La terre brûle » de Sunil AMARITH 2/2 : principaux enseignements. Dans ce texte, nous rassemblons les traits principaux qui émergent de cette œuvre majeure.
L’apport principal de l’auteur est le lien qu’il établit entre le phénomène de domination et les dégradations de la nature. Dominer les être humains se combine immanquablement avec vouloir dominer la nature. Avec, pour les uns et pour l’autre, des conséquences destructrices.
A noter : je n’ai pas utilisé l’Intelligence Artificielle pour la rédaction de ce texte. Pas plus que pour la rédaction de tous les textes déjà publiés sur mon site. Ce n’est pas une position de principe. Je m’autorise à utiliser l’IA pour d’autres travaux. C’est pour une autre raison : le plaisir de l’écriture. Le plaisir des mots, de leur sens, de leur musique, de leur portée. Il me semble que confier l’écriture à l’IA nous prive de ces plaisirs. Il y a bien d’autres raisons pour n’avoir avec l’IA que des rapports distants. Des raisons connues (atteintes à l’environnement) et d’autres raisons que nous imaginons difficilement (dépossession possible/probable de notre humanité). Donc je ne le fais qu’avec parcimonie et après mûre réflexion.
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L’humanité a déjà vécu des épisodes de changement climatique. Des évènements non provoqués par les êtres humains [1]
Des changements qui ont entrainé des désastres dans la population. Notamment le « petit âge glaciaire » du XIV° au XIX° siècle [2] qui a affecté surtout l’Europe et l’Amérique du Nord.
La population de la terre a ainsi vu ses effectifs se réduire d’une façon dramatique à plusieurs reprises dans l’ère historique. Des pandémies ont pu ajouter leurs effets dévastateurs à ces changements climatiques sur la contractions de la population.
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La Chine et l’Europe ont eu (et ont toujours) des rapports au reste du monde totalement différents
La Chine, persuadée de sa supériorité sur toutes les autres sociétés et avec une population globalement unifiée sous une seule direction, a décidé au XV° siècle, de se recentrer sur elle-même. Son souci constant a été la défense de sa frontière Nord et Ouest contre les nomades envahisseurs. La construction de la « Grande muraille » traduit cette obsession.
L’Europe, divisée en royaumes concurrents, s’est tout au contraire, projetée vers le reste du monde. Par les voies maritimes vers l’Est en contournant l’Afrique, et vers l’Ouest en atteignant l’Amérique qu’elle avait prise pour la pointe orientale de l’Asie. D’où le nom d’Indiens donnés aux habitants de cette Amérique ainsi « découverte » aux yeux des Européens.
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Colonisation, génocide, esclavage, destruction de la nature
La colonisation de l’Amérique s’est traduite par une série de gigantesques génocides, provoqués par des massacres violents et des maladies. Des maladies importées d’Europe auxquelles les autochtones n’avaient pas les moyens physiologiques de résister. Destructions humaines, mais aussi destruction de la nature et des cultures autochtones. Ce modèle sera aussi adopté en Argentine.
Le régime des plantations, inspiré par la recherche de profits à court terme, est l’un des fondements historiques du capitalisme.
On passe d’une logique alimentaire (nourrir la population) à une logique d’accumulation capitaliste par l’exportation sur un marché mondialisé. Le sucre en est l’élément premier. Le blé va prendre aussi une dimension globalisée.
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Nomades contre sédentaires
La lutte multimillénaire entre nomades et agriculteurs s’est partout déroulée. Avec une victoire des seconds, au terme de longs processus, appuyés le plus souvent par l’Etat. Le recul du nomadisme est général.
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L’immense espace de l’Asie a été colonisé par les Russes, les Chinois et, dans une moindre mesure, les Indiens (de l’Inde)
La violence y a été relativement moindre qu’en Amériques. Car les mouvements de populations ont été moins contraints. En forte croissance démographique dans les pays de départ, cette émigration était une question de survie. Cela a concerné les populations rurales pauvres de Russie, de Chine et d’Inde. Sans ambition d’accumulation du capital comme ce fut le cas en Amérique.
