L’immense audace de Léonora Miano

L’auteure nous offre, en cette année 2020, un long roman bâti sur un récit prospectif. Nous sommes en l’an 6361 de l’ère africaine. Cela correspond à 2124 de l’ancienne façon de compter les années. Celle que les colonisateurs avaient réussi à imposer à la planète entière, basée sur l’an estimé de la naissance de Jésus Christ. La datation 6 fois millénaire de l’ère africaine restitue sa longue, très longue histoire. Comme marqueur de l’origine des temps historiques de toute l’humanité.

L’Afrique a en outre repris le nom que lui donnent ses habitants : Katiopa[1]. Katiopa unifiée plus exactement, puisque toutes les partie du Continent ont fini par adhérer à ce projet pour l’Afrique. A l’exception du Maroc qui conserve sa royauté et de l’Ethiopie très fière de n’avoir jamais été colonisée. Ces deux pays conservent leur indépendance mais les dirigeants de Katiopa n’ont pas renoncé à l’idée d’unifier la totalité du Continent. Cela se fera par la persuasion.

Il y a plusieurs lectures possible de « Rouge impératrice »

Un roman riche, dense, déroutant, passionnant. Qui nous emporte dans le flot des mots, en une écriture parfois difficile. Des phrases qui rappent les yeux, derrière la rigueur grammaticale. Mais Léonora Miano ne nous prend pas par la main pour progresser dans la lecture.

On peut y lire une fresque prospective sur l’Afrique

Une histoire qui prend à bras le corps un dessein : ce que pourrait devenir le Continent qui aurait récupéré son autonomie. Autonomie de pensée, de se penser. Mais aussi, autonomie d’agir. Aux plans stratégique, économique, financier. Un Continent qui se serait engagé dans la reconquête de son identité (multiple). Débarrassée des terribles pressions, oppressions, pillages, massacres qui ont pesé sur lui depuis si longtemps. Un Continent, aux ressources minières si convoitées, qui attend de se retrouver, de se consolider, se renforcer, acquérir de la puissance. Qui reste provisoirement fermé aux pressions extérieures. Qui refuse de respecter les engagements internationaux passés avec les ex-colonisateurs. Ainsi que d’accorder aux Cours de justice internationale la compétence sur le territoire africain. Mais on ne demanderait pas de réparations non plus. D’abord se reconstruire, donc. Avant de s’ouvrir sur les échanges humains, économiques, financier avec le reste du monde.

Léonora Miano part du constat de intellectuels africains d’aujourd’hui

Notamment ceux qui se sont regroupés autour du projet des Ateliers de la Pensée[2]

(p 65) « Pour liquider un peuple, on commence par lui enlever la mémoire. On détruit ses livres, sa culture, son histoire. Puis quelqu’un d’autres lui écrit d’autres livres, lui donne une autre culture, lui invente une autre histoire. Ensuite, le peuple commence à oublier ce qu’il est, et ce qu’il était. Et le monde autour de lui l’oublie encore plus vite »

Mais elle n’en reste pas aux invocations à « retrouver sa propre histoire », à s’engager dans la « repossession de soi ». Elle se retrousse les manches. Elle ose, en une audace inouïe. Elle nous propose une histoire qui se déroule dans un siècle !

On peut aussi lire le roman dans sa dimension spirituelle

En suivant les héros dans leur communication assumée avec les ancêtres. Dans leur visite aux esprits de la lignée, sur l’autre versant du monde. Sur « l’envers de la vie » qui n’est pas la mort mais le dialogue salutaire avec ce qui nous rattache à notre ascendance. Quelque chose aussi de profondément intime. Une façon de retrouver son identité dans les puissantes racines des sociétés du Continent. Est-ce en relation avec cette dimension spirituelle que l’auteure réhabilite l’intuition ? [3]

On peut y trouver une puissante histoire d’amour

Une magnifique aventure entre deux êtres qui se reconnaissent, au milieu de leur vie. Qui vivent une rencontre poussée à l’incandescence. Avec le savoir sur la vie et sur soi acquis par l’âge. Le sens des responsabilités. Et la force décuplée du désir.

