« La terre brûle » de Sunil AMRITH. Avec comme sous-titre : « Mille ans d’histoire ». Un ouvrage imposant portant sur l’histoire longue de la terre et de ses occupants les plus agités : les êtres humains. Une histoire qui intègre l’environnement pour expliquer les évolutions qui ont façonné nos sociétés, nos vies et la vie sur terre. Ainsi que les grands systèmes instaurés par l’humain, sous l’angle de la domination.

Domination des êtres humains. Domination de la nature. L’esclavage et le système des plantations. La découverte des énergies fossiles et l’obsession extractive. Le capitalisme qui se mondialise. Les Guerres Mondiales du XX° siècle… Les débats des années 1970 quand on a pris conscience de la finitude des ressources naturelles… La résistance des dominants à la prise de conscience des sociétés et à l’action contre les dynamiques destructrices…

Au total, Sunil Amrith établit un lien fort entre la domination sur les êtres humains et la domination sur la nature. C’est le point majeur de son ouvrage.

L’auteur part d’un constat. Les avancées de la « modernité », se sont réalisées au prix de consommations croissantes d’énergie fossile. Aujourd’hui, nous en sommes arrivés aux limites de cette évolution. Que va-t-il advenir de la terre ? Et de nous, humains, sur cette terre ?

Pour apporter des éléments de réponse, Sunil Amrith nous propose une histoire de la vie sur terre où le climat, la production de ressources alimentaires, les maladies, la démographie et les grands déplacements de population, sont convoqués aux côtés d’autres facteurs socio-politiques. L’ambition est de combiner l’ensemble de ces composantes.

L’auteur fait preuve d’une immense érudition. Comme en témoignent les 58 pages de notes présentant ses sources. Des source puisées dans toutes les composantes des sciences humaines. Philosophie, histoire, économie. Mais aussi dans la littérature et la poésie, le théâtre, le cinéma, les contes, les jeux vidéo….

Cet ouvrage montre l’engagement de l’auteur. Un engagement humaniste, non violent, ouvert sur la nuance, le questionnement… Qui lie les dynamiques écologiques à l’œuvre et les systèmes de domination. Ceux mis en place par les grands empires dans l’histoire longue de l’Eurasie. Ceux résultant de l’envahissement colonial de la planète. De l’émergence et la consolidation du capitalisme et sa fusion avec les pouvoirs politiques… Une voix résolument du Sud ! Qui décentre le regard auquel nous sommes familiers… 

L’auteur procède par touches successives pour composer son œuvre. Comme un tableau impressionniste. Avec l’évocation des parcours de personnages emblématiques de leur époque, notamment dans les pays du Sud… Avec parfois un coté déroutant tant les fils de l’Histoire sont nombreux, aux interrelations complexes.

On trouvera, dans le texte noté 2/2, les principaux points saillants de l’ouvrage et quelques éléments d’analyse. Pour y accéder, voir ==> ICI

A noter : je n’ai pas utilisé l’Intelligence Artificielle pour la rédaction de ce texte. Pas plus que pour la rédaction de tous les textes déjà publiés sur mon site. Ce n’est pas une position de principe. Je m’autorise à utiliser l’IA pour d’autres travaux. C’est pour une autre raison : le plaisir de l’écriture. Le plaisir des mots, de leur sens, de leur musique, de leur portée. Il me semble que confier l’écriture à l’IA nous prive de ces plaisirs. Il y a bien d’autres raisons pour n’avoir avec l’IA que des rapports distants. Des raisons connues (atteintes à l’environnement) et d’autres raisons que nous imaginons difficilement (dépossession possible/probable de notre humanité). Donc je ne le fais qu’avec parcimonie et après mûre réflexion.

Dans l’immense Eurasie, l’herbe sauvage des steppes versus le blé, ou le riz cultivé sur les parcelles irriguées

Opposition millénaire entre le mode de vie nomade et le mode de vie fermier / paysan ancré sur des lopins de terre. Culture du riz à l’Est de l’Eurasie (Chine), ou du blé à l’Ouest (Moyen Orient, Europe) qui s’oppose aux mouvements des nomades à la recherche de pâtures sauvages dans l’immensité des plaines d’Asie centrale.

Les Mongols nomades, qui ont conquis la Chine de l’agriculture, ont eu la sagesse de respecter, et même d’encourager les cultures. Le riz [1] aux qualités remarquables s’est répandu dans toute l’Asie de l’Est et du Sud.

Réchauffement climatique

Entre 900 et 1300, une période de hausses des températures soutenues par des pluies abondantes a entrainé une augmentation des ressources alimentaires partout dans le monde. Lequel a provoqué une très forte augmentation de la population. Y compris dans les villes.

Puis, au début du XIV° siècle, la planète entière subit une série de catastrophes. Pluies diluviennes et inondations. Refroidissement sévère. Suivis d’une pandémie ravageuse de « peste noire » en Chine, en Inde, en Europe, au Moyen Orient. La population humaine est réduite de moitié. Châtiment de Dieu ? En Europe, on accuse les Juifs qui sont persécutés.

La baisse de la population laisse des terres en friche. Pénurie de bras pour travailler !

Un autre rapport à l’Autre lointain pour les Chinois

En 1405, une armada de vaisseaux chinois part pour sillonner l’océan Indien. Elle emporte des présents pour tous les rois et chefs qu’elle va rencontrer. Inde, Sri Lanka, Arabie, côte Est de l’Afrique… Des cadeaux sont offerts contre la reconnaissance du prestige de l’Empereur de Chine. Mais ce n’est pas une colonisation comme va la pratiquer l’Europe vis-à-vis du monde. A commencer par celle qui s’est abattue sur le continent américain.

D’autant que, en Chine, cette projection loin de l’Empire n’est pas bien considérée. Citant un sage confucéen : (p 42) « Un prince ne devrait pas […] priser des choses venues d’ailleurs » La Chine possède toutes les richesses, elle n’a que faire de celles des autres. Le pays va se refermer sur lui-même. Et concentrer toute son attention à la défense de sa frontière septentrionale. Contre le danger des nomades.

A l’autre bout de l’Eurasie, côté Ouest, c’est tout le contraire

Le XV° siècle en Europe est le moment des « découvertes ». Sunil Amarith ne nous relate pas les exploits des grands capitaines qui vont contourner l’Afrique. Découvrir le continent américain. Le dépasser par le sud. Faire le tour du monde [2].

Poursuivant le fil de son analyse, il nous parle de populations et de leur extermination. D’agriculture et de la ruine des activités locales. De maladies, de climat, de destruction de la nature. De modification drastique des écosystèmes, notamment sur le continent américain.

Soif de l’or et guerre sainte vont animer les milliers d’hommes qui vont se déverser depuis le Sud de l’Europe puis de toute l’Europe sur ce nouveau continent, l’Amérique. Un continent pris, dans les premiers temps de sa « découverte », pour la pointe Est de l’Asie.

Massacres et maladies

La population des Antilles, les Taïnos [3], ne survit pas aux massacres et maladies mortelles que les envahisseurs pratiquent et apportent.

Sur le continent, les arrivées des colons sont tout autant destructrices. La population diminue de 90% sous les mêmes effets que pour les Taïnos des Antilles. Massacres et maladies. L’agriculture traditionnelle (maïs, quinoa, pomme de terre) est ruinée. A la place, les conquérants introduisent les éléments de l’agriculture et de l’élevage méditerranéens.

L’effroyable diminution de la population autochtone va supprimer les cultures sur d’immenses territoires. Là aussi, va se poser la question du manque de bras pour cultiver les nouvelles espèces introduites ! Il faudra faire venir des bras de loin !

Les mines d’argent

La recherche de l’or va conduire à d’autres découvertes minières. Notamment celle du métal-argent. Celui-ci va être exploité à grande échelle notamment dans la mine de Potosi [4]. Face à la pénurie de main d’œuvre pour son exploitation, les Espagnols étendent et intensifient le système de travail forcé en vigueur au sein de la société autochtone. Des milliers d’Indiens périront dans ces mines.

Mais les tonnes de métal-argent qui seront ramenées en Espagne vont jouer un rôle majeur dans le développement du commerce en Europe, au-delà même de la métropole espagnole.

Au total

L’arrivée des colons ibériques, grâce aux progrès techniques introduit dans l’exploitation des vents par les caravelles, va représenter pour le continent sud-américain une catastrophe. L’auteur a intitulé le chapitre qui y est consacré « Les vents de la mort ».

Extension de l’Empire russe toujours plus à l’Est

Pour la Russie, l’extension va se réaliser vers l’Est dans une démarche de colonisation qui va se confronter aux civilisations équestres. Celles des nomades, sur les immenses territoires de Sibérie et d’Asie centrale. Encore une fois, ce sont les sédentaires, agriculteurs, qui vont gagner cette longue lutte.

« La terre brûle » de Sunil AMRITH 1/2 (couverture du livre)Mais là aussi, la question du manque de bras se pose. Comment fixer les paysans sur les terres conquises ? Comment les empêcher d’aller chercher plus à l’Est de nouvelles terres à exploiter librement ? Le servage va se renforcer pour capturer et attacher à la terre cette force de travail.

Le régime des plantations dans les Amériques

La violence de l’esclavage est à la base même du régime des plantations qui va s’installer dans le « nouveau » continent. Entre 1492 et 1866, 12.5 millions d’hommes et de femmes arriveront d’Afrique noire pour exploiter la terre. Pour la culture sucrière dans un premier temps. Un produit totalement nouveau en Europe.

En Afrique, la terre disponible est abondante et la mobilité des hommes élevée. C’est à cet équilibre que vont être arrachés ces millions d’êtres humains dégradés en marchandise.

