« Tsubame – Le poids des secrets » de Aki SHIMAZAKI (note de lecture 3/5)

Nous sommes ici dans le volet 3 des 5 romans que l’auteure a réuni dans « Le Poids des secrets ». La chronologie du récit se brouille. Mais les souvenirs se maintiennent. Se transmettent avec plus ou moins de précision de génération en génération.

Des secrets subsistent

Des secrets pour se protéger. Pour protéger les enfants qui se sont intégrés à la société japonaise en ignorant leur lointaine origine coréenne. Une origine effacée des mémoires par le séisme de Kantô, qui a frappé Tokyo et sa région en 1923. Puis par les massacres racistes d’immigrés coréens qui ont suivi. Enfin, par l’explosion nucléaire de Nagasaki en 1945.

L’auteure situe le récit de ce 3ème roman soixante ans après le séisme de Kantô. Le personnage central est encore la femme qui est devenue Mariko après que son identité coréenne a été changée pour la protéger des massacres. Mariko revient sur les souvenirs de sa séparation définitive d’avec sa mère le jour du séisme et va chercher à soulever le Poids des secrets.

« Tsubame – Le poids des secrets » de Aki SHIMAZAKI (couverture du livre 3/5)

Yonhi Kim renommée Mariko trouve sa place dans l’orphelinat sous la protection du prêtre Tsubame

Le jour du séisme, Yonhi est confiée par sa mère à un orphelinat dirigé par un prêtre catholique. Un homme, un étranger, que les femmes qui travaillent dans l’orphelinat appellent « Tsubame ». Il prend soin d’elle. Il recueille la fillette et falsifie son identité pour la protéger. Yonhi Kim, enfant coréenne devient la Japonaise Mariko Kanazawa. Elle est ainsi, et pour longtemps, coupée de son histoire familiale. Un secret qui ajoute son poids au Poids des secrets.

Elle va grandir dans l’orphelinat puis s’émanciper. Elle a 16 ans. D’une relation hors mariage, elle aura un fils, Yukio. Mais le père de l’enfant refuse d’épouser une orpheline. Une femme de condition modeste, selon son identité officielle.

Mariko épouse Monsieur Takahashi

Tournée vers le futur, elle fonde une famille avec Monsieur Takahashi qui adopté son fils Yukio et l’entourera de son amour et de sa protection jusqu’à sa mort. Elle s’appelle maintenant Mariko Takahashi.

Toute sa nouvelle famille croit que sa mère et son oncle sont morts pendant le tremblement de terre de 1923. Tous ignorent son origine coréenne.

Après le séisme de 1923, la bombe atomique de 1945

Mariko va survivre à ces deux catastrophes. Fuyant le foyer de l’explosion de la bombe atomique de Nagasaki le 9 aout 1945, elle emporte avec elle le journal intime que sa mère lui a confié lors de leur ultime séparation, 22 ans auparavant. Un journal qu’elle n’a jamais ouvert.

Son mari, envoyé en Mandchourie occupée par le Japon, est fait prisonnier par l’armée russe qui a libéré cette province chinoise du joug japonais. Il échappera ainsi à la dévastation de la bombe atomique. Mais il restera prisonnier en Sibérie et rentrera au Japon deux ans après la fin de la guerre.

Mariko ressent le besoin d’alléger le Poids des secrets qu’elle a gardés enfouis en elle

Nous sommes soixante ans après le séisme. Pressée de question par ses petits-enfants, elle dévoile peu à peu son identité réelle. Ces révélations ravivent ses souvenirs.

Un jour, elle assiste à l’exhumation des corps de Coréens massacrés en 1923. Va-t-elle retrouver le corps de sa mère ? De son oncle ? Elle est bouleversée. Elle rencontre Madame Kim à cette occasion. Se noue une courte et intense relation avec cette femme âgée qui a assumé son identité coréenne.

Elle sort de sa cachette le journal intime de sa mère

Un journal que Mariko n’a jamais ouvert. Mais aussi qu’elle ne peut pas lire car elle ignore la langue et l’écriture coréenne. Elle l’apporte à Madame Kim à qui elle dévoile alors son identité. Madame Kim lit le journal.

Mariko est dans une intense émotion à écouter le récit que sa mère a confié à son journal soixante ans auparavant. Au verso de la dernière page, écrit à la hâte, la mère adresse un mot à sa fille. Et le date du 2 septembre 1923, soit le lendemain du tremblement de terre. Elle lui voue son amour et révèle le nom de son père. C’est Tsubame, le prêtre étranger.

De mère en fille, des naissances sans reconnaissance du père

Ainsi, le secret de sa filiation est mis à jour. Mais demeure celle de sa mère qui n’a pas connu, comme elle-même, son propre père. Et Mariko va ajouter un maillon à cette chaine, en mettant au monde Yukio d’un père qui ne l’épousera pas. Le Poids des secrets s’alourdit.

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Sur le Séisme de Kantô, voir ==> ICI

Sur le précédent roman de la série « Le poids des secrets », voir ==> ICI