eau chaude qui coule sur sa peau sous la douche. Longtemps, longtemps ! Que va-t-elle dire à Binta sa fille ?

Et là, le drame explose

Elle voit à la télévision le visage de son agresseur. En gros plan. Le visage du « client » de l’hôtel. L’affaire s’est répandue sur le monde entier. On vient frapper violement à sa porte. Ce sont des journalistes. Peut être un homme chargé par le « client » de l’assassiner. Elle appelle Chia qui lui conseille d’appeler la police.

Celle-ci arrive et organise son exfiltration du petit appartement, couverte d’un grand drap blanc qui la dissimule aux yeux des journalistes déchainés. De son village en Guinée, on lui montre des journalistes blancs qui cherchent des témoignages sur elle, des images d’elle.

Amadou, informé, parle de millions de dollars. De « réparations ». (p 381) « Cet homme t’a attaquée, alors tu mérites la justice américaine : l’argent. » Comment des dollars peuvent-ils réparer une telle catastrophe ? Une telle humiliation ?

Kadiatou ne comprend pas. La vie qu’elle avait construite, avec son petit appartement bien rangé, sa fille au lycée, son travail où elle était appréciée, sa collègue chinoise Lin avec qui elle s’entendait si bien. Tout cela est ravagé.

Un second viol

Elle doit voir un procureur. Un homme qui va chercher à faire avancer la vérité ? Non, un inquisiteur qui va mettre tout son savoir, son pouvoir de domination pour insinuer que Kadiatou est une menteuse. Une interprète l’assiste. Elle parle peul mais d’une autre région d’Afrique. Les questions du procureur redoublent, rapides. Kadiatou est déstabilisée. Les questions fusent. Elles portent sur la scène de la chambre d’hôtel. On lui demande dix fois de raconter la scène. Au fond, on ne la croit pas ! Toutes ses réponses sont mises en doute. Puis les questions s’étendent. Comment est-elle entrée aux Etats Unis ? Quels ont été les arguments de sa demande d’asile. Elle est soupçonnée d’avoir menti, là encore.

Elle ne comprend pas. La panique l’étreint. Elle est submergée par la honte. De quoi ? Elle ne sait. L’interprète ne l’aide pas. Le procureur impose ses mots. Son rythme. Son cheminement. Sa logique. Son objectif : mettre en doute la sincérité de Kadiatou. A aucun moment, il n’a déployé un minimum de neutralité à défaut d’empathie. De compréhension de l’être humain qu’il interroge.

Chimamanda Ngozi Achidié nous livre là des pages intenses. Nous sommes Kadiatou. Nous sommes harcelés par un homme de loi qui impose sa pensée. Et sa façon de penser. Qui domine sans retenue la personne blessée, meurtrie, qu’il a en face de lui. Toute la domination blanche et institutionnelle s’étale, insupportable, dans cette scène. Comme un second viol. Un second viol en fait ![3]

La presse s’est largement emparée de cette affaire croustillante

Une affaire d’écart, de gouffre entre classes sociales, entre races, entre sexes ! Tout y est pour faire des articles à sensation. En gros titre, un journal la traite de « Prostituée ». L’honneur de Kadiatou est à terre, piétiné, ravagé.

Elle n’imagine aucune issue. Aucune fin à ce cauchemar. Comment peut-elle retrouver ce qu’elle a perdu. Sa vie réglée. Ses plaisirs simples avec sa fille. Son travail ?

Chiamaka, Zikora, Omelogor la soutiennent. Elles sont solidaires. Mais la peine de Kadiatou est incommensurable !

  • Omelogor

Elle s’est engagée dans un projet de retour au pays, après des années passées aux Etats Unis. Elle revient après un échec, là-bas. Echec amoureux ? Social ? Les raisons de ce retour restent mystérieuses. Elle a 46 ans et entretient toujours le site qu’elle a créé « For men only » où elle écrit des posts réguliers en tant que « femme qui se tient du côté des hommes ».