Cette histoire d’amour réunit Boya, une intellectuelle africaine qui vit dans la capitale, et Llunga, rien moins que Président de Katiopa, de l’Afrique unifiée. On se laisse emporter par la tresse formée par la rencontre amoureuse entre ces deux être d’exception. Llunga, guerrier, mais désirant par-dessus tout l’harmonie, rétif à la violence. Un homme que les instances de gouvernement de Katiopa ont chargé de porter le projet politique d’autonomisation du Continent. Boya, femme forte, intelligente, somptueuse dans sa carnation « rouge ». Très à l’écoute de l’autre. Sans concession avec elle-même.

L’histoire d’amour entrelace ses fils avec la prospective politique pour nous livrer un récit déroutant. Avec des aller-retours permanents entres les deux volets de l’histoire, ponctués de luttes plus ou moins feutrées pour le pouvoir entre des hommes qui ont du projet pour l’Afrique des visions différentes.

Il y a aussi la trame du pouvoir des femmes

De la force des femmes. Une force qui s’est totalement libérée dans l’Afrique libérée. Avec ses espaces réservés, ses initiations possibles pour celles qui s’y engagent. Avec la solidarité entre femmes, et entre générations de femmes. Mais l’auteure ne nous livre pas une histoire naïve. Cette solidarité est mise à l’épreuve d’émotions moins nobles comme la jalousie. A travers le propos du roman, sur ce champ comme ailleurs, on entend l’auteure. Elle nous fait revivre par la lecture des pratiques ancestrales oubliées, cachées. Sur l’entrée des jeunes filles dans la Maison des femmes par exemple. Des pratiques qui ont refait surface dans cette Afrique libérée du regard pesant des dominants d’alors.

On peut entrer dans la trame policière qui se joue au plus haut niveau de l’Etat, autour du pouvoir

Sur l’enjeu du sort à réserver aux minorités qui vivent sur le Continent. Un enjeu qui va se trouver au cœur d’une intrigue pour le pouvoir et aussi de l’histoire d’amour entre cette « femme rouge » et le plus haut dirigeant de l’Afrique unifiée. Ces minorités sont notamment formées par des réfugiés des pays anciennement coloniaux, qui vivent sur le Continent après que leurs ancêtres l’ont rejoint à la suite d’un Sinistre qui a ravagé leur pays, principalement Pongo (l’Europe). L’auteure fait un détour par un décalque de la situation des immigrés en Europe d’aujourd’hui qu’elle projette dans l’Afrique unifiée, un siècle après.

Mais un décalque décalé où l’on perd ses repères dans les méandres d’une intrigue policière pour le pouvoir. Une histoire d’intégration / assimilation d’Européens ayant quitté leur pays pour rejoindre le Continent, où ils ruminent la domination perdue de leurs ancêtres. Ils restent dans le rêve de retrouver le pouvoir de leurs ancêtres qui dominaient le monde. Meurtris par leur déchéance, ils ruminent, amers et revanchards. Ils sont dans la perte, et Boya s’intéresse à ce sentiment de perte. Mais une partie d’entre eux, les jeunes, manifeste le désir de s’intégrer dans les sociétés du Katiopa. Sont-ils sincères ? Représentent-ils un danger pour le Continent en construction ?

Un fil parcourt cependant toutes ces trames, la relation à l’autre. Et, au fond, l’unité de l’humanité

C’est la clé de l’ouvrage, le fil rouge que l’auteure mêle à l’entière trame du récit. Une auteure, en permanence tendue à s’approcher de l’autre. L’autre ? C’est d’abord l’autre sexe, dans l’histoire d’amour qui traverse le récit. Dans l’altérité qui s’expose, un instant, à la fusion des corps. Mais aussi celui qui porte une autre couleur sur sa peau : c’est l’autre comme minorité blanche sur le sol de l’Afrique noire unifiée. L’autre, aussi, comme porteur d’autre croyances, d’autres religions.