Ce régime des plantations va s’inventer massivement sur l’île de Madère. Où il connaitra un développement spectaculaire, avant de s’effondrer. Pourquoi cette trajectoire ? Parce que ces cultures sont effectuées dans une vision de court terme. Au prix d’une exploitation forcenée des hommes et de la nature. Pour des profits rapides, sans égard pour la durabilité. Déforestation, monoculture, épuisement des sols… Et épuisement des hommes et des femmes au travail. (p 83) « La violence était le moteur d’une plantation ». Fouet, fers au pieds, carcans, masques de fer… Dans les champs, mais aussi dans les usines où l’on fabrique le sucre. Des forêts entières sont coupées pour faire chauffer les cuves d’où sortira le produit.

Au sucre, s’ajoute bientôt le thé, le café, le cacao comme cultures de rente.

La résistance des esclaves

La résistance a été constante. Plus ou moins massive. Plus ou moins ouverte. La principale résistance visible [5] se manifeste par la fuite des esclaves. Vers l’intérieur des terres. On les nomme alors les « marrons ». Ils constituent des communautés libres. Certaines vont durer plusieurs décennies, notamment au Brésil.

Mais la répression est féroce. Il faut surtout décourager rapidement ces fuites qui donnent le « mauvais exemple ». Car le maintien de ce travail « capturé » est la base même de la culture en plantation.

La croissance des villes

La population des villes augmente fortement dans les derniers siècles du Moyen Âge. Au début de ce boom démographique, rien n’est fait pour l’accompagner dans l’organisation des villes. Les conditions d’hygiène se dégradent fortement. Affectant la longévité de la population.

Pas de traitement des excréments et des ordures. Pas de traitement des animaux morts. Pullulation des rats. Une alimentation en eau insuffisante. Les maladies progressent. Dans les villes d’Europe, très lentement, des services d’assainissement sont mis en place.

Le rêve de l’Ouest américain

En Europe, la pauvreté s’est répandue, surtout dans les villes. Au XIX° siècle, un rêve se construit. Partir pour l’Amérique et prendre possession de terres prétendues « disponibles » dans l’infini des plaines de l’Ouest.

Les immenses possessions françaises qui allaient du golfe du Mexique aux Grands Lacs au Nord reculent et disparaissent, au profit des Anglais. Ceux-ci passent des accords avec les tribus autochtones. Accords constamment trahis.

Car la pression des « pionniers » venus d’Europe est irrépressible. Un récit se créé qui magnifie cette conquête. Soutenu par l’idéologie de « la Destinée manifeste ». Selon elle, la conquête de l’Ouest répond à la volonté divine ! (Voir ==> ICI).

En Russie, c’est la ruée vers l’Est dans l’immensité de la Sibérie

Sunil Amarith emprunte à la littérature [6] des sources pour décrire le déplacement des paysans russes misérables vers le grand Est du pays. Il cite Tchékhov qui partage, un temps, son trajet avec des familles qui « émigrent ». Six millions de paysans pauvres feront ce trajet, pour « mettre en valeur » ces immenses territoires.

Mais des mouvements analogues, peu documentés, vont aussi affecter la Chine et l’Inde. Qui verront des millions de paysans émigrer vers les zones à cultiver en Asie centrale.

Au XIX° siècle, apparait une nouvelle énergie, tirée des entrailles de la terre

C’est la première énergie fossile dans l’histoire humaine. Le charbon. Fait d’une accumulation de végétaux et d’animaux que la pression et le temps ont broyé et transformé. C’est la transmission de l’énergie contenue dans le vivant par-delà les millions d’années.

C’est le premier pas, décisif, de ce que l’on nommera la Révolution industrielle. Cette ressource, en Europe, se concentre dans un « arc charbonnier » qui va de la Ruhr en Allemagne jusqu’à Manchester en Angleterre. En passant par la Belgique et le Nord de la France. Et cette énergie va se transformer en mouvement avec la machine à vapeur.

La Révolution industrielle est lancée

Elle éclot en Angleterre. Et se répand dans l’arc charbonnier. L’Exposition universelle de Londres en 1851 consacre la naissance de cette ère nouvelle. Le mouvement des « enclosures », qui a privatisé les terres collectives dans les campagnes anglaises, va créer une classe massive de paysans sans terre. Ceux-ci vont converger vers les villes où ils formeront les contingents ouvriers des usines qui fonctionnent avec la nouvelle énergie charbon-vapeur.

Les usines de coton se développent. La matière première vient de l’Inde mais le pouvoir colonial a ruiné l’industrie textile locale. Et accorde à la métropole le monopole de la production cotonnière.

La pollution industrielle est une donnée nouvelle. Mais les cheminées qui crachent des volutes de fumées noires comme à Manchester sont aussi signe d’espoir. Espoir de travail, de salaire, d’une certaine sécurité pour des milliers d’hommes et de femmes chassés des campagnes. On commence à s’interroger sur ces dégradations de la nature. Mais l’idée qui prévaut est que ces dégradations sont le prix à payer pour se libérer de la faim.

Le mouvement s’étend hors d’Angleterre

En 1876, c’est à Philadelphie que l’Exposition universelle se tient. L’Amérique du Nord prend sa place dans ce mouvement. En 1885, le Japon assoit sa puissance industrielle naissante. Victoire du Japon sur la Chine. Puis sur la Russie en 1905. L’industrie devient la base de la puissance militaire !

Les chemins de fer

Les pays qui s’industrialisent s’équipent aussi de lignes de chemins de fer. Les réseaux s’étendent. Aux USA, les trains transcontinentaux commencent à structurer le pays et favorisent la marche des pionniers vers l’Ouest. 100.000 ouvrier chinois, fuyant la guerre civile dans leur pays, composent 90% de la main d’œuvre qui travaille à la percée de ces nouvelles voies ferrées. On les oublie car ces trains symbolisent la réconciliation de la nation américaine blanche après les massacres de la guerre de Sécession.

Les tribus indiennes voient leurs faibles droits bafoués. Elles perdent les immenses étendues des plaines. Et vont se retrouver parquées dans des Réserves.

En Inde également, le pouvoir colonial britannique tisse la toile des routes de fer. En Argentine, on retrouve le schéma nord-américain. Chemins de fer + colonisation + extermination des populations autochtones + appropriation des terres. La Pampa se couvre de champs de blé.

Le blé

Dans toutes les Amériques, c’est la culture du blé qui s’impose massivement. Un changement drastique. Dans une agriculture extensive. Argentine, Australie s’ajoutent au collier de pays massivement producteurs de cette céréale. En Europe, ce sont les riches terres d’Ukraine (le tchernoziom) qui produisent le plus. Encore du blé. Au Penjab, le pouvoir colonial entreprend d’irriguer une immense zone désertique. Dans l’Océan Indien, des milliers de paysans pauvres, venant d’Inde et sélectionnés par l’autorité coloniale, vont peupler les Iles de la Réunion et Maurice pour cultiver la canne à sucre.

Emergent d’autres cultures. Café, thé, chocolat. La culture du sucre continue de prospérer.

Le travail forcé change de forme. L’esclavage est progressivement aboli sur le continent américain tout au long eu XIX° siècle. Mais d’autres formes de travail forcé s’instaurent.

Blé : extension des cultures + chemin de fer + télégraphe

Un marché mondial du blé s’instaure, y compris le marché à terme. Sur la place de Londres, un prix s’affirme pour les échanges majeurs au niveau mondial. Les quantités échangées augmentent fortement. Les grands producteurs sont les USA, l’Argentine, l’Australie, l’Inde et la Russie. La Grande Bretagne est le premier importateur mondial.

Riz des deltas en Asie

La Chine, aux prise avec la guerre civile et les « traités inégaux » des puissance coloniales [7], consomme le riz produit sur place. Comme en Birmanie avant la colonisation britannique.

Celle-ci enclenche un mouvement similaire à celui qu’ont connu d’autres régions. Déplacement de populations venant d’Inde, cultures intensives de riz dans les rizières des deltas. La Birmanie devient le premier exportateur de cette céréale pour toute l’Asie de l’Est et du Sud.

Conquête des Amériques et destruction de la nature

La transformation radicale des écosystèmes en Amérique du Nord a entrainé la disparition quasi complète des bisons. Entre 20 et 40 millions d’animaux peuplaient les terres du centre. Ils constituaient un apport essentiel pour les autochtones, les « Indiens ». La disparition des troupeaux a grandement affecté la survie de ces populations.

Les bisons ont été remplacés par des élevages d’animaux domestiques à grande échelle (bœufs, moutons, poulets). Ces élevages ont permis une élévation très forte de la consommation de viande dans les pays occidentaux. Aux Etats Unis, l’activité autour de la viande s’est concentrée, autour de Chicago, en de gigantesques usines-abattoirs.

Colonisation de l’ensemble de la planète depuis la petite « péninsule asiatique » que forme l’Europe de l’Ouest

Tueries animales, tueries humaines. (p 131) « l’une et l’autre étaient au service d’un projet de conquête – des terres, des sols, des minéraux, de l’énergie et des populations ».

Aucune région du monde n’est à l’abri. Après l’Algérie (1830), les Français colonisent le Vietnam et le Cambodge (1860) puis la Tunisie (1881) et le Maroc (1912). Ils pénètrent en Afrique noire. Les Hollandais parachèvent la colonisation de l’Indonésie. Les Britanniques occupent Birmanie. Les Allemands le Tanganika et la Namibie où ils opèrent en 1904 le double génocide des Herreros et des Namas [8]. Les Etats Unis colonisent Hawaï, Guan, Cuba, les Philippines, à la suite de la guerre contre l’Espagne de 1899. Nouveau venu, le Japon colonise l’ile d’Hokkaido. Puis la Corée en 1910.