Elle est harcelée par ses tantes qui ne supportent pas son célibat. Au moins, tu devrais adopter un enfant, lui disent-elles.

Elle se réinstalle dans une immense villa à Lagos. Avec ses domestiques, nombreux. Ceux qui sont honnêtes. Et ceux dont elle doit se méfier. Elle rejoint sa classe sociale, tout en haut de l’édifice construit sur la rente pétrolière et sur une répartition de ses retombées totalement inégalitaire.

Elle redécouvre son pays, le Nigeria

Son immense pays avec ses fortes particularités régionales, dont l’empreinte sur les hommes et les femmes est scrutée avec attention par chacun. L’accent, les façons de se vêtir, la couleur de la peau, les coiffures, les habitudes alimentaires, le rapport au village… Et bien sûr, la religion et l’ethnie.

Omelogor redécouvre aussi la force de l’harmatan, ce vent sec chargé de poussière qui assèche la gorge et enveloppe de tristesse les villes et les champs.

Elle renoue avec ses anciennes amies. Et rencontre la vacuité de la vie de cette élite parasitaire. Entre Londres, New York, Lagos, Abuja, Dubaï… et le village. Fêtes décadentes à Lagos, dans un appartement loué pour la soirée. Masseurs, drogues, alcool, sexe, tenues somptueuses, or et diamants étalés… et médisances. Beaucoup de médisances.

Et rien de plus chic que de payer à ses parents un check-up de santé aux Etats Unis. C’est aussi bien en Inde, mais moins considéré !

Le village, dans le pays Igbo [4]

Omelogor ne se laisse pas totalement entrainer dans ces vains tourbillons. Elle a un réel attachement à son village. (p 433) « J’aime le parfum du village, une odeur ancienne de pluies, de feux de bois et de culte rendu à la terre, accumulé au fils des siècles. J’aime aussi observer les chauves-souris qui voltigent au coucher du soleil (…) »

Et du village, elle conserve son amour pour les plats traditionnels. D’ailleurs, c’est un point qu’elle partage avec Chiamaka et Zikora. Même loin du pays, elles sont restées fidèles aux goûts des plats de là-bas. Et Kadiatou partageait avec elles cet attrait, avant le drame qui a bouleversé sa vie.

La terrible affaire de Kadiatou continue de mobiliser les trois amies, Chiamaka, Zikora et elle. La presse prolonge ses médisances, en brodant autour d’Amadou, l’ami dealer présenté comme un important gangster. Et elle, comme à la tête d’un réseau de prostitution. A moins que cela ne soit comme actrice d’un complot politique contre « le client ». Pour abattre son pouvoir et les espoirs politiques qui se construisaient sur sa personne. Toutes ces manœuvres continuent de salir Kadiatou. Les trois amies se demandent quoi faire pour la défendre de ces attaques immondes ?

L’argent

Argent, combines avec les politiciens, blanchiment, détournement… et encore argent. Au Nigeria aussi, la morale a déserté l’espace social. Avec ses spécificités locales. L’auteur n’évoque pas explicitement la source de la richesse qui coule à flot tout en haut de l’édifice social. C’est l’argent tiré de l’exploitation pétrolière qui alimente le grand train de cette élite. Avec, bien sûr, un adossement étroit au pouvoir politique pour prétendre accéder à cette manne.

Ces passages évoquent les romans de Léonora Miano, notamment Le crépuscule du tourment (voir la note de lecture ==> ICI). La description du mode de vie des élites africaines qui étalent leur richesse, leur incompétence et leur morgue y est également sévère.

Banque nigériane

Omelogor dévoile les touts débuts de sa vie professionnelle à Lagos. Après de brillantes études en finance, elle intègre une grande banque locale. L’auteure nous décrit la dure bataille qu’elle mène pour se faire reconnaitre. Par le PDG de la banque d’abord. Puis, plus dur encore, par ses seconds qui se sentent dépossédés par la montée de cette jeune femme compétente. Qui met trop souvent le doigt sur leur imprécision, leur faible engagement intellectuel. Bref, sur leur incompétence assise sur leur statut d’homme.

