Trump est bien solide sur ses bases, et ses semblables en Europe ou dans le reste du monde prospèrent… sur les mensonges des dirigeants ‘bien pensants’.

Ne nous y trompons pas : Trump est bien solide sur ses bases, et ses semblables en Europe ou dans le reste du monde prospèrent… sur les mensonges des dirigeants ‘bien pensants’.

Les mots du président Trump font bien leur effet : elles exacerbent les indignations de tant de personnes bien pensantes (je suis moi-même scandalisé, bien sûr, par l’insulte aux « pays de merde »). Mais elles consolident son ascendant sur les millions de personnes qui ne se reconnaissent plus dans le discours lénifiant et finalement mensongers que les médias dominants et les politiciens installés, partout dans le monde, leur servent jour après jour depuis des décennies.

C’est à ce point que l’analyse du phénomène Trump et consorts rencontre celle de l’information : Mensonges ? Fake news ? Vérité ou « post-vérité » ? Nous sommes dans un meli melo de vérités : dénonciation du « politiquemnet correct » pour les uns, dénonciation des « théories du complot » pour les autres, tandis que les positions se croisent : des chrétiens fondamentalistes soutiennent un président salace (pour le moins), des ouvriers au chômage votent pour un milliardaire qui diminue les impôts pour les riches…

Essayons d’y voir clair.

La mondialisation a créé un discours auto-justificatif. Depuis tant d’années, la mondialisation qui a façonné le monde d’aujourd’hui, s’accompagne d’un discours sur les « bénéfices incontestables » de cette évolution. Si on oppose des arguments à ce discours déferlant (par ex. « la mondialisation a augmenté les inégalités partout, au Nord comme au Sud »), on nous répond que, de toutes les façons, il n’y a pas d’autre solution, reprenant les mots de Margareth Thatcher : « There is no alternative ! » (TINA).

Politiciens et leurs armées d’économistes, intellectuels en tous genres, journalistes… nous racontent sans relâche que la libéralisation économique répand ses bienfaits partout, au Nord comme au Sud. Ainsi, le libre-échange devait augmenter le bien-être pour tous, la mise en place de l’Euro devait redresser durablement le régime de croissance de l’Europe, la flexibilisation du travail (à l’œuvre en France depuis 30 ans, quoi qu’on en dise) et la baisse des impôts pour les plus riches devaient réduire le chômage…

Quand la crise financière a éclaté en 2008 aux USA, provoquant la ruine de millions de personnes, le débat s’est concentré sur la nécessaire régulation des systèmes financiers. Mais on a occulté le fait que le système financier tel qu’il fonctionne actuellement est une gigantesque machine à creuser les inégalités, en déplaçant toujours plus de richesse vers les couches les plus riches : derrière les régulations, les enjeux réels sont des enjeux de répartition ! Aussi, la solution adoptée a été de socialiser les pertes (ce sont les Etats qui ont renfloué les banques sans contreparties) alors que les gains étaient et sont toujours privés. Les Etats se sont endettés pour sauver les banques, mais rien n’est fait pour enrayer l’évasion fiscale légale qui les prive de ressources importantes.

Le Traité de libre échange entre le Canada et l’Europe [1] est entré discrètement en vigueur depuis septembre 2017 sans attendre les ratifications par les Parlements des pays européens au motif que ce genre de traité est de la seule compétence de la Commission européenne. Oui, on a bien lu, c’est ainsi ! Et si un Parlement rejète sa ratification, et bien cela ne changerait rien, le traité continuera de s’appliquer. La démocratie est bafouée tranquillement par ceux qui sont sensés la garantir.

Les grandes firmes automobiles, les laboratoires pharmaceutiques, les compagnies pétrolières manipulent au grand jour les informations et les décisions politiques à Washington et à Bruxelles…

On pourrait allonger la liste des manipulations et mensonges déversés à longueur de temps sur les populations pour jeter un écran de fumée sur les atteintes dont elles sont l’objet.

Une partie croissante des sociétés, au Nord comme au Sud, ne se reconnait plus dans les institutions établies, ne croit plus à la justice, aux informations des médias dominants… Elle le manifeste par ses votes ou par d’autres moyens. Elle est disponible pour d’autres discours, celui de Trump aux USA, celui des forces d’extrême droite en Europe, celui des salafistes dans les sociétés et communautés de culture musulmane, celui des nationalistes hindous en Inde, des bouddhistes en Birmanie, de leaders noirs racistes en Afrique du Sud….

