« La belle du Caire » de Naguib MAHFOUZ (note de lecture)

« La belle du Caire » de Naguib MAHFOUZ (note de lecture)

Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature en 1988, présente, à travers ses multiples romans, un panorama de la vie sociale et politique de son pays d’une richesse et d’une profondeur inouïes.

Dans ce roman, nous sommes au Caire en 1933, avec en toile de fond les débats sur l’Indépendance, la Constitution, l’émergence d’un parti nationaliste… Quatre amis étudiants campent les positions de la jeunesse instruite : Ma’moun le religieux convaincu (mais sans volonté hégémonique), Ali le socialiste idéaliste, Mahgoub le cynique parfait qui vient d’un milieu populaire, et Ahmed l’opportuniste à l’affût, qui se prépare au journalisme. Les débats sont vifs entre les quatre, mais l’amitié et le respect demeurent sous l’humour corrosif des échanges.

Et puis il y a Ihsane, la belle Ihsane, aînée d’une famille pauvre de 8 enfants, qui a hautement conscience de sa beauté… et de sa pauvreté. Une telle beauté attire immanquablement le désir des puissants. L’un d’entre eux, Qasim bey Fahmi, jeune et beau ministre en vue, réussi à séduire la belle. Pour cacher sa liaison, il obtient qu’Ihsane épouse le jeune ambitieux et cynique Mahgoub, qui leur servira de couverture. Mahgoub et Ihsane acceptent ce pacte, le premier devenant ainsi le proxénète de la belle, aux frais du ministre. Sans surprise, ce pacte se brisera sur le dévoilement du mensonge, et les deux protagonistes perdront tout et retourneront à leur condition.

Sur cette trame, se joue les caractéristiques principales de la vie sociale dans la capitale égyptienne dans toutes les faces de ses turpitudes : l’obsession du statut et de l’ascension sociale derrière le mépris de classe, l’assurance tranquille des nantis en richesse et en titres vis-à-vis du peuple, la frénésie pour l’accès aux postes élevé de l’Etat, réceptacle de toutes les ambitions et toutes les manipulations, l’hypocrisie du recours à la religion, la fausse pudeur devant les désirs des puissants, le cynisme des arrivistes…

Dans cette période où les individus émergent difficilement d’une lourde chape de traditions, l’auteur nous accompagne dans le méandre des questionnements de chacun, face au gouffre de la responsabilité individuelle que les jeunes découvrent devant eux.

 

A tous ceux qui voudraient connaitre ou mieux connaitre la société égyptienne, je conseille de lire les œuvres de Mahfouz (ainsi que celles d’Aswani, qui en constituent une sorte de ‘mise à jour’). L’auteur nous offre là une voix venant des profondeurs du peuple égyptien, avec toute sa richesse, ses contradictions, ses faiblesses. Aucune étude « savante » n’arrive à restituer avec autant d’intelligence et de sensibilité une telle connaissance de la société égyptienne, indispensable pour qui s’intéresse à ce grand pays.

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