Elle gagne sa place dans la banque en trouvant la solution à un problème avec des banques suisses mises en difficulté par le Trésor américain dans des transactions douteuses avec les banques nigérianes.

Pouvoir, emprunt, enrichissement

Elle décrit les stratagèmes d’enrichissement autour de l’activité bancaire. Un homme ayant du pouvoir emprunte une somme importante. Une somme qu’il est décidé à ne pas rembourser. La banque passe alors ce prêt non remboursable dans ses pertes et efface sa créance. Le tour est joué.

[JOA] Dans mon activité professionnelle, j’ai rencontré ce même procédé à grande échelle dans la Tunisie du président Ben Ali. La privatisation des banques publiques, présentée par le FMI et la Banque mondiale comme la réponse à ces prédations, n’a modifié en rien ce type de pratiques.

Chimamanda ne présente pas Omelogor comme un chevalier blanc qui va éradiquer la corruption. Mais comme une pure compétence qui va améliorer le système, y compris dans sa prédation.

Car la prédation emprunte aussi bien d’autres canaux. Notamment par prélèvement de sommes importantes qui vont de l’Etat central aux Gouverneurs locaux. Omelogor améliore le système de détournement. Elle déploie là sa vraie aptitude ! Et elle se met à prélever pour elle-même des sommes sur ces sommes volées. Du vol sur du vol !

Cet argent, elle le distribue à des femmes qui mènent une activité économique dans son village et aux alentours. Elle dit qu’elle ne veut pas de remerciements. Seulement de s’engager à agir « en aidant une autre femme comme toi ».

Retour aux Etats Unis

Cependant, elle n’est pas satisfaite de sa vie dans ces eaux troubles. Ses propres pratiques la dégouttent. Elle décide de quitter le Nigeria et de retourner aux Etats Unis pour suivre un master de sociologie culturelle. L’obtention d’un visa est une épreuve humiliante.

Mais son regard sur la société américaine n’est pas moins critique

Ce pays est « douloureusement différent du mien » dit Omelogor. La bienveillance hypocrite qui recouvre d’un voile épais les relations sociales lui est insupportable. Dans le rapport à l’autre du Sud, il y a, chez les Américains blancs, un esprit de domination qui échappe à ses auteurs. Totalement. Formant un angle mort dans leur bonne conscience.

Dans le même esprit, l’auteure écrit, à propos des Etats Unis « que l’Amérique est aveuglée par sa force ». C’est bien cela !

Aveuglement et « Groupe d’Aix »

[JOA] Ce point me rappelle un souvenir personnel. C’était pendant ma participation aux travaux du « Groupe d’Aix ». Un groupe de contact d’économistes Israéliens et Palestiniens. L’organisateur avait demandé que des tiers soient inclus dans ce groupe (Union européenne, FMI, Banque mondiale… et ministère des Finances de France pour ce qui me concernait).

Lors de la première séance de travail, tenue à Aix-en-Provence, j’avais été fasciné par la liberté des échanges entre les parties en conflit. Nous étions en 2003, bien après les Accords d’Oslo. Un léger espoir soufflait encore sur la situation. Espoir d’une possible dynamique de paix. Et nous souhaitions y contribuer en travaillant sur une « feuille de route économique », élaborée conjointement par des membres des deux parties et « validée » par des experts (les « tiers »). C’était pensé comme une contribution à la paix.

Lors de cette première séance, j’avais éprouvé un malaise que j’avais formulé ainsi. « Je constate que la partie israélienne dans ce groupe ne sait pas gérer l’écrasante supériorité dans le rapport de force que son pays peut déployer face à la partie palestinienne. » Cette remarque n’avait provoqué que peu de réaction. L’histoire allait montrer que ce groupe de travail n’était qu’un leurre (un de plus) pour camoufler l’absence totale de volonté d’aboutir à la paix de la partie israélienne. J’ai alors démissionné de ce Groupe d’Aix en 2008.