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Des demandes contradictoires :
– Partout, dans le monde et depuis la nuit des temps, les populations recherchent la sécurité : contre les guerres, contre la faim. C’est encore le cas aujourd’hui dans de larges partie de la planète.
– Les classes dirigeantes ont longtemps fait de la recherche de bras, « du muscle », leur objectif prioritaire [3]. Une recherche permanente de la façon d’extraire du travail, toujours plus de travail, de la population. Pour satisfaire le niveau élevé des richesses assurant leur mode de vie. Jusque dans les dernières années du XX° siècle, ils ont à faire face en permanence à un manque de bras. Ils résolvent cette difficulté de plusieurs façons. Par l’appât de la liberté sur des terres à conquérir (envoi des colons). Le plus souvent, par la contrainte : le servage pour les paysans installés, le rapt et l’esclavage quand il n’y a personne. Voir un témoignage rapporté sur le fort de Hammamet en Tunisie ==> ICI
– [JOA : La relation au travail et sa recherche obstinée a changé radicalement au cours du XX° siècle. L’explosion démographique est passée par lçà. Désormais, les « bras » sont sur abondants !

Aujourd’hui, la mobilité des êtres humains a changé de nature. Les êtres humains ne sont plus recherchés. Ils sont au contraire repoussés, rejetés, partout dans le monde, au Nord, mais aussi au Sud [4]. Provoquant une division des populations au sein des sociétés mêlées, et la montée de la xénophobie.
Le vieillissement des populations des sociétés du Nord (mais aussi de Chine) pourrait modifier une fois de plus cette relation au travail. Et donc à l’étranger.]
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Colonisation, esclavage et violence
La situation coloniale a été fortement associée à cette recherche de travail, dont elle a accentué la violence. Tant vis-à-vis des populations locales (quand elles n’ont pas été totalement massacrées), que par l’importation de main d’œuvre esclavagisée dans le cas contraire.
Cette violence est dirigée également contre la nature. De multiples écosystèmes différenciés, à petite ou moyenne échelle, ont été remplacés, après déforestation massive, par des monocultures (principalement blé) sur d’immenses surfaces, exploitées de plus en plus avec l’apport d’intrants fossiles (énergie des machines, engrais).
Dans le domaine de la pensée, la théorie de la sélection naturelle de Charles Darwin, s’est développée pour justifier la hiérarchisation des races. Au sommet de laquelle, on retrouve… les Blancs occidentaux !! Et parmi eux, les anglo-saxons, of course !!
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Conquête des Amériques et destruction de la nature
La transformation radicale des écosystèmes en Amérique du Nord a entrainé la disparition quasi-complète des bisons. Entre 20 et 40 millions d’animaux peuplaient les terres du vaste centre. Ils constituaient un apport essentiel pour les autochtones, les « Indiens ». La disparition des troupeaux a grandement affecté les populations indiennes.
Les bisons ont été remplacés par des élevages d’animaux domestiques à grande échelle (bœufs, moutons, poulets). Ces élevages ont permis une élévation très forte de la consommation de viande dans les pays occidentaux. Aux Etats Unis, l’activité autour de la viande s’est concentrée, autour de Chicago, en de gigantesques usines-abattoirs.
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Coloniser l’ensemble de la planète
Tueries animales, tueries humaines. (p 131) « l’une et l’autre étaient au service d’un projet de conquête – des terres, des sols, des minéraux, de l’énergie et des populations ». Aucune région du monde n’a été à l’abri.
Sunil Amrith cite l’écrivain britannique Rudyard Kipling [6] qui s’offusque de la souffrance animale devant les abattages d’animaux pour la viande. Tandis qu’il ne dit rien des massacres d’Indiens dans l’Empire.