Concernant les religions importées des anciennes puissances coloniales qui continuaient d’exister sur le Continent, l’auteure interroge les croyances endogènes. Pourtant, celles-ci n’avaient protégé le Continent ni de la prédation esclavagiste ni de l’invasion coloniale. L’auteure se penche cependant sur les fondements de ces savoirs ancestraux, dans lesquels…

(p 193) « …l’autre n’était pas systématiquement objet de méfiance ou de mépris, mais aussi de désir, d’admiration, en tout temps, en tout lieu. Parfois, les sentiments se mêlaient, l’attirance côtoyant la répulsion. Sans doute fallait-il à présent opter pour des conceptions plus élevées, lesquelles viseraient surtout l’unité du genre humain sans la soumettre pour autant aux dogmes de certains. Accueillir tous les visages de l’humanité, apprendre à saisir les êtres de l’intérieur. On pouvait au moins se féliciter de ce que la théosophie traditionnelle du Continent n’ait plus à emprunter les voies ombreuses d’antan. Une de ses grandes qualités -elle faisait défaut aux croyances venues d’ailleurs- était de ne promettre ni enfer ni paradis, de ne se désigner aucun ennemi, de prendre chacun tel qu’il était. Elle savait entendre, accueillir. Ce serait sa force sur la durée, maintenant qu’elle avait à nouveau droit de cité. »

Faire humanité

Comment se préparer à renouer, sur des bases nouvelles, avec le reste du monde ? Pour pouvoir apporter sa contribution à l’histoire commune de la planète. Comment « faire humanité » quand l’homme africain sera réhabilité, d’abord à ses propres yeux ? Pour pouvoir l’être pour les tiers. Comment « accueillir tous les visages de l’humanité » ?

Pour l’auteure, cela passe par l’apaisement du rapport à l’altérité. Et cet apaisement viendra avec la reconnaissance en soi de la part de l’autre qui traverse chacun, au plus profond de soi. Par la langue, par la culture notamment[4]. C’est le sens de l’action de Boya, dans sa quête de connaissance de ces descendants de fulaci (français) présents en Afrique.

Une construction prospective…

… qui nous propose des descriptions du Continent presque totalement unifié. Qui construit prudemment son autonomie en n’oubliant pas le pouvoir des anciennes puissances coloniales. L’auteure choisit de nous exposer des vues de sa capitale, de ses transports, des bâtiments du pouvoir qui la composent. L’environnement est pris en considération. En une combinaison des procédés ancestraux réhabilités, faits de matières naturelles reconsidérées, et des hautes technologies. Sur ces terrains aussi, la Katiopa a repris son autonomie de conception, d’innovation et de production. Mais il est question surtout de la gouvernance du Continent.

La gouvernance vue en prospective

Celle-ci incorpore au plus haut niveau la dimension spirituelle. Dans un dialogue puissant et très opérant entre les dirigeants et les ancêtres, en une relation faite de conseils et de protections. Outil de gouvernance du pays, mais aussi de l’intimité des individus. Pas tous. Ceux qui acceptent de s’ouvrir à la force que procure cette communication avec « l’autre côté » du monde, de la vie.

Une gouvernance du Continent unifié qui incorpore aussi l’immense diversité des croyances / spiritualités qui le composent. La question de l’unité dans la diversité se pose d’abord au niveau de l’Afrique et de la multitude de ses riches facettes. C’est après avoir avancé sur ce terrain que la question du rapport aux autres sociétés, celles des autres parties du monde, se posera. D’abord se reconstruire, entre africains ! Avec un souci de l’éthique.