Omelogor de retour aux Etats Unis

Elle a intégré une formation en master et souhaite travailler sur la pornographie. Mais elle ne s’intègre pas au groupe d’étudiants de son cours. Des étudiants en majorité « progressistes », vertueux et moralisateurs. Qui ne parviennent pas à la situer. Et, de fait, qui émettent sur elles des jugements aussi sévères que superficiels. Omelogor ne supporte pas leur « antiracisme » déconnecté du réel. Idéologique. Désincarné.

Comment être solidaire… ?

[JOA] Nous retrouvons là les développements de Sylvie Laurent dans son analyse de la formation de la nation américaine Pauvre petit Blanc (voir la note de lecture ==> ICI). Elle y montre l’ambivalence totale de « l’anti-racisme » de larges parties de l’électorat Démocrate. Ces urbains, instruits, ouverts sur le monde et les minorités…

Mais, selon nous, l’auteur qui pose le mieux le problème est J.M. Coetzee dans son roman En attendant les barbares. Voir la note de lecture ==> ICI. Où le héraut du roman, magistrat progressiste, sombre dans la contradiction insurmontable de sa situation. Comment, faisant partie d’un système dominant, être réellement solidaire d’une population dominée par ce système ?

[JOA] Cette question est celle sur laquelle se fracasse depuis un demi-siècle l’ensemble du mouvement progressiste formé à l’école occidentale. En Europe, aux Etats Unis, en Amérique Latine… Pour ne pas avoir trouvé de réponse à cette question fondamentale, au moment où les rapports entre Nord et Sud se bouleversent, la pensée progressiste se défait et laisse la voie ouverte aux idées d’extrême droite.

Et l’amour ?

Nous revenons au roman de Chimamanda Ngozi Adichie. Omelogor n’a pas rencontré l’amour en revenant au Nigeria. Elle a été attentive à l’émoi qu’elle peut ou ne peut pas ressentir quand elle rencontre un homme. Et, ce véritable émoi survient si rarement ! Il est si fragile !

Et Kadiatou ?

Les rumeurs parviennent aux oreilles d’Omelogor. Le doute instillé par les médias dominants a fait son chemin. Ses amis à Lagos, à Abuja, sont largement convaincus de la mauvaise foi de la « femme de chambre ». C’est une profiteuse ! Une intrigante !

Kadiatou doit se défendre. Elle décide avec son avocat de parler publiquement. Son interview est annoncée comme un spectacle. Le jour dit, on la voit à l’écran, hésitante, peu sûre d’elle. La question de la langue est déterminante. Avec son anglais incomplet elle ne peut renverser le doute que la presse a répandue sur elle.

[JOA] Dans ce roman, nous sommes plusieurs années avant l’éclosion du mouvement « Me too ». Aujourd’hui, sur les murs des villes, des femmes placardent des affiches où on peut lire « On te croit ».

  • Chiamaka

Nous revenons à l’écoute de Chiamaka, toujours à la recherche de l’amour. La pandémie de coronavirus a progressé, avec la peur et l’incompréhension qu’elle engendre.

Après sa relation à Londres avec « l’Anglais marié », elle rencontre à Mexico un Hollandais. Brillant, séducteur, direct. L’auteure lui donne un prénom : Luuk. Un homme installé avec assurance dans la réussite sociale. Elle noue une relation avec lui. Sera-t-elle durable ? Elle ne peut empêcher ses larmes de couler en voyant un couple de vieilles personnes marchant tranquillement dans une rue d’Amsterdam en se tenant par la main. Vivra-t-elle un jour une telle situation ?

Derrière Luuk, ce charmeur raffiné, Chiamaka découvre une blessure familiale. Sa mère est issue d’une relation de sa grand-mère avec un Nazi pendant l’Occupation de la Hollande. Comment porter une telle histoire intime ?

La relation se dénoue. Aussi mystérieusement qu’elle s’était nouée.

« L’inventaire des rêves »

Chiamaka déroule le fil de sa vie. Et dans sa vie, celui de ses rencontres plus ou moins fugaces. Avec un Qatari croisé dans un aéroport à Londres. Quelques minutes après leurs premiers mots, acceptera-t-il de se montrer avec elle devant sa sœur ? Elle ne connaîtra pas la réponse, elle s’en va. Avec un Argentin entrevu au Chili. Des discussions sur le football et les mérites respectifs de leurs équipes nationales. Et puis, une demande de l’homme, précipitée, grossière, détruit la magie de la rencontre.

Un Kenyan rencontré à l’aéroport d’Addis Abeba. Qui parle de l’Afrique et de la nécessité de se recentrer. De valoriser nos richesses, nos mythes glorieux… Un Indien à Lagos, au regard sombre…

Kadiatou et Binta, main dans la main…

Aux Etats Unis, dans les obscurs méandres de la justice, de la politique et de l’argent, la procédure a avancé… et s’est conclue par l’abandon des poursuites. Il n’y aura pas de procès ! Non parce que la viol serait impossible à prouver. Mais en raison des nombreux mensonges qui auraient été découverts dans la vie de Kadiatou avant la journée fatidique. Une entourloupe ! Une manœuvre qui, au fond, va protéger le personnage puissant dont l’action a tout déclenché.

Les trois amies apprennent cette nouvelle qui les laisse découragées. Comment en informer Kadiatou ? C’est Chiamaka qui se dévoue. Kadiatou est avec sa fille, Binta, dans le nouvel appartement dans lequel elles essayent de se reconstruire.

Quand Chiamaka, avec précaution, apprend à Kadiatou qu’il n’y aura pas de procès, celle-ci commence par ne pas comprendre. Puis elle n’y croit pas. Avant d’être totalement soulagée. Elle vivait jusque-là dans la hantise du procès, la peur d’avoir à répondre une fois de plus à ces innombrables questions qu’on lui a posées mille fois, devant un public assoiffé de nouvelles croustillantes.

Le roman se termine ainsi. (p 638) « … Kadiatou et Binta, ces deux personnes pleine de décence, une mère et sa fille assises sur un canapé, main dans la main, leurs visages nimbés de lumière. »

En toile de fond

Au long du roman, courent plusieurs histoires. Il y a le drame qu’a vécu Kadiatou et les développements destructeurs qu’en font la presse. On trouve aussi l’inquiétante montée de la pandémie du Coronavirus entre incertitudes scientifiques et manipulations politico-médiatiques. Il y a aussi, en sombre souvenir, l’assassinat de son oncle par des djihadistes et l’horrible traitement qui a été fait de son corps. Il y a encore le fil du nazisme qui apparait à plusieurs moment dans la trame du récit. Un fil qui provoque sur les personnages des impression profondes.

Et une blessure qui se dévoile peu à peu, liée à la vie en Amérique d’Omelogor lors de son premier séjour. Elle évoque, un court instant, le fait qu’elle a été « maltraitée » aux Etats Unis. C’est ce qui l’a poussée à rentrer au Nigeria. Mais on ne saura pas ce qui a vraiment motivé son retour.

Au fond, à la fin de la lecture de ces 600 pages, je ressens une double impression. Celle de « quitter » avec une pointe de tristesse ces quatre femmes auxquelles je me suis attaché. Et celle de ne pas avoir de réponse à certaines interrogations que l’auteure a laissé apparaitre tout au long du récit. C’est ainsi ! Le roman ne fait pas le tour de la vie des gens ! D’ailleurs, qui pourrait prétendre à le faire ?

L’amour impossible ?

Chiamaka, Zikora, Omelogor sont toutes trois célibataires. Elles estiment être en échec amoureux. Chiamaka et Omelogor sont encore sans enfants alors qu’elles ont passé l’âge de procréer. Zikora s’est retrouvé seule avec un fils. Elle continue de rêver le retour du père. Toutes trois ont accumulé espoirs et désillusions amoureuses. L’auteure brosse ces récits en intégrant l’intimité du corps dans ses multiples dimensions vues par des yeux de femme.