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Pendant les deux Guerres Mondiales, un enjeu crucial se forme : nourrir les troupes et la population
Cette capacité à nourrir se fera le plus souvent par des réquisitions autoritaires sur les populations dominées. Aux malheurs de la guerre, celles-ci devront ajouter la faim. Les puissances centrales (Empires Allemand et Austro-Hongrois) lors de la première GM, puis les pays d’Europe qui formeront l’Axe (Allemagne et Italie) lors de la seconde GM devront chercher à l’Est les espaces à conquérir pour nourrir leur armée et leur population. Dans des configurations hostiles.
Les Alliés en revanche pourront compter sur les immenses terres agricoles des Etats Unis et d’Argentine à l’Ouest pour soutenir cet effort alimentaire.
Pendant la seconde GM, la faim fera des millions de morts, principalement en Asie. Au Bengale, dans la région chinoise de Hunan, à Java, au Vietnam. Mais aussi en Russie, où près de 12 millions de femmes et d’hommes périront par la faim.
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Les deux Guerres mondiales ont révélé les immenses capacités de destruction issues des révolutions industrielles
Notons tout d’abord que ces guerre ont été provoquées par des conflits entre pays développés. Et pourtant, presque toutes les sociétés de la planète ont été entrainées dans les « massacres mécanisés ».
Destruction des êtres humains directs lors des affrontements. Indirects par les famines subies ou provoquées. Déplacements massifs de population.
Agressions contre la nature. Par l’extraction, la fabrication et l’utilisation des armes. Le pétrole et le blé sont éléments clés pour la victoire. S’ajoute l’arme atomique à la fin de la Seconde GM.
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L’après-guerre connait une période d’accélération sur tous les fronts
Etrangement, les populations des pays belligérants d’Europe et du Japon retrouvent une prodigieuse énergie pour se reconstruire et prospérer dans les années qui suivent la seconde GM. La consommation de masse atteint des niveaux inégalés.
De leur côté, les pays du Sud se libèrent du colonialisme politique. Et se lancent dans le « Développement », compris au lendemain des indépendances comme la création d’infrastructures imposantes. Assouan en Egypte par exemple. Le béton comme symbole de fierté de l’autonomie retrouvée !
Mais cette orientation est destructrice. Destructrice des hommes, déplacés, meurtris par ces travaux. De la nature. C’est en Chine que la nature est la plus affectée. Les autorités veulent « plier la nature » à leurs objectifs. Fleuves, montagnes… La population chinoise connait une famine de masse en 1960-1961 qui fait des dizaines de millions de victimes.
La guerre froide établit un équilibre entre les deux superpuissances. Notamment en matière d’armes nucléaires et de conquête de l’espace. Mais sur le plan de la consommation de masse, les Etats Unis ne sont pas rattrapables par l’URSS.
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Dans les années 1970, la prise de conscience des enjeux environnementaux s’affirme
Mais d’emblée, elle oppose deux visions. Celle portée par les sociétés civiles du Nord qui dénoncent les intrants chimiques dans l’agriculture. Celle du Sud qui attend de ces progrès une réduction des peurs ancestrales du manque, de la faim, de la maladie, d’une mort précoce. En arrière-plan se pose la question de la « justice environnementale ».
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Débats complexes – Conflits d’intérêts
La prise de conscience du facteur humain dans le dérèglement climatique, à quoi s’ajoute les pollutions et la perte de biodiversité, a fini par se répandre dans les sociétés du Nord et du Sud. Elle a entrainé des débats complexes. Une complexité qui renvoi, au fond, à d’immenses conflits d’intérêts entre les pays responsables du dérèglement climatique et des destructions des écosystèmes naturels, les pays dits « industrialisés » et les autres pays, en majorité au Sud. Mais pas seulement, comme on le voit avec la Chine.
Ce qui aggrave les enjeux, c’est que ce sont les pays les moins responsables qui sont, globalement, les plus impactés par les effets du dérèglement climatique.
La dimension morale des enjeux a été posée devant l’ampleur des défis qui sont face à l’humanité. Notamment par le Dalaï Lama.