Léonora Miano défie le tabou de la démocratie

Sur la dévolution du pouvoir, Léonora Miano ose briser le tabou de la démocratie. Non pas seulement en raison des dérives caricaturales qui s’étaient amorcées dans les pays du Nord 100 ans avant, au début du XXI° siècle. Mais pour se reconnecter avec les modes ancestraux de désignation des chefs. Des traditions revisitées par les apports de l’expérience. Des apports forgés au cours du difficile processus de libération du Katiopa unifié. Une lutte menée contre l’emprise des ex-pays coloniaux, de leurs réseaux politiques troubles, de leurs pressions sur les élites locales, de leurs tentacules économiques. Mais aussi, une lutte menée contre les dérives autoritaires des nouveau dirigeants du début de la lutte pour l’autonomie du Continent.

Ainsi, ce ne sont pas les populations qui élisent les dirigeants. Ceux-ci émergent de cercles restreints au sein duquel le projet politique est élaboré collégialement. C’est dans ces enceintes de pairs que le meilleur d’entre eux est élu pour conduire le projet politique. Et les ancêtres, consultés, interviennent dans ce processus, bien évidemment.

La terre, cet élément fondamental dans la cosmogonie africaine

La terre est redevenue collective[5]. On retourne à son inaliénabilité, qui facilite le dialogue avec les ancêtres. On se souvient comment aux XX° et XXI° siècles les prescriptions venues du Nord poussant à la privatisation de ce bien commun avaient accru la confusion sur le statut des terres. Favorisé l’achat de millions de kilomètres carrés par des investisseurs nationaux et étrangers qui avaient chassés de leur terre des dizaines de milliers de paysans. Au nom du « développement ». Qui avaient attisé la violence des luttes pour leur accès rendu plus difficile par la croissance de la population. Violences qui avaient été vite qualifiées d’inter-ethniques pour éviter de poser la question du changement de statut de ce bien commun. La sécurité foncière, indispensable, est obtenue en puisant dans les riches institutions du Continent, en phase avec son histoire longue. Et d’ailleurs, très différentes d’une sous-région à l’autre.

De l’adhésion au projet pour construire l’unité

L’usage de la force (pas de naïveté) est contrôlé, limité à son minimum. La construction du projet inclue la nécessaire puissance du Continent. Là aussi, pas de naïveté. Utopique mais pas naïf.

Ambition de construire un modèle de société sans équivalent dans l’histoire humaine mais non sans se reconnecter aux vérités profondes des sociétés du Continent. Du passé, on ne fait pas « table rase ».

C’est sur ce point que le travail de Léonora Miano est le plus riche, le plus audacieux, le plus créatif. Même dans ses tâtonnements. Peu d’auteurs se risquent sur ce terrain. Peut-être que l’ouverture de la pensée ne viendra pas des politiciens ni des intellectuels des sciences sociales. Mais de l’imaginaire sensible de romanciers, cinéastes, poètes… Un imaginaire libéré des contraintes savantes qui portent trop l’empreinte du Nord.

Nous voyons le monde avec les yeux de la femme « rouge impératrice »

Boyadishi, c’est son nom complet. Elle se fait appeler Boya. C’est elle qui raconte, qui éprouve, qui sent, qui ressent, qui doute. Qui s’interroge sur cette rencontre où le pouvoir politique se combine d’une façon inattendue à l’amour. La trame de la relation est serrée entre le mokonzi (le président) de Katiopa et Boya, la femme à la carnation rouge.

Boyadishi. Un nom qui met la femme rouge en lien direct avec son ascendance. Un nom dont elle s’attache à déchiffrer la signification. Qui lui donne des clés pour comprendre sa place dans sa lignée. Et l’aide ainsi à dialoguer avec ses ancêtres. Un nom tiré d’une histoire venue d’ailleurs, hors du Continent. Qui l’aide à saisir son obsession pour l’altérité, une altérité qui la traverse dans son histoire personnelle. Mais qu’elle va retrouver dans un nouveau-né qu’une femme blanche fulani (française) va lui confier avant de mourir. Un enfant né d’un viol commis par un africain. Un enfant qu’elle va installer dans son histoire d’amour avec Llunga. Le roman se termine sur cette ouverture, alors que le président va annoncer officiellement son mariage avec la femme rouge.