Sunil Amrith cite l’écrivain britannique Rudyard Kipling [9] qui s’offusque de la souffrance animale devant les abattages massifs d’animaux pour la viande. Tandis qu’il n’a rien à dire des massacres d’Indiens dans l’Empire.

Les famines de la fin du XIX°

Sous l’effet de sécheresses sévères, la plupart des pays du Sud sont affectés par des famines qui déciment les populations. Inde, Egypte, Brésil, Chine du Nord, Sibérie… La peste bovine aggrave la situation. Des troupeaux entiers sont anéantis. La famine s’installe et provoque des dizaines de millions de morts. Oubliés de l’Histoire officielle, ici et là.

Des famines provoquées non par un déficit généralisé de céréales, mais par leur absence de circulation dans les zones pauvres du globe. Les voies ferrées sont construites pour l’exploitation des mines principalement et pour l’extension coloniale. Pas du tout dans le sens de l’intérêt général des populations.

[JOA] Ce point sera largement développé par Amartya Sen [10] pour qui la famine a des causes essentiellement politiques et sociales. Guerres, crise économique, abandon de secteurs de la population par les autorités… ]

L’extraction violente des ressources humaines et naturelles constitue la marque du capitalisme dans son essor mondial lors de la Révolution industrielle.

Après cette première extraction menée à partir du XVI° siècle dans les Amériques (agriculture et mines), la seconde grande extraction violente s’effectue avec l’exploitation de l’énergie fossile (charbon, auquel s’ajoutera le pétrole) qui centuple la puissance des machines. Le travail forcé reste la marque de cet essor, comme dans les Amériques, même s’il prend des formes différentes en Afrique colonisée ou dans l’Empire russe.

Autre rupture : l’espérance de vie s’allonge dans les pays occidentaux

Jusqu’au XIX° siècle et partout dans le monde, seule la moitié de la population des êtres humains parvenait à l’âge adulte. L’espérance de vie (en moyenne) ne dépassait pas 40 ans.

Avec le développement des cultures de masse, en Occident, ce plafond est franchi. La modernité est perçue, au Nord, comme facteur d’augmentation du bien être global.

Cette « modernité » élabore son récit triomphant sous la plume des « dominants ». Occultant le fait qu’elle s’est construite en différenciant les individus selon leur origine et couleur de peau. Et au prix d’immenses souffrances infligées aux êtres humains, aux animaux, à la nature.

« La terre brûle » de Sunil Amrith se construit à partir de personnages ou de situations emblématiques

Ainsi, l’auteur évoque Albert Kahn. Alsacien ayant fui l’occupation allemande de sa région en 1870 pour vivre à Paris, il s’établit dans le secteur bancaire et y fait fortune. Il épouse les thèses libérales de son époque. Il met en pratique l’idée que le commerce entre les peuples est facteur de paix. Dans sa propriété à Boulogne, à l’Ouest de Paris, il fait dessiner des paysages de plusieurs régions de la planète. Kahn y invite des acteurs du monde entier pour favoriser le dialogue entre hommes de diverses origines. Et envoie dans les contrées lointaines des photographes et cinéastes pour recueillir des images montrant la multiplicité des cultures.

Le récit sur la magnificence du système économique mondialisé s’élabore. Et se renforce avec l’Exposition universelle à Paris de 1900. L’optimisme déborde. La confiance dans le progrès se consolide. Découvertes scientifiques, techniques… Energie fossile démultipliant la force des machines. Chemins de fer. Progrès dans l’extraction minière… Les Lumières se répandent sur la planète par le biais de la colonisation.

Johannesburg. En Afrique du Sud, découverte d’un gisement d’or exceptionnel

C’est le filon le plus productif jamais découvert dans le monde. La ville de Johannesburg est créée autour de son exploitation. Le besoin de main d’œuvre se fait sentir fortement pour cette nouvelle activité très lucrative. Les conditions de travail des ouvriers noirs sont extrêmement dures. On fait venir des travailleurs chinois. Mais la greffe ne prend pas.

L’Empire britannique prend le contrôle du pays, au détriment des Afrikaners, descendant des colons hollandais, premiers à avoir colonisé le cône sud de l’Afrique. Londres devient une place de premier plan pour les marchés de l’économie mondialisée. La production d’or gage le système d’étalon-or que les Britanniques, au sommet de leur puissance, imposent au monde.

Le développement économique autour des mines d’or participe au changement du monde. (p 156) « La croissance de Johannesburg autour des mines du Rand resserra le lien entre les inégalités sociales (ici sous la forme de suprématie blanche), les technologies de destruction (les mitrailleuses Maxim pour tuer, la dynamite pour faire sauter la roche) et la capacité d’exploiter la nature à des fins lucratives (étendant ainsi le contrôle des hommes jusqu’aux profondeurs de la terre). Administrateurs, gouverneurs et investisseurs transformèrent la richesse minérale en puissance impériale. La même soif d’or qui avait poussé les aventuriers ibérique à traverser l’Atlantique amenait à présent les prospecteurs sur le haut du veld. »

Bakou. Capitale du pétrole, avant l’essor du pétrole américain

Depuis l’antiquité, on connaissait dans la région de Bakou les jaillissements de cette huile noire, lourde. A la fin du XIX° siècle, l’exploitation de cette ressource naturelle pour faire tourner les machines, pour les transports, va révolutionner la région. La ville de Bakou va attirer des dizaines de milliers de travailleurs et connaitre une croissance vertigineuse. Le premier pipeline est créé. Ce développement fait la fortune d’investisseurs audacieux.

La famille Nobel quitte la Suède pour investir dans la fabrication d’armes, de dynamite, mais aussi dans l’exploitation du pétrole à Bakou. Les conditions de travail y sont très dures, là aussi. Des grèves éclatent, réprimées avec la plus grande violence. Un certain Iossif Dougachvilli s’y illustre comme organisateur. Il prendra plus tard le nom de Staline.

La famille Nobel se dirige ensuite vers les champs pétrolifères de Pennsylvanie aux Etats Unis. Là où le pétrole coule à flot. C’est un pétrole plus léger, plus facile à raffiner. Bakou va perdre sa place de premier champ pétrolier du monde.

Ainsi, le « capitalisme extractif » continue de jouer un rôle de premier plan dans la mondialisation de la fin du XIX° et du début du XX° siècle. En poursuivant ses bouleversements dans les sociétés humaines et ses destructions des écosystèmes.

Albert Kahn et les « Archives du monde »

Nous retrouvons ici Albert Kahn déjà évoqué. Il a fait fortune dans ces industries extractives et a participé à la mondialisation de cette période. Au tournant du XX° siècle, il pressent les bouleversements de la planète. Tant dans les anciennes régulations des sociétés humaines que dans les évolutions des écosystèmes. Il entreprend alors de documenter le monde « avant qu’il ne bascule ». Il est dans la perception d’une urgence, d’une irréversibilité. De l’imminence de la perte.

Mais son projet comporte toute l’ambivalence des personnes éclairées de cette période. De fait, il soutient l’entreprise coloniale sensée apporter les Lumières au reste du monde. Et le « progrès » engendré par la modernité, les machines de plus en plus puissantes, la consommation de plus en plus vorace des ressources naturelles… sont fatalement bénéfiques pour l’humanité.

La première Guerre Mondiale : la puissance industrielle au service de la destruction du vivant. Métallurgie – Chimie

Cette guerre représente un déchainement de pertes jamais vu auparavant. Pertes humaines, gigantesques. Près de 19 millions de morts, civiles et militaires [11]. Pertes en populations décimées par la famine. Pertes en ressources naturelles dans les industries d’armement. Mais aussi pertes en destructions directes de l’environnement.

Les engins blindés mobiles sont créés et expérimentés sur les théâtres d’opération. On invente les gaz toxiques qui vont faire périr une bonne part des combattants. Des deux côtés du front. Les chevaux sont largement mobilisés dans la guerre, et des millions succomberont.

La première Guerre Mondiale se lit aussi dans la lutte pour l’accès aux ressources

La guerre fait rage aussi pour l’accès aux matières premières. Minéraux pour fabriquer des armes. Mais aussi azote qui est à la fois matière première pour les engrais et pour les explosifs.

Il faut nourrir les soldats sur les fronts. Il faut aussi nourrir la population du pays en guerre. Des famines sont provoquées par la réquisition des aliments pour les armées et les populations des pays en guerre. Mais aussi des famines sont utilisées comme arme de guerre.

Les Empires centraux (Allemand, Austro-Hongrois) sont encerclés, tandis que les Alliés occidentaux (Grande Bretagne, France) peuvent s’appuyer sur les approvisionnements en provenance des Etats Unis, loin des fronts.

La guerre est « mondiale ». Déclenchée entre pays occidentaux d’Europe, elle mobilise des hommes de presque tous les continents. Colonisations oblige ! L’auteur rapporte les souffrance rapportées par des soldats indiens mobilisés dans les tranchées, sous commandement britannique.

La première Guerre Mondiale devait être la « dernière des dernières des guerres »

Après la guerre, des questionnements sur les bienfaits de la modernité, de la course à la puissance industrielle, de l’exploitation des ressources naturelles… se font jour. « Modernité ? Merdonité » répond Michel Leiris dans les années 1920. Mais ces voix restent minoritaires.

Charlie Chaplin rencontre Gandhi. Ils sont de ceux qui questionnent l’évolution du monde après cette « boucherie mécanisée ». Chaplin concentre sa critique sur le travail industriel. Le film « Les temps modernes » exprime ces questionnements avec l’humour comme support.

Aux Etats Unis, la « Crise de1929 » s’abat sur la population. Toutefois, chômage et misère de masse ne viennent pas mettre à bas le rêve américain.

Le régime nazi vient exacerber les tendances présentes dès le premier conflit mondial

La montée du nazisme en Allemagne est la réponse à la crise sociale qui s’est abattue sur le pays après sa défaite. Militarisation. Recherche éperdue d’espace. Ce qui permettra de faire tourner l’industrie de guerre. Et de nourrir les troupes combattantes et la population. L’Allemagne nazie affiche clairement ses ambitions. Conquérir les riches plaines à l’Est pour assurer sa survie alimentaire. C’est « l’espace vital » ! Elle s’inspire de l’extension à l’Ouest qu’ont pratiqué les Etats Unis dans leur formation même comme nation.

Le Japon est poussé par la même intention quand il envahit la Mandchourie [12]. Pour l’auteur, la seconde GM a commencé en 1937 quand le Japon s’est lancé, à grande échelle, à l’assaut de la Chine.

Seconde Guerre Mondiale. Sécurité alimentaire de chacun des belligérants. Famine comme arme de guerre

La seconde GM a largement étendu ces caractéristiques, notamment à l’Asie qui s’enfonce dans ce conflit mondial. Bengale, province du Hénan, Tonkin, Java vont connaitre des famines qui feront des millions de victimes. En Inde également, sous la férule britannique. Les plus dévastatrices des famines se dérouleront en URSS pendant le conflit.

Encore une fois, les Etats-Unis feront la différence dans le conflit avec les puissances de l’Axe

Ses capacités industrielles permettront de fournir des milliers d’avions, de tanks, de navires à l’effort de guerre des Alliés. Tandis que les céréales et la viande en conserve provenant des grandes plaines américaines vont nourrir les troupes et les populations. La Grande Bretagne et l’URSS, et, dans une moindre mesure la Chine, en seront les principaux bénéficiaires.

Les deux Guerres Mondiale

Ces deux guerres ont confronté les puissances industrielles des belligérants et mobilisé d’immenses quantités de nourriture. La faim a été largement utilisée comme arme de guerre. Les pertes humaines sous les effets de la guerre et des famines sont monstrueuses. De même les destructions de la nature.

Ces deux guerres gigantesques, déclenchées entre des pays occidentaux, vont mobiliser des millions d’hommes en armes dans le monde entier. Y compris dans des sociétés qui n’avaient que la domination coloniale comme lien avec le conflit, en Afrique, en Asie.

La puissance industrielle des belligérants sera un des critères de succès des armes. Mais aussi la capacité à nourrir les troupes combattantes et les sociétés des pays belligérants.

La nature aussi meurtrie

Destructions humaines. Mais aussi destructions de la nature avec le redoublement de l’extraction de minerais et d’énergies fossiles pour alimenter les industries d’armement et les déplacements des troupes pour la guerre elle-même.

En 1944 et 1945, les bombardements de Hambourg et de Dresde en Allemagne par l’aviation américaine feront des centaines de milliers de victimes civiles. A l’été 1945, les bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki par l’armée américaine feront également des victimes par dizaines de milliers. Et entraineront des effets à long terme sur les populations contaminées. Et sur la nature environnante.

Une autre période s’ouvre dans l’Histoire.

Après la Seconde GM, l’heure des libérations

La décolonisation politique est à l’œuvre. Les puissances coloniales tentent d’arrêter le cours de l’Histoire. Comme en Algérie avec la France. Au Vietnam avec la France puis les Etats Unis, dans un contexte de Guerre Froide. Mais le mouvement enclenché est irréversible.

Le développement par les infrastructures gigantesques

L’indépendance acquise, se pose la question de l’égalité pour les nouveaux dirigeants issus des luttes nationales. Du contenu « social » de cette liberté recouvrée. Le souffle et l’idéologie du Développement s’installent alors. Les dirigeants du Sud l’identifient à la construction de grandes infrastructures. Principalement autour de l’eau. Par la construction des grands barrages. Assouan en Egypte. Bakhar au Penjab…

Nerhu, le dirigeant indien, exalte ces réalisations. Elles sont la preuve de la renaissance de l’Inde, après la torpeur et les violences coloniales. Pour la population, c’est la promesse du recul des peurs. Peur de manquer d’eau pour cultiver. De manquer de nourriture pour nourrir la famille…

L’idée de développement se concentre ainsi sur les infrastructures. Sans égard pour les millions de paysans déplacés. Des « déplacés du développement ». Des conditions de travail éprouvantes. Les luttes syndicales sont réprimées avec la même violence que celle qu’employait le colonisateur !

Singapour est un des premiers pays, ville-Etat, à amorcer son « décollage » économique. Il le fait par de grands travaux, sur une terre conquise sur la mer. La nature a été brutalisée, mais la population adhère car le bien être se répand.

Le pétrole devient promesse d’autonomie dans les pays du Sud

Au Brésil, il est exploité par une compagnie nationale, Petrobras. « Le pétrole est à nous ». En Iran, le dirigeant Mossadegh veut faire de même, en nationalisant les ressources pétrolières. Mais les Etats Unis et la Grande Bretagne veillent. Ils suscitent un coup d’Etat en 1953 et mette à sa place le Chah, autocrate dévoué aux intérêts occidentaux.

[JOA : j’ai un souvenir personnel de la chute brutale de Mossadegh. Nous étions à Alger. Mon père écoutait la radio avec inquiétude. Et je l’ai vu pleurer de rage à l’annonce de son départ par le coup d’Etat. Je ne l’avais jamais vu pleurer. Et je ne comprenais pas vraiment pourquoi, à ce moment.]

En Chine, la violence envers les hommes et envers la nature est portée aux sommets

(p 235) « Lorsque nous demandons à la haute montagne de courber la tête, elle doit s’exécuter ! Lorsque nous demandons au fleuve de céder le passage, il doit le faire ! » Ainsi s’exprime le président Mao en 1958.

Il impulse le « Grand Bond en Avant » avec comme objectif de doubler la production d’acier en un an ! Dans les innombrables villages, s’élèvent de petits hauts-fourneaux. Les forêts sont dévastées pour produire un acier de très mauvaise qualité.

Les paysans sont occupés à ce projet. L’agriculture est délaissée. S’ajoute l’extermination des moineaux, au motifs qu’ils mangent les graines. La production agricole s’effondre. Les insectes pullulent. La Grande famine s’installe. Elle fera entre 20 et 30 millions de morts. La « guerre contre la nature » a eu des effets dévastateurs sur les hommes comme sur l’environnement.

Aux Etats Unis, les promesses de liberté prennent un autre aspect

C’est le triomphe de l’automobile individuelle. Le développement des routes et autoroutes. Les villes s’étalent en de gigantesques périphéries. Une, deux automobiles par ménage ! Tandis que les cœurs de ville se paupérisent, où se concentrent les minorités ethniques. Le mythe de la route américaine et de la voiture se construit dans les grands espaces hors les villes. Gage de liberté sur fond de pétrole, encore.

En Italie, une autre histoire s’écrit

L’usine Fiat, dopée par les fonds du Plan Marshal, se lance dans la construction de « voitures pour tous ». C’est la petite Fiat 500. Tandis que l’entreprise nationale de pétrole, l’ENI, passe des accords avec les pays producteurs d’hydrocarbures d’Afrique du Nord sur des bases moins léonines que ce que les anglo-saxons ont fait avec les pays du Golfe.

L’énergie nucléaire civile apparait

La France va se singulariser en donnant à cette source d’énergie la première place. Mais le souvenir de l’usage militaire de l’atome, au Japon, pèse aux Etats Unis.

Ceux-ci et l’URSS procèdent à des essais nucléaires avec comme objectif de marquer sa suprématie sur l’autre. Les dégâts environnementaux sur la nature et sur les hommes sont considérables.

La Guerre Froide exacerbe la concurrence entre les Etats Unis et l’URSS

Cette dernière va-t-elle réussir à rattraper le niveau de bien-être des premiers ? La modernité s’incarne dans les objets en plastique issus de la pétrochimie. Concurrence sur les éléments de la vie quotidienne, que l’URSS n’a aucune chance de gagner.

Mais en 1957, le premier satellite est soviétique, c’est le Spoutnik. Réplique américaine en 1958, Explorer 1 est lancé.

1945-1970, la « Grande Accélération »

C’est cette courte période qui concentre les ruptures les plus importantes. A commencer par celle dans la progression de la population de la planète. Les progrès à coûts relativement bas dans la santé de masse, par les vaccinations notamment, font chuter rapidement les taux de mortalité.

Tandis que les comportements féconds se maintiennent, provoquant la « transition démographique » qui voit la population des pays du Sud s’accroitre d’une façon exponentielle. Avant de ralentir progressivement.

Sunil Amrith Population mondiale
Evaluation de la population mondiale depuis 12.000 ans. Source :https://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale

La consommation atteint des niveaux record dans les pays dits alors « industrialisés ». On parle « d’âge d’or ». Des « Trente glorieuses » en France… Les classes populaires et moyennes de ces pays élèvent leur niveau de vie.

Mais c’est la période où des scientifiques commencent à s’interroger

Et commencent à élaborer des outils de mesure qui vont rendre compte de l’état du climat à l’échelle planétaire. Un immense pas en avant pour comprendre ce que certains commencent à entrevoir. Le lien entre activités humaines et dérèglement climatique !

La conquête spatiale ouvre des perspectives nouvelles. Mais pose aussi la question du rapport de l’Homme à la planète terre. Pour s’en échapper ?

Comme après la première GM, des interrogations se font jour dans les pays belligérants. Même si l’afflux de la consommation donne à la modernité une apparence de succès.

