« Les années douces » de Hiromi Kawakami. Un récit vu par les yeux d’une femme, Tsukiko. Elle vit seule, dans une mélancolie profonde, à ne pas s’engager dans ce qui l’attire, ce qui la tente. Sa rencontre avec un de ses anciens professeurs du lycée occupe progressivement son univers. Ils se retrouvent par hasard dans des bars-restaurant où ils dégustent les meilleurs plats en buvant saké et bière. Tsukiko, de trente ans sa cadette, se sent attirée irrésistiblement par cet homme qui affiche une sérénité à toute épreuve.

De longs moment dans les bars-restaurant à déguster la gastronomie japonaise qui prend une place importante dans le récit. Tsukiko veut vivre seule et redoute en même temps la solitude. Le « maitre », comme elle appelle son ancien professeur, apaise cette tension. Non par son propos car il parle peu. Et quand il parle, c’est avec le discours professoral qu’il avait avec son ancienne étudiante. Tsukiko n’était pas très assidue ni appliquée dans la poésie japonaise qu’il enseignait.

C’est par sa présence que le « maitre » apaise cette tension. Par le mystère de ce qui nimbe son corps d’homme âgé, ses mouvements élégants, son allure vigoureuse…

« Les années douces » de Hiromi Kawakami ne sont pas si douces que cela

Les tension entre Tsukiko et le « maitre » surviennent sur des motifs futiles. Mais quand Tsukiko se fait séduire par un ancien ami, un parfum de jalousie parcours les lignes du roman. Tsukiko suppose que le maitre est jaloux. Est-ce seulement dans l’imagination de la jeune femme ? Elle renonce à la relation que lui offre cet ancien camarade de lycée. Un homme de son âge vers lequel elle est pourtant attirée. Va-t-elle accepter de passer quelques jours avec lui dans une auberge isolée en pleine nature ? Elle le veut, mais se contente de laisser planer le doute.

L’image du « maitre » s’impose dans son esprit. Elle en ignore les raisons. Elle sent que c’est avec lui qu’elle veut partir quelques jours. Mais ce désir se brise sur ses propres contradictions. Le veut-elle vraiment ? Des années « aigres douces » s’enchainent.

« Les années douces » de Hiromi KAWAKAMI couverture du livre

Lui et elle se retrouvent dans les bars

Elle s’offre à lui, qui résiste. Mais elle-même ne sait pas où elle en est dans cette relation singulière. Tsukiko ne comprend pas. Le rapprochement se fait cependant. Par petits pas, sans brutalité, avec une infinie douceur entre elle et lui.

Mais il se fait dans le grondement intérieur des pensée de la jeune femme qui s’effraie de ne pas déchiffrer l’autre. Cet homme à la fois disponible et lointain. De ne pas savoir comment faire avec cet autre qui demeure si étranger.

L’extrême pudeur de la vie sociale japonaise se marque là. On ne dit pas ses sentiments. D’ailleurs, on a peine à se l’avouer à soi-même. On ne formule pas les choses. On l’exprime avec mille signes, mille silences… Comme le jeu avec la distance entre les êtres quand on marche ensemble dans la rue. Avec la position du corps quand on mange ensemble. La façon de servir le saké dans le verre de l’autre. De s’appeler au téléphone…

Saké et bière

Le saké et la bière jouent un rôle majeur dans leur relation. L’alcool s’empare de l’esprit de Tsukiko quand ils passent ensemble dans les bars. Elle sombre dans l’ivresse.

Je m’interroge sur la place que la consommation de saké et de bière tient dans la façon dont la relation entre Tsukiko et le professeur se noue, évolue. Certes, cette consommation est hautement codifiée, ritualisée même. Comme la façon de verser le saké dans son verre.

On peut évoquer un trait culturel de la société japonaise. Mais c’est une chose d’accorder à la nature (les cerisiers en fleur, le bruit des oiseaux dans les arbres, la pluie…) une place importante. Ou même à la nourriture vue par la littérature. Notamment dans la description des plats.

C’est une autre chose de sentir que la consommation importante de ces boissons modèle la relation qui se noue entre cette femme et cet homme. Les êtres – et la relation- sont profondément affectés par l’état d’ivresse qu’ils atteignent au terme de chaque rencontre.

Que pense le professeur ?

La pensée de Tsukiko occupe presque la totalité du récit. Que pense le professeur ? On ne le sait pas… Sauf sur la fin quand il évoque sa peur d’une relation intime avec elle. Lui qui n’a pas approché de femme depuis tant d’années. Sera-t-il à la hauteur ? C’est ce qu’il transmet à Tsukiko avant de s’engager dans une relation amoureuse « officielle ». Officielle ? En fait, on devrait dire mutuellement déclarée.

Le professeur est parti

Tsukiko a passé avec lui les deux dernières années de sa vie d’homme d’âge respectable. Elle reste avec ses souvenirs, elle mesure le vide que son départ creuse en elle.

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Hiromi Kawakami (川上 弘美), née en1958, est une romancière, critique littéraire et essayiste japonaise née à Tokyo. Pour en savoir plus sur l’auteure, voir ==> ICI

On trouvera dans les écrits d’Aki Shimazaki, auteure japonaise écrivant en Français, des accents sensibles proches de ceux d’Hiromi Kawakami. Voir ==> ICI


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