Tunisie – Pologne. Les sociétés se dressent contre l’impuissance des politiques

Tunisie – Pologne. Les sociétés se dressent contre l’impuissance des politiques

Récupérer du pouvoir d’agir sur son destin

Les élections d’octobre 2019 révèlent, dans ces deux pays, la puissance des poussées populaires conduites par des forces conservatrices. Elles sont portées par une forte volonté de récupérer du pouvoir d’agir sur sa vie. Pouvoir que les partis traditionnels, de droite ou socio-démocrates qui ont conduit les politiques depuis 40 ans, ont laissé partout dans le monde aux forces du marché mondialisé et aux organisations internationales qui les soutiennent.

Pologne, un vote massif pour le parti conservateur PIS

Ce vote pour le PIS résulte de ce que ce parti est réputé « tenir ses promesses ». Un parti qui ne se laisse pas enfermer dans les injonctions des marchés relayées par celles de la Commission européenne. Avec une certaine redistribution sociale au profit des classes défavorisées et des familles.

En Tunisie, la jeunesses a rejeté les partis classiques

Le vote pour Kaïs Saïed a été porté par l’immense majorité de la jeunesse du pays, celle qui s’est fait voler les fruits de sa révolte de 2011 par les islamistes d’Ennahda et par les partis dits séculiers, dont les benalistes.

Affaissement de l’autorité de l’Etat et arrivée des mafias

Les grands bénéficiaires de la révolte de 2011 en Tunisie, ceux qui ont occupé l’espace politique, se sont organisés en partis sur fond d’affaiblissement de l’autorité de l’Etat et de la force de la Loi [1]. Devant ce recul de la Loi, les acteurs mafieux ont pris le dessus, en faisant plier l’Etat en faveur de leurs intérêts particuliers.

Ce développement de mafias autour de grandes familles et d’entreprises privées est le même qui s’est développé en Russie et dans les pays de l’Est de l’Europe après l’effondrement du système communiste dans les années 90. Les premiers à profiter du recul de l’Etat ont été les mafias autour d’entreprises privatisées et d’intérêts privés. Même chose en Tunisie après 2011.

L’idéologie libérale s’accommode parfaitement de la corruption

Ce phénomène s’est développé dans l’idéologie libérale dominante qui valorise le recul de l’Etat et l’avancée des intérêts privés. De fait, le système qui s’est installé en Tunisie après 2011 en étouffant les motifs de la révolte de 2011, a été soutenu par les grands acteurs internationaux : l’Occident pour les partis séculiers, les monarchies du Golfe pour les formations islamistes.

Récupérer des marges de souveraineté face aux marchés mondialisés

Au total, les forces qui viennent de s’exprimer massivement en Tunisie et en Pologne demandent le respect des promesses électorales. C’est-à-dire plus de capacité d’agir pour les acteurs politiques. Cela revient à une récupération de marges de souveraineté contre les marchés et les institutions qui soutiennent la mondialisation.

Ce sont des forces très conservatrices qui portent ce mouvement

En matière sociétale, les forces qui portent ces demandes sont très conservatrices et même réactionnaires. Sur la place des femmes, sur le choix des orientations sexuelles, sur la peine de mort…

La société est clivée comme partout dans le monde. D’un coté les classes instruites, urbaines, connectées, ouvertes sur la mondialisation, qui demandent toujours plus de libertés individuelles assimilées à la « modernité ». De l’autre coté, de larges parties des sociétés, et dans des contextes à chaque fois spécifique (poids de l’Eglise catholique en Pologne, montée du référent islamique en Tunisie comme dans l’ensemble des pays de culture musulmane) qui restent inquiètes/angoissées face à cette « modernité » qui déboule trop vite, souvent portée par des vents venant de l’étranger.

Au Maroc, contre la Moudawana

On a vu au Maroc, en mars 2000, ce double mouvement en formes de manifestations : les 20.000 « modernistes » à Rabat contre les 200.000 « islamistes » à Casablanca. Tous et toutes manifestaient contre la réforme du Code de la Famille (la Moudawana). Les premiers parce qu’elle n’allait pas assez loin. Les autres parce qu’elle allait trop loin.

Et la gauche dans tout cela ?

La gauche est absente de ces puissants mouvements populaires. Les protestations contre les atteintes aux libertés individuelles, aux droits des minorités sexuelles, au racisme, aux reculs de la démocratie… mobilisent ces couches urbaines, instruites, connectées, ouverte sur la mondialisation. Mais ces couches urbaines se sont largement détournées des couches populaires déclassées par la mondialisation (anciens ouvriers des ceintures industrielles en friche, péri-urbains pauvres…) .

De l’autre coté, ces atteintes aux minorités, aux droits… peuvent conforter la base électorale du camp conservateur comme on le voit aux Etats Unis où Trump consolide son socle social à chacune de ses saillies face aux rappels à la Loi du camp Démocrate.

Voir « Trump est solide sur ces bases » ==> ICI

Un double échec imputable à soi même

Le mouvement progressiste se reconstruit actuellement après le double échec que la « gauche » a produit en son sein en forme de suicides. L’échec de l’espérance communiste d’une part. La trahison de la social-démocratie d’autre part. Ces échecs ne sont en rien des défaites devant les forces de droite : c’est de l’intérieur du camp progressiste que la perte s’est organisée.

Voir « Nous avons perdu » ==> ICI

Un changement d’axe, en forme d’espoir

L’espoir vient d’un changement d’axe, avec l’irruption des urgences écologiques qui commencent, dans les sociétés du Nord, à prendre corps. Un espoir largement portée par les jeunesses du monde. Cette nouvelle prise de conscience relie d’une façon de plus en plus indissociable les urgences écologiques, sociales et démocratiques. C’est de ces efforts sur ces nouveaux fondements que naîtra un mouvement progressiste à l’échelle internationale.

Un lien Nord-Sud à établir, sur de nouvelles bases

Pour cela, il faudra que ces mouvements au Nord fassent lien avec les mouvements progressistes du Sud qui se mobilisent sur des axes partiellement différents. Les urgences écologiques y sont souvent moins présentes. Les questions liées à l’emploi des jeunes, souvent diplômés, dominent dans nombre de  pays du Sud.

Surtout, il faut compter sur les jeunesses pour dépasser les vieilles représentations. Pour se reconnaître mutuellement, entre Sud et Nord, sur des bases égalitaires. Des relations qui ne sont plus basées sur la domination comme cela a été le cas depuis plusieurs siècles.


Pour en savoir plus sur le PIS (Parti Droit et Justice) ==> ICI


[1] Cet affaiblissement de l’autorité publique s’est manifesté dans toutes les strates de la société : « Pourquoi payer l’électricité puisque Ben Ali est parti ? » a-t-on entendu après 2011 dans les quartiers populaires.

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