Une écriture rappeuse

L’histoire, ou plutôt les histoires, nous tiennent en haleine. Mais la lecture est souvent déroutante. Des phrases au sujet incertain. Un sujet qui se dérobe, quelque part dans le paragraphe. On saute, d’une phrase à l’autre, entre les facettes du roman. Sans transition.

S’ajoute, dès l’entame du livre, des mots dans les langues africaines qui composent le Katiopa. Au lecteur d’en déduire le sens par le contexte au fil de leur emploi. Des mots qui dessineront ainsi leur sens dans la langue d’écriture du roman, le français.. Un glossaire est présent toutefois à la fin de l’ouvrage. Cette rudesse dans l’écriture, forme un trait commun à tous les romans de Léonora Miano. Voir d’autres notes de lecture de l’auteure sur ce site, notamment ==> ICI

L’utopie ne glisse pas dans la naïveté. La pensée demeure progressiste

Le mal n’est pas nié, il reste tapis dans les replis des êtres [6]. Il n’est pas question de « construire un homme nouveau » comme tant d’utopies funestes du XX° l’avaient tenté, avant de sombrer dans le cauchemar.

Pour autant, le roman s’inscrit dans une pensée progressiste. Une pensée qui ne se laisse pas envahir passivement par le mal présent en chacun de nous, mais qui agit pour le contenir. Une pensée qui refuse la haine de l’autre. (p 574) « On se réveillerait désireux de vivre plus que de se venger, ce serait cela, la revanche. »

Une pensée qui soutient toute l’entreprise de construction d’un Continent unifié et débarrassé du poids qui a envahi jusque-là l’âme même de ses habitants. Le poids de la domination. Une action qui lutte pour accepter la part de l’autre dans soi. Même si l’autre est l’oppresseur d’avant. Une lutte qui, justement, cherche à contenir la haine, la vengeance, l’humiliation. C’est ce que porte Boya, la femme rouge, auprès de Llunga, le président.

Tout à l’opposé de la Fin de l’Histoire !

(p 337) « … le monde reste à faire, (…) il n’y a pas de voie toute tracée, ni celle des ancêtres, ni celle des colons d’autre fois ». On est tout à l’opposé de la Fin de l’Histoire ! Avec audace, Léonora Miano contribue nous projeter dans le futur de l’Histoire de l’Humanité.

 = = = = =

[1] Katiopa, le grand Kongo, le Kongo Katiopa : la nation Kongo, c’est toute l’Afrique en général et sa diaspora mondiale dans le concert des nations. La terre bénie du soleil. L’époque ou l’homme noir était en harmonie avec lui-même, en harmonie avec les autres êtres humains, en harmonie avec les forces cosmiques et toutes les divinités de la nature. http://fr.wikikongo.net/index.php/Katiopa

[2] Voir sur cette importante initiative entreprise depuis 2016 : https://www.facebook.com/lesateliersdelapensee/

[3] Digression : C’est une approche que je partage, l’intuition. Qui m’a souvent isolé dans les échanges intellectuels. Notamment dans mes travaux en économie. La domination de l’evidence based à l’anglo-saxonne y fait des ravages. Une approche dérivée de la recherche médicale et appliquée brutalement aux sciences sociales. La « preuve » par les chiffres. Sinon, rien !

[4] Cela renvoit à la phrase martiale de Kateb Yacine : « faire de la langue française un butin de guerre ».

[5] Voir notamment Le monde s’effondre de Chinua Achebe ==> ICI.

[6] Voir Jean Baudrillard La transparence du mal    ==> ICI