Sunil Amrith nous entraine dans ces questionnements où les enjeux environnementaux viennent percuter les certitudes. Il le fait au travers de trois femmes éminentes qui pensent leur époque. Et, pour la dernière, qui agissent en responsable politique. Il s’agit d’Annah Arendt, philosophe. De Rachel Carson, océanographe. Et d’Indira Gandhi qui va devenir premier ministre de l’Inde.

Trois regards sur les relations entre êtres humains et nature. Mais deux points de vue, du Nord et du Sud

L’auteur nous introduit dans la complexité des réflexions qui vont éclore dans les décennies d’après-guerre. Arendt et Carson apportent une critique vigoureuse de la modernité dans son aveuglement à perpétrer la destruction de la nature. Notamment par l’usage des produits chimiques qui élèvent la production agricole à court-moyen terme au détriment de la santé humaine et de celle des sols. Dans une vision de long terme, l’auteur décrit cette évolution comme une véritable « guerre contre la nature » pilotée par les industries chimiques. C’est un point de vue du Nord, clairement. Qui comporte, et ce sont les termes de l’auteur, un « angle mort » [13]. Et dans cet angle mort, il y a les milliards d’hommes et de femmes du Sud !

En charge des destinées de son pays, Indira Gandhi, pourtant sensible à la nature et à ses altérations par l’homme, répond que la faim persiste au Sud. Que l’espérance de vie y demeure réduite. Les dirigeants et les populations du Sud attendent beaucoup des intrants chimiques qui vont réduire la faim, apaiser la peur du manque, de la maladie, de la mort précoce. Ces progrès soutiennent, avec l’extension des vaccins et des mesures élémentaires d’hygiène, ceux de la santé. Qui conduisent à un accroissement exponentiel de la population.

Nous reproduisons encore une fois, tant il nous semble important à avoir à l’esprit, le graphique qui expose la courbe de la population sur longue période.

Sunil Amrith population mondiale 1
Evolution de la population mondiale depuis 12000 ans.

En 1965-66, une terrible sécheresse frappe l’Inde

Les autorités finissent par prendre en compte la souffrance de la population. Elles acceptent le blé de l’aide américaine.

Ce blé qui provient des immensités du Middle Ouest. Des terres arrachées aux autochtones. Cultivées avec des quantités astronomiques d’intrants chimiques ! ! ! C’est une humiliation pour les dirigeants indiens. Indira Gandhi va encourager l’usage des intrants chimiques produits localement pour l’agriculture de son pays !

En Asie, la « Révolution verte » va être engagée et rehausser les rendements d’une façon significative. Mais son bilan global à moyen et long terme est fortement questionné (voir infra).

Les deux visions vont s’opposer à la Conférence de Stokholm en 1972

Le nom de cette conférence était « Une seule terre ! ». Oui. Mais « un monde divisé ». Divisé entre Nord et Sud ! Indira Gandhi plaide, avec d’autres dirigeants, pour le Sud. Pour une justice environnementale. Le dirigeant ghanéen, Nkrumah défend aussi cette position.

Les contradictions intérieures rattraperont la première ministre Gandhi en 1975

Des tensions sociales vont éclater en Inde. Indira Gandhi réagit avec une extrême brutalité en déclarant l’état d’urgence. Les libertés publiques sont fortement réduites. Parallèlement, elle engage un programme de stérilisation qui va toucher 8 millions d’hommes, dans des conditions qui ne respectent pas leur dignité. Un véritable « assaut contre les pauvres ». A rebours total de ses proclamations !

La chimie pour augmenter les récoltes. Et la chimie comme arme de guerre pour réduire, au Sud, les insurrections nationales

Il y a la « guerre à la nature » par l’agriculture productiviste. Principalement au Nord. Il y a, pire encore, la « guerre contre la vie ». Avec la destruction totale du vivant par la contamination des êtres humains, de la végétation et de la terre, pour des dizaines d’années, sur des pays du Sud. Avec la dioxine, « l’agent orange »[14].

Décennie 1980 : accélération de la destruction des forêts tropicales humides

Ces forêts sont présentes en trois endroits sur la terre. Amazonie, Afrique centrale et Asie du Sud Est.

Un vaste mouvement de destruction va s’engager au Brésil (Amazonie) et en Indonésie. Qui va conduire à l’abattage de 15 milliards d’arbres par an.

  • En Amazonie, le phénomène comprend la création de routes de pénétration pour permettre aux grands exploitants de nouveaux accès à la forêt. Déboisement, cultures et élevage à grande échelle. Soja et bœuf sont les produits phare, selon un modèle importé des Etats Unis. Mais ces routes vont permettre également un accès à des paysans sans terre qui vont chercher à s’établir dans ces zones présentées comme « vierges ». Le coup d’Etat de 1964 au Brésil, soutenu par les Etats Unis, va installer au pouvoir un régime militaire. Lequel va accélérer la destruction de la forêt. Les grands propriétaire s’entourent de milices ultra violentes qui assassinent les activistes écologiques qui tentent de résister à leur entreprise de destruction.

Le militant Chico Mendes [15], avait formé un syndicat d’ouvrier exploitant le caoutchouc. Se différentiant des écologiste urbains plus radicaux, il demandait une « extraction régulée ». Il sera assassiné en 1988.

  • En Indonésie, les produits phare tirés de la destruction de la forêt tropicale seront les bois et l’huile de palme. Là aussi, un coup d’Etat soutenu par les Etats Unis va permettre le renversement du dirigeant historique Sukarno en 1965 et son remplacement par un militaire, Suharto. Plus de 100.000 personnes seront massacrées, principalement membres de la minorité chinoise. Suharto va accélérer la destruction de la forêt tropicale par des incendies provoqués. Qui vont se transformer en incendies incontrôlables, notamment en 1982.

Régime militaire + économie libéralisée

Amazonie, Indonésie, le modèle promu par les Etats Unis était un régime autoritaire et une économie ultra-libérale. Avec une fusion encore plus étroite des intérêts économiques et des forces politiques.

Ce « modèle » sera responsable de gigantesque destructions des forêts tropicales humides. Ainsi que de terribles atteintes aux populations autochtones et à leurs conditions de vie.

Révolution verte et afflux massifs vers les villes dans les pays du Sud

L’urbanisation connait une très forte accélération dans la décennie 1980. En Chine, le nouveau mot d’ordre, après le changement de cap de 1978, est : « Il est glorieux de s’enrichir »[16]. Les villes de Shenzen en Chine. Dacca au Bengladesh. Lagos au Nigeria. Mexico… voient leur population s’accroitre très rapidement.

La Révolution verte ? Elle est provoquée par la combinaison de l’usage de semences hybrides, d’engrais chimiques et d’une intense irrigation. Là où elle est mise en œuvre, les productions de blé et de riz vont augmenter considérablement.

La Révolution verte et ses effets ambivalents à moyen terme

Sunil Amarith attire notre attention sur deux points. 1/ seuls les fermiers disposant de moyens financiers peuvent acheter semences, engrais, machines, et engager des travaux d’irrigation. Une différenciation sociale se dessine. 2/ les conséquences sur l’environnement se font sentir à moyen terme. Dégradation des sols par la chimie des engrais. Pompage profond de l’eau des nappes phréatiques. Mobilisation des énergies fossiles pour ce pompage massif. Inde, Chine, Brésil, Mexique seront les principaux pays à s’engager dans cette voie. La Banque mondiale va massivement soutenir ce mouvement. Sans vision de moyen long terme.

L’Afrique sub-saharienne et l’Asie du Sud ne pourront s’engager dans cette révolution.

(p 294) « La Révolution verte a amélioré et sécurisé le futur de millions d’individus. Dont beaucoup de ceux qui avaient migré vers les villes. Mais elle a anéanti les moyens de subsistance de ceux qui étaient en marge de son emprise croissante. Ceux dont la terre était trop petite, trop rocailleuse, trop infertile pour recevoir de nouvelle semences. Et elle a exclu les familles rurales qui ne possédaient même pas de terre. »

Et l’auteur évoque le sort des paysans pauvres en Inde, dont un nombre considérable n’a d’autre issue que le suicide, devant un endettement impossible à rembourser.

Le rush des paysans pauvres vers les villes est facteur de déstructuration des sociétés

Avec la mécanisation des process de la Révolution verte, une main d’œuvre agricole se retrouve sans travail. Elle va massivement concourir à l’accroissement de la population urbaine de cette période.

Les « lumières de la ville » ont toujours fasciné une partie des habitantes des campagnes. Depuis toujours. Partout.

Les conséquences en sont également universelles. Marchandisation des relations et des espaces sociaux. Destruction des systèmes de solidarité entre les personnes. Replis individuels. Pertes des savoirs traditionnel : construire sa maison, se soigner avec des plantes, tisser ses vêtements… Emplois dans des activités précaires… L’ambivalence de la modernité s’étale là.

Lien entre comportements/choix alimentaires et destructions de l’environnement

Les destructions de la forêt amazonienne sont liées à la consommation croissante de viande dans les pays du Nord et les métropoles du Sud. Laquelle consommation est soutenue par l’alimentation en graines de soja des animaux ainsi mangés.

En Indonésie et en Malaisie, la consommation d’huile de palme, substitut moins onéreux aux autres huiles alimentaires (arachide notamment), a poussé à la surexploitation des zones des forêts tropicales.

Sunil Amrith nous introduit dans la complexité des débats qui se forment à cette période

Il y a eu d’abord le lien entre dérèglement climatique et action humaine. C’est sur ce lien scientifiquement établi que les alarmes ont été émises. En effet, si les sociétés humaines sont responsables de ce dérèglement, alors elles ont le devoir d’infléchir leur comportements pour adopter une autre trajectoire que celle qui s’annonce. Ce lien établi a été et est toujours contesté. Les « climatosceptiques ». Ceux-ci se recrutent dans les rangs de l’extrême droite et même de la droite, partout dans le monde.

