Automobile club d'Egypte d'Alaa El Aswany

« Automobile Club d’Egypte » de Alaa EL ASWANY (note de lecture)

Tout d’abord, je voudrais partager l’immense plaisir à lire ce roman. Avec son écriture subtile (je l’ai lu dans sa traduction en français), ses intrigues puissantes, sa description fine des émotions les plus intimes des personnages. Sa façon de donner à comprendre l’Egypte de la fin des années 40 au plus profond des imaginaires de la société.

Un livre sur la soumission et la révolte qui forme une des trames majeures de l’ouvrage

Nous sommes dans l’Egypte du Roi Farouk. Sous le joug de la puissance britannique. Suite à un accident grave, le Roi se consacre essentiellement aux jeux d’argent, aux femmes et aux sucreries. L’Automobile Club d’Egypte est le lieu (comme « L’Immeuble Yacoubian » du même auteur) qui sert de point focal aux multiples intrigues que l’auteur tisse avec brio. Ces intrigues réunissent une famille de haute Egypte ruinée vivant au Caire, le Directeur du Club, anglais rigide et lâche, sa fille ainsi que sa maîtresse rebelles toutes deux. Jusqu’au Palais en la personne d’El-Kow, chef des domestiques, homme de confiance du Roi, qui exerce sur tout le personnel un pouvoir tyrannique et d’une immense violence.

Primauté du statut comme règle du jeu social

Dans l’Egypte des années 40 (comme dans l’ensemble des pays du Sud, encore aujourd’hui), les relations sociales s’organisent autour du statut. Ce statut, chacun cherche à préserver et si possible à améliorer. Les manifestations qui marquent le statut (protocole, formules de politesse…) forment une chorégraphie sociale écrasante. Une chorégraphie qui occupe une bonne part de l’énergie des classes dirigeantes. Et auxquelles les classes populaires sont tenues de se soumettre. Chacun déploie ses efforts pour améliorer son statut au détriment des autres. Pour « s’élever ». Pour se rapprocher du pouvoir.

Des accents de Naguib Mahfouz pour décrire la vie des quartiers populaires

La vie dans les quartiers populaires fait partie du paysage. Alaa El Aswany trouve des accents de Naguib Mahfouz pour décrire les relations au sein des familles et entre voisins,. Entre soumission aux parents et à la tradition mêlée de religion, et écarts permanents aux normes. La religion, omniprésente dans la vie quotidienne, n’a pas le poids punitif et écrasant qu’elle a prise aujourd’hui, depuis que les wahhabites ont pris le pouvoir dans l’interprétation des textes.

L’alliance entre le Palais et le colonisateur anglais pour régner sur l’Aumobile Club

A l’Automobile Club, les employés sont soumis à un travail rigoureusement organisé, mené sur un mode militaire. La perfection dans le service est le minimum requis. Se soumettre à El-Kwo ou lui tenir tête ? Le risque est de déchaîner sa violence inouïe. Une violence qu’il fait appliquer sur le champ par une brute qui l’accompagne en toute circonstance. Mais la soumission est aussi de mise dans la société britannique. Une soumissin subtile, entre le directeur du Club et sa fille qui va se rebeller. En commençant par refuser de devenir une concubine du Roi, au grand désespoir de son père.

Ceux qui refusent

Dans l’océan de soumission qui structure les rapports sociaux, l’auteur fait émerger des individus qui disent non. Ceux-ci préfigurent les grandes mutations sociales qui vont permettre, quelques années plus tard, l’arrivée de Nasser au pouvoir. Et le triomphe (pour un temps) du nationalisme arabe. Ces ébauches de rébellion s’appuient sur l’émergence de groupes d’opposants au sein du Parti nationaliste Wafd. Un parti qui organise le refus de la domination coloniale britannique. Le groupe sera démantelé par la police politique, et ses membres torturés.

Le roman commence d’une façon étrange par l’évocation de l’inventeur allemand de l’automobile Carl Benz (qui créa la société Mercedes Benz). Il se termine d’une façon non moins étrange, comme si on avait coupé le film avant la fin.

Une œuvre majeure dans la littérature !


Pour en savoir plus sur l’auteur ==> ICI

Voir aussi « J’ai couru vers le Nil » ==> ICI

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