Mais l’équation s’est encore complexifiée depuis les années 1990
Car des pays du Sud sont devenus d’intenses pollueurs en flux annuels de pollution. Chine d’abord, Inde ensuite. Faut-il que les pays du Sud abandonnent l’idée de leur propre développement qui passe largement par une industrialisation ?
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DOMINER LA NATURE ET DOMINER LES AUTRES SOCIETES
L’auteur associe dans un même faisceau de causes la volonté de dominer la nature et celle de dominer les autres sociétés. Cette démarche se base fondamentalement sur le déni d’égalité entre les êtres humains. Et l’on peut associer à ce nexus la dimension « genre » en ajoutant la domination patriarcale !
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Sunil S. Amrith (born in 1979) is a historian who holds the post of Renu and Anand Dhawan Professor of History at Yale University. His research include transnational migration in South and Southeast Asia. From Wikipedia. Pour en savoir plus, voir ==> ICI (nous n’avons pas trouvé de version en français)
[1] Il y a un doute, selon l’auteur, sur l’existence d’un changement climatique qui aurait pu être provoqué par la suppression des immenses surfaces cultivées qui a fait suite à la destruction, par les conquérants espagnols, des empires qui régnaient sur le continent sud-américain.
[2] Le petit âge glaciaire est une période climatique froide, particulièrement intense dans l’Atlantique nord, ayant approximativement eu lieu entre le début du XIVe siècle et la fin du XIXe siècle. Elle se caractérise par une série d’hivers longs et froids en Europe et en Amérique du Nord. Elle succède à l’optimum climatique médiéval, période plus chaude.
Ce terme est introduit de manière informelle en 1939 par le géologue François E. Matthes pour désigner initialement les 4 000 dernières années. Cette expression « petit âge glaciaire » est aussi maintenant attribuée à la période qui a suivi les trois éruptions volcaniques massives de 536, 541 et 547 à l’échelle planétaire, éruptions mises en évidence au début du XXIe siècle.
[3] Au XX° siècle, après la Seconde Guerre Mondiale, la France, la Belgique, les Pays Bas vont passer des Accords de main d’œuvre avec les pays du Maghreb. Au Maroc, un « recruteur » est resté célèbre, Felix Mora. J’ai eu la chance d’entendre sur RFI une interview de lui qui datait des années 1990. Je l’ai entendu prononcer ces mots : « Je venais dans l’Atlas marocain pour chercher du muscle ».
D’après Wikipédia. Félix Mora, né en 1926 à Croix et mort en 1995 à Lens, est un militaire français devenu recruteur pour les Charbonnages de France. Entre 1960 et 1980, il a parcouru le sud du Maroc, recrutant personnellement plusieurs dizaines de milliers de Marocains pour les envoyer en France travailler dans les mines du Nord et de Lorraine.
Il a laissé un souvenir marquant dans le Sud marocain surtout parmi les populations berbères — des chansons lui sont consacrées — et chez les milliers de Marocains qu’il a recrutés.
[4] Seuls les pays peu peuplés et très riches en hydrocarbures, typiquement les monarchies du Golfe, sont, aujourd’hui, en demande structurelle de main d’œuvre. Du « muscle » et des « cerveaux ».
[5] Le génocide des Héréros et des Namas perpétré sous les ordres de Lothar von Trotha dans le Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie) à partir de 1904. C’est le premier génocide du XXe siècle. Ce programme d’extermination s’inscrit au sein d’un processus de conquête d’un territoire par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911. Il entraîna la mort de 80 % des autochtones insurgés et de leurs familles (65 000 Héréros et près de 20 000 Namas).
Réévalué à partir des années 1990, ce crime de masse suscite depuis un important travail de mémoire, que ce soit en Namibie même, ou au sein de la communauté des historiens. D’après Wikipédia.
[6] Rudyard Kipling, né en 1865 à Bombay en Inde britannique et mort en 1936 à Londres, est un écrivain britannique. Ses ouvrages pour la jeunesse connaissent un succès qui ne s’est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Certains le considèrent comme un « innovateur dans l’art de la nouvelle », un précurseur de la science-fiction et l’un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse.