Les cris d’alarme des scientifiques ont mis du temps à recevoir un écho dans les sociétés. Progressivement, ils ont été entendus. Des milliers d’organisations d’activistes de l’environnement se sont alors mobilisées, dans tous les pays du monde. Avec une multitude d’objectifs, de stratégies, d’utopies. L’assassinat de Chico Mendes en 1988, évoqué supra, a eu un écho mondial.

Très vite, des enjeux contradictoires sont apparus

A la fois parmi les défenseurs de l’environnement, mais aussi entre les Etats.

–          Dans le premier champ on s’interroge

Quel lien établir entre la protection de l’environnement et les enjeux sociaux ? Conserver la nature, mais en prenant en compte ou en ignorant les populations « premières » qui font partie des écosystèmes en voie de disparition ? Une nature que certains voudraient sauver/conserver en ignorant les êtres humains qui y sont immergés. Des populations qui ont un savoir précieux dans leur rapport avec leur environnement.

Faut-il construire une « écologie des pauvres » et l’opposer à l’écologie des sociétés civiles du Nord ? Quelles alliances entre les mouvements environnementaux qui éclosent dans les pays du Nord et ceux qui émergent dans les pays du Sud ? Kenya, Himalaya, Amérique Latine… d’où s’est construite l’organisation Via Campesina, ensuite étendue à d’autres continents ? Des liens se tissent, dans les pays du Sud, entre luttes anticoloniales et défense de l’environnement.

Une partie des acteurs formulent les enjeux sur la relation entre les êtres humains et la nature. Une réponse a été apportée, contenue dans cette phrase : « Nous ne défendons pas la nature. Nous sommes la natures qui se défend ! »

–          Des divergences entre les Etats.

La conférence de Rio, dite « Sommet pour la terre » tenue en 1992 en présence de nombreux chefs d’Etat, a marqué des avancées importantes malgré les clivages profonds portés par les Etats. Les questions des responsabilités environnementales se sont posées. Avec à la clé, des demandes de compensations financières de la part des pays du Sud. Sans avoir participé aux émissions à effet de serre, ceux-ci subissent le plus gros des effets des dérèglements climatiques.

Les USA ont mené une rude bataille pour refuser toute responsabilité des pays « industrialisés », en premier lieu leur propre pays, dans les causes du dérèglement climatique. Selon le président Bush fils, « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ! ». Une phrase terrible qui affirme sans détours une position de domination. Et réduit fortement les chances d’engager l’humanité dans l’inflexion nécessaire.

Les leaders qui se dressent contre la destruction du vivant sont menacés partout dans le monde

Il y a eu Chico Mendes au Brésil. Il y a, au Nigéria, Saro-Wiwa [17], écrivain et activiste écologiste qui va se révolter, d’une façon non-violente, contre les dégâts environnementaux provoqués par la société Shell lors de l’exploitation pétrolière dans le delta du Niger. Avec des pollution pénétrant les sols à 40 mètres de profondeur… Saro-Wiwa sera condamné à mort et exécuté en 1995 par un pouvoir politique étroitement lié à Shell.

(p 324) « Les deux dernières décennies du XX° siècle virent la montée en puissance de vastes mouvements désireux de réparer cette Terre en ébullition. Ils surent trouver de nouveaux mots pour expliquer en quoi le bien-être humain était étroitement lié à la bonne santé des autres espèces. Et pourquoi les inégalités entre les hommes étaient à l’origine des dommages causés à l’environnement[18]. Pour les intérêts en place -les sociétés, investisseurs et dirigeants politiques- l’engagement et l’imagination de ces organisations représentaient une menace suffisante pour provoquer non seulement une guerre redoublée contre la nature, mais aussi contre les écologistes eux-mêmes. »

Plus de 2000 activistes de l’environnement, surtout dans les pays du Sud, seront assassinés.

1997 : de gigantesques incendies provoqués pour déforester l’ile de Sumatra

Ces incendies ont fini par échapper au contrôle des autorités. Ils vont provoquer des brumes épaisses, toxiques, durables. Celles-ci vont avoir des effets profonds sur la santé humaine. Directement.

Mais aussi indirectement. Car ces brumes vont dérégler les horloges biologiques d’arbres producteurs de fleurs dans la canopée. Fleurs qui servaient de repères à une espèce de chauve-souris pour leur circulation dans l’espace. Lesquelles, désorientées, vont se regrouper dans des zones proches de la vie humaine… Où elles vont contaminer des porcs. Lesquels vont transmettre une grave maladie aux êtres humains. La chaine causale va être découverte après plusieurs années de recherche.

Les scientifiques élargissent le champ de leurs analyses

Ils définissent plusieurs seuils dans les dégradations constatées. Ils étendent leurs analyses au faisceau de facteurs liés au dérèglement climatique. Comme la dégradation de la biodiversité. Les pollutions sur la terre et dans l’univers marin…

Ils introduisent la dimension migratoire en approchant la notion de « migrant climatique » dont ils prévoient que le nombre pourrait approcher 1 milliard en 2050. Ils identifient des communautés humaines en danger. Soit par la submersion liée à l’élévation du niveau des océans. Soit par la hausse des températures liée ou non à des sècheresses de plus en plus sévères.

La technosphère

Celle-ci est constituée par les moyens que les classes dirigeantes, y compris en Chine, construisent, à grands frais pour se protéger. Pour se défendre, du dérèglement climatique. Des moyens puisant dans les « solutions technologiques » et dans la propagation de l’idée que des solutions techniques, présentes et à venir, parviendront à répondre à ce dérèglement climatique. Cette technosphère comprend les forces armées et les dégâts environnementaux qu’elles provoquent, dans leur fabrication d’abord, dans leur usage ensuite. Et, peut être surtout, dans le fait qu’elles sont mises au service de la défense des situations acquises. Des situations donnant la primauté aux énergies fossiles, aux solutions chimiques, et sous-estimant les dégâts causés à l’environnement par les activités humaines non régulées.

La formation de cette technosphère relève ainsi d’un processus fondamentalement non-écologique et inégalitaire. D’abord parce qu’elle provoque, par l’usage très massif des énergies fossiles et la ponction sur les minéraux, des émissions qui accroissent le dérèglement climatique. Ensuite parce qu’elle n’est réservée qu’à une minorité des populations du monde.

La géo-ingénierie

Parmi les propositions qui entretiennent l’idée que des solutions techniques sont ou vont être trouvées, la géo-ingénierie [19] occupe la place la plus ambitieuse. Il s’agit, rien moins, que d’imaginer des actions humaines qui pourraient avoir un impact significatif à l’échelle de la planète.

A ce jour, rien ne vient confirmer la validité de cette voie. Alors que les risques qui y sont associés peuvent entraîner des conséquences accroissant les déséquilibres actuels.

La Conférence de Paris en 2015.

De cette conférence, est sorti un engagement contraignant qui a manifesté la prise de consciences planétaire accrue, dans les sociétés mais aussi chez les dirigeants. Trop ambitieuse et contraignante pour les dirigeants politiques et les grands acteurs économiques. Pas assez pour le milieu des activistes écologiques et la majorité des scientifiques. La fracture entre Nord et Sud demeure.

Energies non fossiles

Après Paris 2015, on va assister au développement rapide de formules alternatives. Eoliennes et panneaux solaires. Pour les seconds, à des coûts en réduction régulière. Mais ces dispositifs continuent de se situer du côté de l’offre d’énergie. Pas du côté de la demande, de la réduction de la consommation d’énergie.

En outre, leurs effets sur l’environnement sont fortement questionnés. Sur place, ils peuvent réduire l’emprunte carbone. Mais qu’en est-il si on prend en compte la chaine complète de leur production, de leur fonctionnement et leur gestion comme déchet une fois leur usage achevé ?

Comme si les réponses actuelles au dérèglement climatique aboutissaient à une « redistribution universelle de la vie sur terre. » Une redistribution géographique et sociale.

Quelques-unes parmi d’autres démarches

Sunil Amrith évoque des expériences à l’échelle locale, pouvant avoir un impact significatif. Ainsi de la nouvelle approche des transports par bus dans la ville de Bogota. De la restauration des mangroves sur une partie du littoral indonésien…

Il évoque également des actions individuelles qui peuvent avoir un poids certain si elles sont généralisées. Il en est ainsi de la consommation de viande, dont la production en masse a un effet significatif sur les émission de gaz à effet de serre. La baisse de la consommation de viande dans les pays développés aurait des effets positifs sur la santé humaine. Mais aussi contribuerait à réduire les surfaces cultivées dont la plus grande part est consacrée à l’alimentation animale.

Certes, cette orientation ne saurait être préconisée dans un pays comme l’Inde. Les enjeux de croyance et de niveau de vie combinés ne sauraient rendre cette proposition acceptable.

L’homme et la nature

L’auteur, dans les dernière page de son ouvrage, revient aux fondements de l’action humaine dans son rapport à la nature. Il cite Rabindranath Tagore [20] qui, parmi les premiers, a mis l’accent sur les conséquences néfastes pour l’humanité de la séparation entre les sociétés industrielles dominantes de leur environnement naturel. (p 348) « Une approche du monde naturel basée sur l’exploitation avait eu pour conséquence de réduire les êtres humains à ‘autant de pièces d’une machine destinée à produire de la richesses à une échelle démesurée.’ »

Et Sunil Amrith poursuit « Aux yeux de Tagore, la boucherie mécanisée de cette guerre [la première GM] n’a été rendue possible que par le mépris de la civilisation industrielle européenne pour la planète vivante et pour les peuples colonisées d’Asie et d’Afrique. Un monde bâti sur la domination de la nature et des autres sociétés était à présent en train de s’effondrer sur lui-même. (…) La description que propose Tagore des liens étroits entre capitalisme débridé, hégémonie impériale et militarisme n’a rien perdu de sa force. »

Il cite le poème que des femmes en lutte contre la destruction d’une montagne en Indonésie, pour l’extraction de marbre, ont composé :

L’eau est sang

La forêt est cheveux

Le sol est chair

La pierre est os.