A l’échelle planétaire, se creuse ainsi un écart croissant entre les ‘insiders’, ceux qui profitent globalement de la mondialisation (en gros les riches appuyés sur les couches urbaines, instruites), et ceux qui en sont exclus, socialement et symboliquement (les travailleurs déclassés, les ruraux et semi ruraux…), avec des spécificités propres à chaque pays [2]. Les manifestations qui se sont succédé à Washington au lendemain de l’élection de Trump l’ont bien montré [3] : « pour Trump », les couches laborieuses blanches déclassées par le chômage, « contre Trump», les classes urbaines, instruites, qui défendent les droits et le respect des femmes, des noirs, des latinos, des homosexuels… mais sans un mot sur les droits sociaux !

Cette sélection des droits à défendre est éclairante : ce qui menace dans leurs droits et leur dignité les femmes, les noirs, les latinos, les homosexuels… relève d’oppositions entre personnes (comme le racisme) qui ne s’adressent pas directement au pouvoir. Tandis que ce qui menace les travailleurs déclassés relève d’oppositions entre salariés et patrons qui s’adressent au pouvoir économique. Ainsi, les forces qui se pensent progressistes ont abandonné le terrain des revendications sociales face aux puissants, pour se concentrer sur des (légitimes) revendications au sein de la société sans mise en cause des puissants. Ce faisant, elles laissent les travailleurs déclassés entre les mains des partis de droite et d’extrême droite.

Ces phénomènes sociaux se combinent avec un autre champ d’opposition : ceux qui portent les mensonges sur la mondialisation décrits plus haut sont globalement ceux qui sont plutôt pour un accueil des immigrés, pour alléger les contraintes à la circulation des personnes [4]

En face, se regroupent autour de leaders qui « parlent vrai », les exclus qui adoptent le langage de la haine de l’autre, le rejet de la différence, la fermeture sur soi…

On a ainsi un croisement de positions qui ajoute à la confusion !

Ces mensonges de l’establishment ne sont pas le fait d’un complot mondial, mais de milliers de décisions qui agitent la sphère de l’information mondialisée. Chacun tire sa ficelle, sachant que certaines ficelles sont plus grosses que d’autres (Monsanto a plus de moyens que l’association de défense des abeilles du Morvan). Ce qui unifie le discours dominant, c’est la circulation des élites mondialisées autour de la terre, de séminaires en symposiums, de conférences en colloques, de salons en sommets de toutes sortes, en un « entre-soi hors-sol » auquel participent politiciens, universitaires, consultants, cadres des entreprises, fonctionnaires, syndicalistes, membres d’ONG, d’organisations professionnelles… qui consolident ainsi la pensée dominante (la « pensée unique »), confortée par une presse entre les mains des grands groupes économiques.

Plus qu’un complot, les thèses dominantes sont devenues une idéologie, une croyance partagée par d’innombrables relais qui la dupliquent à l’infini et la font passer pour vérité à des millions de personnes, jusqu’à ce que, lassés de ces mensonges, une part croissante de ces mêmes personnes bascule dans d’autres croyances, celles du « parler vrai », celles du « je dis haut ce que tout le monde pense tout bas », celles des exclus qui se rebellent contre les « maîtres du monde » qui nous trompent. Le terrain est préparé pour les extrémismes de tous les bords !

La mondialisation libérale détruit la démocratie !

_____________________________________________

[1] Exemple de la langue de bois communautaire (extrait de la présentation de cet accord sur le site de la Commission européenne) : le CETA (AECG) est le nouvel accord commercial entre l’UE et le Canada. Cet accord facilitera l’exportation de biens et de services, ce qui profitera aux citoyens et aux entreprises, dans l’UE comme au Canada. Le 21 septembre 2017, le CETA entrera en vigueur à titre provisoire. La majeure partie de l’accord sera alors d’application. Les parlements nationaux des pays de l’UE et, dans certains cas, les parlements régionaux également, devront ensuite l’approuver pour qu’il puisse produire tous ses effets. http://ec.europa.eu/trade/policy/in-focus/ceta/index_fr.htm

[2] Aux USA, l’électorat de Trump regroupe massivement les ouvriers blancs mis au chômage par la mondialisation, et les chrétiens fondamentalistes qui structurent la société depuis des siècles. Ces deux groupes sont réunis par leur racisme anti-noirs et anti-immigrés.

[3] Voir sur ce site : http://jacques-ould-aoudia.net/manifestations-de-soutien-a-trump-pour-son-investiture-manifestations-plus-fournies-dopposition-a-ses-saillies-anti-femmes-anti-homosexuels-anti-migrants-anti-noirs/

 [4]  A plusieurs reprises, les forces d’extrême droite en Suisse ont provoqué la tenue de référendum pour ou contre l’immigration, et ce sont les forces patronales alliées aux forces de gauche qui ont fait campagne contre ces initiatives.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *