« L’art de voyager sans billet » de Jack LONDON. Une série de nouvelles sur sa vie de jeune homme, au tournant du XX° siècle. Alors que, sans un sou en poche, il circule dans l’immensité de l’Ouest américain. En sautant de train en train. En tendant la main pour un bout de pain….

« Brûler le dur »

Jack London, adolescent, circule en clandestin dans les trains de marchandise, au risque de sa vie. C’est l’aventure. C’est « brûler le dur » dans l’argot qui se forme en marge des voies de chemin de fer. Entre ces jeunes vagabonds, autres jeunes hommes de son âge. Dans un jeu entre « gendarmes et voleurs » avec les employés du chemin de fer qui cherchent à les déloger.

Comment ne pas se laisser attraper par eux ? En se cachant sous le wagon, tout près des essieux, des freins. Ou sur les toits des wagons, à grand risque. Ou sur les étroites plateformes. Et comment sauter du train au bon moment ? Quel wagon viser pour éviter les hommes de la compagnie ? Comment monter en courant dans le train qui démarre…. Au risque de se faire broyer les jambes comme cela arrive à son ami « Le Français ».

La vie entre « hobos »

« Hobo », c’est comme cela qu’ils s’appellent entre eux. Ces jeunes vagabonds qui, au sortir de l’hiver, se jettent sur les routes de fer qui commencent à sillonner le grand Ouest américain.

Ils se connaissent, se croisent au détour d’une escale dans une gare. Nouent des amitiés, se perdent, se retrouvent… Ils se jaugent, s’évaluent à leurs mérites. Se confortent parfois. Et partagent des informations. Dans telle ville, les policiers sont très durs. Mais les habitants sont assez généreux quand on mendie un bout à manger. Là, on trouve facilement des trains de nuit. Ici, pas d’abris possible. Et il fait si froid… Le passage des Rocheuses est le plus dur, dans le froid attisé par la vitesse du train et l’air glacé qui vous étreint…

Les vagabonds, la ville, la police…. Et le capitalisme

Dans la dernière nouvelle, Jack London développe des idées sur le travail, le chômage, les qualifications des emplois, les contrats permanents ou saisonniers, les syndicats, les vagabonds, les bandits, la police, les patrons. Dans une série d’énoncés confus, il se demande comment s’ajuste le « marché du travail » alors qu’il y a toujours beaucoup plus de demandeurs de travail que de postes disponibles.

Il faut dire que nous sommes à l’aube du XX° siècle : les idées claires sur ces sujets ne sont pas largement étendues. Jack London parle à partir de son expérience empirique de jeune vagabond et des épreuves humaines et physiques qu’il a affrontées. Mais il décrit la façon dont la police, et derrière eux, les nantis, développent des discours visant à opposer les travailleurs aux chômeurs, les travailleurs qualifiés à ceux qui ne le sont pas, les urbains installés à ces vagabonds errants…

« L’art de voyager sans billet » de Jack LONDON couverture du livreL’horreur capitaliste à l’état pur

London évoque la déchéance sociale la plus éprouvante qui guette toute personne qui s’expose, seul, sur ce marché du travail. Le risque : « descendre plus bas encore et devenir une bête tout au fond du gouffre social. » (p 115)

Bien sûr, il est jeune, fort, plein d’énergie, sans attaches. Lui s’en tire plutôt bien. En étant conscient que nombre d’entre ces chômeurs évoluent entre vagabondage et crime. Mais il regarde autour de lui d’autres situations et les décrit dans son texte. Vivre à 14, de tous âges et sexes, dans un réduit sans fenêtre de 9 m²… Dans la « pourriture des clapiers » (p 114). Des situations où les hommes sont si affaiblis par leurs conditions de vie et les rigueurs de l’hiver qu’ils ne sont plus en état de travailler (p 112).

Jack London surprend un échange entre un patron et un homme qui lui demande du travail à la porte d’une usine (p 112-113). « L’homme était un juif russe. Il avait à sa charge sa vieille mère, son épouse et leurs deux enfants en bas âge. (…) après la saison froide, il avait désespérément besoin d’un emploi. Le patron avait presque accepté de le prendre pour quelque tâche non spécialisée quand, frappé par sa mine cadavérique, il lui avait demandé de lui montrer son bras. (…) l’homme a découvert un bras nu aux muscles atrophiés et à la peau d’un banc bleuâtre où on distinguait les tendons et le contour des os. (…) Le patron a poussé un juron et l’a envoyé promener en lui riant au nez. »

Le rapport de classe est visible, dans le lignes de l’auteur. Sans filtre, dans toute sa brutalité.

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Jack London, né John Griffith Chaney en 1876 à San Francisco et mort en 1916 en Californie, est un écrivain américain dont les thèmes de prédilection sont l’aventure et la nature sauvage. Il est l’auteur de L’Appel de la forêt et d’autres romans célèbres (Croc-Blanc, Le Talon de fer) — dont certains (Martin Eden, Le Cabaret de la dernière chance) sont autobiographiques — ainsi que plus de deux cents nouvelles.

Il a tiré aussi de ses lectures et de sa propre vie de misère l’inspiration pour de nombreux ouvrages. Pour en savoir plus sur l’auteur, voir ==>ICI

Voir la note de lecture de « Martin Eden » ==>ICI


© 2023 Jacques Ould Aoudia | Tous droits réservés

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