Aucune de ces trois femmes n’a vraiment réussi à dompter l’individu qui a émergé en elles. Des « individus incomplets » en quelque sorte. Comme c’est le cas, dans les sociétés du Sud, de la majorité des hommes et des femmes de leur génération disposant d’une éducation moderne. Sur ce sujet, voir ==> ICI « L’émergence inouïe de l’individu ».

Entre libertés et responsabilités

Dompter ? C’est-à-dire trouver l’équilibre entre libertés et responsabilités individuelles. Un équilibre à inventer dans un environnement hostile fait de pressions familiales, d’injonctions sociales. Le passage par les Etats Unis comme riches immigrées accélère cette confrontation « entre tradition et modernité » mais ne la facilite pas. Elle la complexifie en ajoutant d’autres complexités essentiellement liées à l’origine. Le racisme et la domination des Blancs. L’« angle mort » des progressistes. Les écarts entre Sud et Nord. Le dialogue entre descendants d’esclaves et immigrés d’Afrique…

Avec L’inventaire des rêves, Chimamanda Ngozi Achidié explore en profondeur et avec humanité ces recherches d’équilibres impossibles, portées par des femmes. Face à des hommes qui, trop souvent, restent installés dans leur domination pour ne prendre que les libertés nouvelles sans les responsabilités qui devraient aller avec.

De formidables enseignements sur la société nigériane

Comme la littérature nous l’offre parfois, ce roman nous apporte de précieux enseignements sur la marche de la société nigériane. Sur les relations entre les classes sociales, entre les ethnies. Avec de riches développements sur le fonctionnements des classes dirigeantes.

Au travers de ses personnages, l’auteure nous fait entrer au sein de la gouvernance du pays. Là où se nouent les relations entre pouvoir et richesse. Avec les attributs de l’un et de l’autre. La force brute de l’Etat d’un côté. La puissance financière et médiatique de l’autre : tout peut s’acheter !

Comme Alaâ El Aswani avec L’immeuble Yacoubian pour l’Egypte, comme Hua Yu avec Brothers pour la Chine, comme Leïla Slimani avec la trilogie Le pays des autres pour le Maroc, nous progressons dans la connaissance de ces pays. A des moments de leur histoire où la modernité y débarque avec brutalité, et recompose les sociétés en profondeur. On trouvera sur ce site les notes de lectures de ces trois ouvrages qui nous en disent plus que bien des études savantes. On trouvera également un billet sur le rôle de la littérature dans la connaissance des sociétés « ‘Beaux seins, belles fesses’, ‘Cent ans de solitude’… et l’académisme » ==> ICI.

Merci à Chamamanda Ngozi Adichie !

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Chimamanda Ngozi Adichie, née en 1977 à Enugu (État d’Enugu), est une écrivaine nigériane. Originaire d’Abba, dans l’État d’Anambra, au sud-est du Nigeria, elle étudie aux États-Unis.

Elle y publie des ouvrages, romans et essais, qui rencontrent un important succès critique à partir de 2003 et pour lesquels elle a reçu plusieurs prix universitaires et littéraires. Elle est également connue en tant que militante féministe. Pour en savoir plus sur l’auteure, voir ==> ICI

[1] Le Nigeria est un pays d’Afrique de l’Ouest situé dans le golfe de Guinée. Avec plus de 235 millions d’habitants en 2025, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique et le sixième pays du monde par son nombre d’habitants.

Situé au bord du golfe de Guinée, le Nigeria possède 4 047 km de frontières terrestres, et 853 km de littoral. Il est bordé à l’ouest par le Bénin, à l’est-sud-est par le Cameroun, au nord par le Niger et à l’est-nord-est par le Tchad. Avec une superficie de 923 768 km2, le pays dispose d’un accès à l’océan Atlantique, est irrigué par plusieurs fleuves, et présente une certaine variété de paysages et d’écosystèmes, répartis depuis le littoral au sud jusqu’à la bande sahélienne au Nord.