Dominer la nature et dominer les autres sociétés

Le retour actuel des solutions de force comme « modalité de vie » au sein des populations et entre les pays rend hautement pertinent l’idée maitresse de Sunil Amarith. Celle d’associer dans un même faisceau de causes la volonté de dominer la nature et celle de dominer les autres sociétés. Une démarche faisant ainsi du déni d’égalité entre les êtres humains la pierre angulaire de l’aveuglement aux menaces qui s’accumulent sur le vivant.

Ce point nous semble fondamental.

Et on eut associer à ce nexus [21] la dimension « genre » en ajoutant la domination patriarcale !

Pas d’enfermement dans un passé mythifié

L’auteur trouve une des sources d’optimisme, dans le fait que la résistance à cette séparation de l’homme et de la nature se développe également dans les mégapoles. Là où la diversité humaine et non-humaine est au cœur de la créativité pour inventer des solutions aux atteintes à la nature. Il n’idéalise pas le modèle de communautés homogènes, repliées sur leur identité, autosuffisantes.

Il prend à témoin les mouvements liés à la K Pop partis de Coré du Sud. Ou ceux qui mobilisent tant les jeunes autour des jeux vidéo, pour montrer que cette résistance emprunte les chemins qu’offre la modernité sur-urbaine qui est notre horizon, au Nord comme au Sud.

Ouverture

Les dernière lignes de l’ouvrage sonnent comme un espoir. (p 355) « De plus en plus de gens remettent en question la folie autodestructrice qui, deux siècles durant, a captivé l’imaginaire des puissants et des privilégiés. Et qui maintient encore son emprise étouffante sur notre droit collectif à respirer – cette idée que l’ambition des hommes peut tout simplement passer outre la santé des cours d’eau, la viabilité des forêts, et le souffrance des animaux. (…) Le véritable défi pour nous est d’intégrer notre condition de créature vulnérable dans des visions novatrices de notre épanouissement sur Terre. Ce n’est qu’à ce prix que nous retrouverons notre liberté. »

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Sunil S. Amrith (born in 1979) is a historian who holds the post of Renu and Anand Dhawan Professor of History at Yale University. His research include transnational migration in South and Southeast Asia.

Amrith was born in Nairobi, Kenya, to Indian parents. His father was a banker and his mother an eye surgeon. Amrith was raised and educated in Singapore after his parents moved there in 1980. He received a BA from the University of Cambridge in 2000 and a PhD from the same institution in 2005. His PhD supervisor was Emma Rothschild.

From 2006 to 2015, Amrith taught modern Asian history at Birkbeck, University of London. In 2015, he moved to the United States. He became a professor of South Asian history at Harvard University. He also co-directed the Joint Center for History and Economics between Harvard and the University of Cambridge and was interim director of Harvard’s Mahindra Humanities Center (2019–2020).

Amrith is a member of the advisory board of Capitalism. A Journal of History and Economics and the editorial board of Modern Asian Studies. From Wikipedia. Pour en savoir plus, voir ==> ICI (nous n’avons pas trouvé de version en français)

[1] La culture du riz est apparue au Néolithique. La culture en terrain non-inondé est la plus ancienne. Elle est encore pratiquée par des populations pratiquant une agriculture traditionnelle en Philippines. Mais elle ne produit pas les énormes rendements fournis par les rizières inondées, qui se sont imposées partout où le climat le permet. La croissance du riz nécessite en effet de fortes chaleurs et de grandes quantités d’eau. Contrairement au blé, sa production est donc limitée aux zones tropicales et subtropicales, et aux marges des zones tempérées.

L’Homme a commencé à cultiver le riz il y a près de 10 000 ans, lors de la révolution néolithique. C’est en Chine que l’on trouve les premières traces de domestication du riz vers – 9000. Le riz est mentionné dès 1393 en France,  mais c’est encore un produit d’importation. Les musulmans l’introduisent en Al-Andalus (péninsule Ibérique). Il apparaît en 1468 en Italie. En France, des tentatives de cultures sont réalisées au XVIIe siècle. En Camargue, ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que cette culture se développe, parallèlement à l’aménagement du delta du Rhône. Avec l’apport de travailleurs vietnamiens « importés » en France.

Il existe une riziculture sèche, où le riz ne dispose que des eaux des pluies. On sème directement les graines dans le sol, on n’apporte pratiquement pas de fumures. Il n’y a qu’une seule récolte annuelle. Les rendements, qui dépendent en plus de la variabilité des pluies, sont souvent très médiocres (de 7 à 12 quintaux à l’hectare). Cette pratique rudimentaire se maintient en Malaisie, dans les hauts-plateaux du Viêt Nam, dans la région montagneuse du triangle d’or aux confins du Laos, de la Birmanie et de la Thaïlande…

La « riziculture irriguée » est le type de culture le plus répandu et le plus intensif. Environ les trois quarts de la production de riz mondiale proviennent de cet agrosystème, où les méthodes traditionnelles permettent de produire 5 à 10 tonnes par cycle et par hectare. Dans les régions chaudes et fertiles jusqu’à trois récoltes par an sont faites.

Certaines des rizières en terrasse du sud de la Chine et du nord des Philippines ont plus de deux mille ans. Ces paysages spectaculaires témoignent de l’ingéniosité des paysans riziculteurs. D’après Wikipédia.

[2] Sur ce sujet, voir la note de lecture sur la biographie de Magellan par Stefan Sweig ==> ICI

[3] Les Taïnos sont une ethnie autochtone des Antilles. Ils occupaient les Grandes Antilles lors de l’arrivée des Européens au XVe siècle. Malgré leur quasi-disparition au XVIe siècle, plus de la moitié de la population antillaise, plus particulièrement des Cubains, Haïtiens, Portoricains et Dominicains, ont des origines partiellement taïnos.

L’origine des Taïnos est controversée. Leur langue est d’origine arawak mais en analysant leur symbolique et leur mythologie, leur culture semble liée aux Mayas du Yucatán, du Guatemala et d’autres régions adjacentes. D’après Wikipédia..

[4] Les mines de Potosí sont un important centre minier dans le Haut-Pérou (actuelle Bolivie), au sud de la ville de Potosí. La découverte de mines d’argent et d’or survient entre 1540 et 1570.

Les veines d’argent auraient été découvertes en 1545 par un berger quechua nommé Diego Gualpa, qui s’est perdu en revenant avec son troupeau de lamas. Il décide de camper au pied du Cerro Rico et allume un grand feu pour se réchauffer du froid. Quand il se réveille le matin, il trouve parmi les braises des fils d’argent fondus par la chaleur du feu. En 1545, un groupe d’Espagnols prend possession du Cerro Rico, après avoir confirmé la découverte du berger, et établit immédiatement une colonie.

Une exploitation intense de la colline s’enclenche alors. Les Espagnols soumettent les indigènes à des travaux forcés. Des dizaines de milliers d’indigènes subissent la mita, un système qui était déjà courant chez les Incas. Mais son utilisation s’intensifie à la demande du vice-roi Francisco de Toledo, en raison du manque de main-d’œuvre pour l’exploitation minière. Les Indiens soumis à la mita doivent travailler jusqu’à 15 heures par jour. Maladies, effondrements et autres accidents causent la mort de centaines de travailleurs. Les rébellions sont vite réprimées dans le sang et le feu. Il est probable que jusqu’à 15 000 indigènes soient morts dans l’exploitation de l’argent, entre 1545 et 1625.

La production d’argent atteint son apogée vers 1650, date à laquelle les veines commencent à s’épuiser. Potosí entame son déclin. L’exploitation reprend cependant au XIXe siècle, principalement pour l’étain. D’après Wikipédia.

[5] Hors les manifestations explicites de rébellion, l’esclavage a donné lieu à une large panoplie d’actes de résistance. Dans la dissimulation, la ruse, la soumission apparente… C’est ce que montre James C. Scott dans « La domination et les arts de la résistance ». Voir la note de lecture ==> ICI

[6] Nous partageons ce parti de faire de la littérature une source majeure de la connaissance sur la marche des sociétés. A ce sujet, voir « ‘Beaux seins, belles fesses’, ‘Cent ans de solitude »…  et l’académisme » Voir ==> ICI

[7] Les traités inégaux, comme les surnomment les Chinois, Japonais et Coréens (chinois simplifié : 不平等条), sont un ensemble de traités datant du XIXe siècle, imposés à la Chine, à la Corée, et au Japon de la fin de l’époque d’Edo par les puissances colonisatrices de la région (Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Allemagne, Russie, États-Unis, Autriche-Hongrie, Portugal, puis Japon de l’ère Meiji). D’autres pays et territoires sont l’objet de tels traités, tels l’Inde, le Népal, le Siam, le Tibet, le Viêtnam ou Ceylan.  D’après Wikipédia.

[8] Le génocide des Héréros et des Namas perpétré dans le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie) à partir de 1904 est considéré comme le premier génocide du XXe siècle. Ce programme d’extermination s’inscrit au sein d’un processus de conquête d’un territoire par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911. Il entraîna la mort de 80 % des autochtones insurgés et de leurs familles (65 000 Héréros et près de 20 000 Namas).

