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Barcelone, 17 août 2017 et le colibri

Barcelone, 17 août 2017, et le colibri

J’étais le 17 août 2017 à Barcelone, au terme de 10 jours de vacances dans cette magnifique capitale catalane, en pleins préparatifs de départ pour notre retour à Paris. La veille, nous étions Place de Catalogne et sur la Rambla, sur les lieux mêmes…

Aux instants où nous préparions nos bagages, d’autres, peut être à deux pas de nous, se préparaient à assassiner le plus de victimes possibles.

J’ai été comme paralysé pendant plusieurs jours. Impossible de réfléchir, de prendre du recul, d’analyser cet événement dramatique dans sa funeste répétition, après tant de villes du monde ensanglantées… submergé par des émotions personnelles dont je n’émerge que maintenant.

Il m’est revenu mes souvenirs d’enfance à Alger, dans la violence de la guerre de libération et les horreurs de la répression coloniale… Les souvenirs de fouille dans les trolleybus en allant au lycée ; les images d’un corps allongé sur le trottoir dans une flaque de sang, avec des soldats autour de lui, dans une ruelle proche du « Lycée Bugeaud », tout en bas de la Casbah d’Alger ; les nouvelles à la radio, avec la propagande quotidienne annonçant des chiffres de « rebelles abattus »… Comme des dizaines de milliers de familles algériennes, la mienne n’a pas été épargnée : la maison de grand-père Boudjemâa a été attaquée à la grenade par des parachutistes ;  un cousin de mon père, Amokrane, avocat du FLN, assassiné à Paris en 1959 sur ordre des autorités françaises ; mon oncle Salah-Henri, assassiné par l’OAS en mars 1962 à Alger, au lendemain des Accords d’Evian qui scellaient la fin de la guerre d’Algérie [1], dans les dernières convulsions de l’empire français agonisant ! [2]. C’était dans les années 50 et 60.

Aujourd’hui, la violence politique me rattrape. J’habite à Paris à 700 mètres des locaux de Charlie Hebdo, à 300 mètres du Bataclan. J’étais en avril 2011 à Marrakech, à quelques centaines de mètre du café Argana sur la Place Jamâa El Fna, ravagé par une bombe.

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Il est temps de se ressaisir. Comme le colibri [3], portons chaque jour notre goutte d’ouverture à l’autre et d’amitié, pour résister à la haine que l’on veut déverser dans nos têtes ! Continuons à réfléchir, à analyser collectivement les causes profondes de tant de troubles, et à agir ensemble.

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[1]. Voir à ce sujet : « Autopsie d’un assassinat. » Jean-Philippe Ould Aoudia, 1994, préface d’Emmanuel Robles. Alger : ENAP/ENAL. Et « L’assassinat de Château-Royal. » Jean-Philippe Ould Aoudia ; Pierre Vidal-Naquet. Éd Tirésias, 1992.

[2] Sur les derniers jours de l’empire, voir : « Deux fers au feu. De Gaulle et l’Algérie : 1961 », suivi de « Un crime d’État : Paris, 23 mai 1959 », Jean-Philippe Ould Aoudia, Ed. Tiresias, 2015. Voir sur ce site : http://jacques-ould-aoudia.net/deux-fers-au-feu-de-gaulle-et-lalgerie-1961-jean-philippe-ould-aoudia-2015-note-de-lecture/

[3] https://www.colibris-lemouvement.org/

2 réflexions sur “Barcelone, 17 août 2017 et le colibri

  1. Merci de ce partage, en toute sincérité, humilité…
    Parfois, les émotions nous rattrapent, nous confrontent… pour mieux les accueillir… et faire avec !
    C’est bon pour moi de te lire sur cette période de ton enfance, cela éclaire…

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