La culture Nok se développe sur le plateau de Jos, au centre du Nigeria, vers 1500 avant J.-C. avant de disparaître vers le tournant de notre ère. De nombreux royaumes et cités-états, marqués par une forte diversité ethnique, religieuse et linguistique, se sont par la suite constitués sur le territoire nigérian actuel au cours de l’histoire, dont notamment l’empire de Sokoto, l’empire d’Oyo et le royaume du Bénin. Le Nigeria en tant qu’entité politique unifiée est l’œuvre du Royaume-Uni qui colonise le territoire nigérian à partir du XIXe siècle. En 1914, le protectorat du Nigeria du Sud et le protectorat du Nigeria du Nord sont unifiées pour constituer la colonie et protectorat du Nigeria, une colonie de la Couronne membre de l’Empire britannique.

Le 1er octobre 1960, le Nigeria devient un pays indépendant sous le nom de fédération du Nigeria, un royaume du Commonwealth avec pour monarque la reine Élisabeth II, avant de devenir une république fédérale le 1er octobre 1963 tout en restant membre du Commonwealth. Une partie du Cameroun britannique est intégrée au sein du nouveau pays. L’histoire du Nigeria républicain indépendant est marquée par des décennies d’instabilité politique, de coups d’État militaires et une guerre civile causée par la tentative de sécession du Biafra qui a lieu de 1967 à 1970. Le Nigeria connaît par la suite une stabilité politique à partir de l’élection présidentielle de 1999, tout en continuant de faire face aujourd’hui à une insurrection islamiste dans le nord du pays menée par Boko Haram et d’autres groupes djihadistes.

Le pays est la première puissance économique du continent africain en 2016, et la 27e au niveau mondial (PIB) selon la Banque mondiale. Le poids économique et démographique du Nigeria lui a valu le surnom de « Géant d’Afrique ». Toutefois, malgré une production de pétrole importante et une économie diversifiée, le pays demeure relativement pauvre, notamment en raison d’une forte corruption. Les dernières élections se déroulent en février 2023 avec la victoire de Bola Tinubu (du parti Congrès des progressistes).

Depuis 1991, la capitale du Nigeria est la « ville nouvelle » d’Abuja en remplacement de la métropole Lagos, qui reste le centre économique et culturel du pays. Le pays fait partie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Ses habitants sont les Nigérians. En 2022, le Nigeria est le deuxième pays du continent africain avec le plus haut PIB, après l’Afrique du Sud et devant l’Égypte. D’après Wikipédia.

[2] Cette affaire a opposé un homme riche, éminent, blanc, à une femme noire, isolée, peu instruite. Le doute sur sa sincérité, porté par les institutions et des agences de communication s’est a finalement joué. Cette triste affaire s’est conclue sans procès, donc sans culpabilité établie, sans jugement. Avec un arrangement financier. Mais les dollars n’effacent ni l’humiliation ni la honte. Pour en savoir plus, voir ==> ICI

[3] Dans un texte en forme de postface, l’auteure explique sa démarche de mise en fiction de « l’affaire Dialo », du nom de la femme agressée dans la vraie histoire. Elle évoque son propre questionnement sur la mise en doute de la parole de la femme. Dans L’inventaire des rêves, elle a maintenu la dimension fictionnelle, notamment dans le récit de la vie de Kadiatou avant sa venue aux USA. Mais aussi dans celui en rapport avec l’agression. Elle a voulu rendre la parole à la victime. A cette femme noire, pauvre, maitrisant avec peine la langue anglaise.

[4] Les Igbo sont une ethnie habitant le sud-est du Nigeria. Ils constituent 18 % de la population du pays Et représentent ainsi le troisième groupe ethnique le plus important. Ils parlent l’igbo, une langue de la famille nigéro-congolaise. Ce sont des agriculteurs majoritairement chrétiens, dont la société est basée sur un système de classes d’âges. Pour en savoir plus, voir ==> ICI


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