Les faits ont été consignés pour la première fois dans un rapport commandé en 1917 dans un but politique par le gouvernement britannique au juge Thomas O’Reilly et connu sous le nom de « The Blue Book ». Réévalué à partir des années 1990, ce crime de masse suscite depuis un important travail de mémoire, que ce soit en Namibie même, ou au sein de la communauté des historiens. D’après Wikipédia.

[9] Rudyard Kipling, né en 1865 à Malabar Hill (Bombay) en Inde britannique et mort en 1936 à Londres, est un écrivain britannique. Ses ouvrages pour la jeunesse connaissent dès leur parution un succès jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Il est considéré comme un « innovateur dans l’art de la nouvelle », un précurseur de la science-fiction et l’un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse.

De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, Rudyard Kipling reste l’un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. Il est souvent considéré comme un « prophète de l’impérialisme britannique », selon l’expression de George Orwell. La controverse au sujet des préjugés et du militarisme qui seraient présents dans son œuvre a traversé tout le XXe siècle. En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l’avoir reçu (à 42 ans).

[10] Amartya Kumar Sen (bengali : অমর্ত্য কুমার সেন), né en 1933 à Santiniketan (Bengale-Occidental en Inde), est un économiste et philosophe indien. Ses travaux portent sur les théories du choix social et notamment sur le théorème d’impossibilité d’Arrow, qu’il propose de dépasser en prenant en compte d’autres conditions que l’utilité des individus, notamment la justice sociale et la redistribution. Débattant avec John Rawls, en écho à sa Théorie de la justice, Sen met en avant ce qu’il appelle les « capabilités », c’est-à-dire les capacités réelles des personnes à convertir ces dotations en libertés réelles. Appliquée à l’économie du bien-être et du développement, cette approche par les « capabilités » l’a amené à concevoir l’Indice de développement humain (IDH) en 1990, mesuré depuis chaque année par le Programme des Nations unies pour le développement.

En 1981, Sen publia Poverty and Famines: An Essay on Entitlement and Deprivation, un livre dans lequel il démontre que les famines ne sont pas seulement dues au manque de nourriture mais aussi aux inégalités provoquées par les mécanismes de distribution de la nourriture.

L’intérêt que porte Sen pour la famine lui vient de son expérience personnelle. À 9 ans, il fut témoin de la famine au Bengale de 1943 pendant laquelle moururent trois millions de personnes. Sen a conclu plus tard que ce désastre n’aurait pas eu lieu d’être. Il pense qu’il y a eu, à cette époque en Inde, un approvisionnement suffisant : la production était même plus élevée que pendant les années précédentes où il n’y avait pas eu de famines. Mais la cause de la famine de 1943 est le fait que la distribution de nourriture a été gênée parce que certaines catégories de la société (ici les travailleurs ruraux) avaient perdu leur emploi et donc leur capacité à acheter de la nourriture. Sen souligne donc un certain nombre de facteurs économiques et sociaux comme la chute des salaires, le chômage, la hausse des prix de la nourriture et la pauvreté des systèmes de distribution de la nourriture. Ces facteurs mènent à la famine dans certains groupes de la société.

Il enseigne notamment en Inde à l’université de Delhi (1963-1971), aux États-Unis à l’université Harvard (1987-1998) et en Angleterre à l’université de Cambridge, où il dirige le Trinity College (1998-2004). Il reçoit le prix dit Nobel d’économie en 1998, « pour ses contributions à l’économie du bien-être ». D’après Wikipédia.

[11] Source Wikipédia. Pour en savoir plus, voir ==> ICI

[12] L’invasion japonaise de la Mandchourie commence le 19 septembre 1931. Les Japonais y forment, en février 1932, un État fantoche, appelé Mandchoukouo, qui leur est entièrement assujetti et qui perdure jusqu’en août 1945, date de l’invasion soviétique de la Mandchourie.

L’empire du Japon poursuivit sa politique expansionniste en Chine, déclenchant en 1937 la seconde guerre sino-japonaise puis en 1939 une attaque ratée contre la Mongolie pro-soviétique lors de la bataille de Khalkhin Gol.

Le gouvernement du Mandchoukouo demeurera en place, sous contrôle japonais jusqu’en août 1945, date de l’invasion soviétique de la Mandchourie. D’après Wikipédia. Pour en savoir plus, voir ==> ICI

[13] Voir sur ce site « l’angle mort des penseurs du Nord sur le Sud » ==> ICI

[14] L’« agent orange » est le nom donné à un défoliant employé par l’armée des États-Unis lors de la guerre du Viêt Nam entre 1961 et 1971. Le produit était répandu par avion au-dessus des forêts ou sur des cultures vivrières. L’objectif était de détruire la jungle où se cachaient les combattants vietnamiens. Au total,  l’armée des États-Unis va déverser 80 millions de litres de produits chimiques. Les Américains l’utiliseront aussi au Laos et au Cambodge ou encore sur la zone démilitarisée séparant les deux Corée. Il avait d’abord été utilisé par les Britanniques, ainsi que par l’Australie et la Nouvelle-Zélande, en Malaisie britannique, contre l’insurrection indépendantiste et communiste malaise entre 1952 et 1954.

L’agent orange est responsable de plusieurs maladies chez les militaires assurant sa dispersion, mais surtout chez les civils et combattants vietnamiens évoluant dans les zones exposées. Cela est surtout dû à la présence de dioxine, une famille de molécules persistant dans l’environnement et dans les graisses. Dont certaines sont cancérigènes. La stabilité de la dioxine lui confère un effet durable sur les habitants des régions touchées, occasionnant ainsi des cancers, fausses couches, malformations à la naissance, des années après la fin de la guerre du Vietnam en 1975.

Selon le gouvernement vietnamien, quatre millions de personnes ont été exposées au défoliant. La Croix-Rouge du Vietnam estime que jusqu’à un million de personnes étaient handicapées ou ont des problèmes de santé à la suite d’une exposition à l’agent orange. Ce drame est aussi un écocide puisque les écosystèmes sont contaminés pour de nombreuses années (terres, eau, animaux…).

Les victimes de l’agent orange au Vietnam, mais aussi aux États-Unis et en France, réclament justice et veulent une reconnaissance non seulement judiciairement mais aussi politiquement, socialement et culturellement. D’après Wikipédia.

[15] Chico Mendes, né en 1944 à Xapuri au Brésil et mort en 1988 dans cette même ville, est le leader militant syndicaliste brésilien le plus connu parmi ceux qui ont défendu les droits des seringueiros, ouvriers chargés de recueillir le latex dans les plantations d’hévéa d’Amazonie. Après de nombreux combats syndicaux et personnels pour la défense de la forêt amazonienne et de ceux qui en vivent, on l’assassine pour ses idéaux sur ordre d’un riche propriétaire terrien. D’après Wikipédia.

[16] Voir à ce sujet la note de lecture de « Brothers » de Yu HUA qui décrit, avec un humour féroce, cette mutation au sein de la société chinoise dans les années 1980 ==> ICI.

[17] Ken Saro-Wiwa, né en 1941 à Bori et mort exécuté par pendaison le 10 novembre 1995 à Port Harcourt, est un écrivain et producteur nigérian, militant écologiste et récipiendaire du prix Nobel alternatif en 1994.

Ken Saro-Wiwa faisait partie du peuple Ogoni, une minorité ethnique dans le delta du Niger, dont les terres sont la cible des compagnies pétrolières depuis les années 1950. Il a été porte-parole puis président du mouvement pour la survie du peuple Ogoni (MOSOP). Un mouvement créé afin de lutter contre les abus commis par certaines compagnies sur les terres du peuple Ogoni. Saro-Wiwa a été le leader d’une campagne non violente contre des compagnies comme Shell, dénonçant les dégâts écologiques commis dans le delta du Niger. Pour ses actions militantes, il a reçu en 1994 le Prix Nobel alternatif, quelques mois après son arrestation par le régime de Sani Abacha. À la suite d’un procès largement dénoncé par les organisations de défense des droits de l’homme, il a été condamné à être pendu et exécuté en 1995. Shell a fait l’objet d’une plainte pour complicité dans cette exécution qui s’est conclue par un accord par lequel Shell a versé 15,5 millions de dollars.

[18] C’est moi qui souligne.

[19] La géo-ingénierie est l’ensemble des techniques qui visent à manipuler et modifier le climat et l’environnement de la Terre à grande échelle. L’objectif est généralement correctif, plus que préventif (le préventif relevant plutôt du génie écologique et de l’écoconception). A ne pas confondre avec la géo-ingénierie du sous-sol (mines). D’après Wikipédia. Pour en svoir plus, voir ==> ICI

[20] Rabindranath Thakur dit Tagore, né en 1861 à Calcutta en Inde britannique et mort en 1941 dans la même ville, est un compositeur, écrivain, poète, dramaturge, peintre et philosophe indien dont l’œuvre a eu une profonde influence sur la littérature et la musique du Bengale à l’orée du XXe siècle. Le prix Nobel de littérature couronne sa carrière en 1913. Nombre de ses romans et nouvelles ont été adaptés au cinéma, notamment par le cinéaste Satyajit Ray.

Il fait partie des voix qui se sont élevées contre le Raj britannique et il soutient comme Gandhi le mouvement pour l’indépendance de l’Inde. Il va vivre une vie tragique, avec la perte quasiment de toute sa famille et est profondément affligé par le déclin du Bengale. Mais ses œuvres lui survivent, sous la forme de poésies, romans, pièces, essais et peintures ainsi que l’institution qu’il a fondée à Shantiniketan, l’université Visva-Bharati. D’après Wikipédia.

[21] Un nexus est une connexion, là où de multiples éléments se rencontrent. D’après Wikipédia.


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