« Les nuits blanches » de Fédor DOSTOÏEVSKI. Cet ouvrage est sous-titré : « roman sentimental », rare caractéristique attribuée à un ouvrage de fiction. En effet, nous sommes totalement immergés dans les échanges entre deux jeunes gens, chacun noyé dans la solitude de ses questionnements sur l’amour, la relation à l’autre sexe. Entre strictes conventions sociales et désirs de liberté. Là encore, c’est de l’émergence de l’individu qu’il s’agit, dans le contexte russe du début du XIX° siècle. Au-delà, c’est le sombre regard de Dostoïevski qui se projette sur la scène.

« Les nuits blanches » : une scène qui se joue à trois

Il y a d’abord celui qui parle à la première personne. Qui ère sans espoirs dans la ville de Pétersbourg. Il se décrit d’une façon confuse comme « rêveur ». Il y a ensuite Nastenka la jeune fille qui va se déchirer entre deux hommes. Enfin, l’autre, le troisième, dont on ne sait presque rien. Il a pris le cœur de Nastenka. Et c’est lui qu’elle va rejoindre, finalement.

Nastenka est fermement tenue par sa grand-mère, aveugle, qui contrôle sa vie et ses lectures. Et, pour plus de sureté, qui l’a « épinglée » à sa robe. Toute la journée, dans sa maison triste, une épingle attache en effet la jeune fille à la vieille dame pétrie de méfiance.

Une large palette des sentiments anime les cœurs des deux premiers. Glissant de promesses en espoirs. D’élans en retraits. De regrets en demi-mensonges. A soi-même, à l’autre.

La ville de Pétersbourg forme le théâtre de ce drame intime. Avec ses canaux, ses façades, ses couleurs. Voir « St Pétersbourg en 1000 photos » prises en 2015  ==> ICI

« Les nuits blanches » de Fédor DOSTOÏEVSKI couverture du livre

« L’enfer est pavé de bonnes intentions »

Le court texte « Les nuits blanches » est suivi d’une lecture autant érudite que roborative de Michel del Castillo [2]. Un écrivain dont l’enfance est marquée par l’abandon et la trahison dans le contexte de la Guerre civile espagnole puis de la Seconde Guerre Mondiale.

L’auteur franco-espagnol nous livre des clés de lecture. En projetant sur le « roman sentimental » de Dostovieski ses propres questionnements. Il y décèle l’évolution de l’auteur russe vers une prise de conscience de la part sombre de l’être humain. Du mal qui nous accable. Tous. D’autant plus puissant quand ce mal se pare de bons sentiments.

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Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (en russe : Фёдор Михайлович Достоевский, couramment francisé en Fédor Dostoïevski), né en 1821 à Moscou et mort en 1881 à Saint-Pétersbourg, est un écrivain russe.

Après une enfance difficile, il est élève d’une école d’officiers et se lie avec le mouvement progressiste de St-Pétersbourg. Arrêté en avril 1849, il est condamné à mort. Mais, après un simulacre d’exécution, est finalement déporté dans un bagne situé à Omsk (extrême-ouest de la Sibérie) où il passe quatre ans. Redevenu sous-lieutenant, il démissionne en 1859 et s’engage complètement dans l’écriture. Épileptique, joueur couvert de dettes et d’un caractère sombre, Dostoïevski fuit ses créanciers et mène en Europe une vie d’errance au cours de laquelle il abandonne toutes ses convictions progressistes, devenant un partisan convaincu de l’Empire russe et de la religion orthodoxe. À l’opposé de ses contemporains Léon Tolstoï, Ivan Tourgueniev et Ivan Gontcharov, l’activité d’écriture de Dostoïevski fut semée de difficultés matérielles constantes. Il trouve durant les dix dernières années de sa vie une stabilité matérielle et une reconnaissance dans tout le pays.

Écrivain admiré à la suite de la publication de Crime et Châtiment (1866) et de L’Idiot (1869), il publie ensuite ses deux œuvres les plus abouties : Les Démons (1871) et Les Frères Karamazov (1880). Ses œuvres ne sont pas des romans à thèse, mais plutôt des œuvres polyphoniques où s’opposent idées et points de vue multiples, à travers des personnages qui se construisent eux-mêmes, au travers de leurs actes et de leurs interactions sociales.

Au travers d’une variété de thèmes relatifs à la nature, à la religion, Dostoïevski s’attache à la description de l’homme et de sa condition dans l’atmosphère sociale et politique de la Russie du XIXe siècle.

Considéré aux côtés de Léon Tolstoï comme un des plus grands romanciers russes, il a influencé de nombreux écrivains (Albert Camus, André Gide, André Malraux ; les Russes Alexandre Soljenitsyne, Anton Tchekhov ou encore Mikhaïl Boulgakov) et philosophes (Friedrich Nietzsche et Jean-Paul Sartre), ainsi que l’émergence de l’existentialisme et du freudisme. Ses livres ont été traduits dans plus de 170 langues et presque tous sont l’objet d’adaptations cinématographiques. D’après Wikipédia. Pour en savoir plus sur l’auteur, voir ==> ICI

[2] Michel del Castillo, né eb 1933 à Madrid et mort en 2024 à Sens (Yonne), est un écrivain français, d’origine espagnole.

La mère de Michel del Castillo, Cándida del Castillo se marie à Michel Georges Janicot. Un français employé au Crédit lyonnais de Madrid. Michel del Castillo naît peu avant la guerre civile. Face à la montée des dangers en Espagne, son père retourne vivre seul en France. Leur enfant a 2 ans. Il occupe un poste de cadre commercial chez Michelin. Cándida del Castillo et leur fils ont prévu de le rejoindre mais sont retardés. Lorsque le père revient en Espagne au printemps 1936, il découvre que sa femme a renoué avec un ancien amant, dont elle a eu deux fils par le passé. Les plans de fuite commune en France sont en conséquence annulés.

Sa mère, Cándida, très engagée politiquement, est proche du parti républicain de Manuel Azaña. Pourtant les Républicains l’emprisonnent de 1936 à 1937. Durant l’emprisonnement de sa mère, le petit Michel lui rend visite, accompagné de sa grand-mère. Le régime franquiste condamnera à mort la mère.

Ensemble, la mère et le fils fuient l’avancée franquiste. Ils se réfugient en France chez Michel Janicot (le père), qui les aide financièrement sans pour autant renouer avec son épouse. Alors que Cándida réclame encore de l’argent à son mari, durant la Seconde Guerre mondiale, celui-ci la dénonce aux autorités et la fait interner au camp de Rieucros à Mende avec Michel. Ce camp de réfugiés politiques est l’une des épreuves que l’écrivain décrira notamment dans son roman Tanguy. Après s’être évadé, l’enfant est livré en otage par sa propre mère aux Allemands. Qui l’envoient en Allemagne dans des fermes de travail jusqu’à la fin de la guerre.

Rapatrié en France après la guerre, puis livré à l’Espagne, Michel del Castillo est enfermé, comme « fils de rouge », à l’Asilo Durán de Barcelone, une maison de redressement, véritable bagne. Il s’en évade en 1949.

Il a ensuite la chance d’être accueilli dans un collège de jésuites, à Úbeda en Andalousie. C’est avec le père jésuite Mariano Prados (Pardo dans Tanguy) qu’il découvre la littérature. Alors que son père biologique ne répond pas à ses lettres désespérées, il part à Sitges (Province de Barcelone) pour devenir ouvrier en 1950. Il est alors âgé de 17 ans.


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