La Bourse ou la vie? Le lien social est un bien non marchand

Covid 19 – La Bourse ou la vie ?

Retour à l’anormal ?

Nous sommes submergés par les discours sur l’annonce d’une crise économique et sociale d’une rare gravité. Fermetures d’entreprises et explosion du chômage nous sont annoncés chaque jour. Comme s’il fallait effacer ces 4 mois de fort ralentissement de l’activité dans les pays du Nord. Comme si il était question de revenir strictement à la situation antérieure en produisant toujours plus pour consommer toujours plus. Ceci est valable à l’échelle individuelle, mais aussi à l’échelle collective.

A l’échelle individuelle, le confinement a permis de retrouver les choses essentielles de la vie

Redécouverte de l’importance des relations familiales, entre parents et enfants. De l’importance du rôle de l’enseignant pour l’éducation des jeunes. De la cuisine faite à la maison, loin des plats industriels. Du temps pour soi. Lire, réfléchir. Réfléchir avant d’acheter des biens inutiles. Mais aussi du temps pour les autres, au sein de la maison ou avec les amis par téléphone. Des solutions à trouver dans un rayon proche de son domicile, puisque les déplacements ont été limités. De redécouvrir les solidarités avec son entourage… Mais aussi redécouverte de la nécessaire régulation des frictions entre membres de la famille.

La vie antérieure conduisait souvent au sacrifice de sa vie familiale, de sa vie personnelle, au bénéfice de sa vie professionnelle. C’est d’un nouvel équilibre entre vie professionnelle et vie familiale qu’il s’agit. Et le plus important, c’est que ces activités ne coûtent rien. Ce ne sont pas des biens marchands !

On redécouvre alors que les choses les plus importantes de la vie ne s’achètent pas. Elles se construisent dans la relation. A soi, aux autres.

A l’échelle collective, exemple des Jeux Olympiques

Prenons un exemple sur un grand événement comme les Jeux Olympiques que Paris va accueillir en 2024. On peut faire des Jeux avec moins de dépenses somptueuses, moins de faste, moins d’équipements ultra-sophistiqués qui restent inutilisés après les Jeux. En revenant au sport, à l’idéal olympique d’égalité, de fraternité, de compétition loyale entre les jeunes athlètes de tous les pays. L’égalité, la fraternité, cela ne se mesure pas en argent, en ressources naturelles détruites. C’est mettre la vie bien avant la marchandisation du spectacle. Tout simplement.

Priorité à la Vie sur la Bourse

Le discours sur « la crise économique qui vient » veut effacer la priorité qui a été brièvement donnée à la Vie sur la Bourse pendant les semaines du confinement.

Priorité a été accordée à la vie face au Covid 19. Mais, indirectement, priorité a été donnée la vie face aux dérèglements climatiques. Car ces dérèglements sont directement liés aux modes de production et de consommation antérieurs à la pandémie. Aussi certainement que le virus, ils sont facteurs de mort.

Alors, on va reprendre « comme avant » ?

« Comme avant », c’est la Bourse contre la vie !

Pour nous mettre la tête à l’endroit, dans le déluge d’annonces sur la crise qui vient, nous retenons quelques faits révélés pendant le confinement. Nous retiendrons cinq faits stylisés :

  1. L’économie, telle que mesurée avec les concepts actuels (PIB), « s’effondre » dès que l’on concentre nos achats sur les biens et services essentiels. On a redécouvert que quand on a de quoi se nourrir, les choses les plus précieuses de la vie ne s’achètent pas
  2. En dépit de cet « effondrement » de l’économie, la Bourse de New York se porte très bien. Elle est revenue à un niveau d’avant la crise pandémique
  3. Il est possible de réduire très rapidement une partie de la pollution
  4. Ce sont les travailleurs les moins bien payés qui assurent la marche des fonctions essentielles de la société
  5. Dans les pays du Nord, ces « travailleurs essentiels » incluent une forte proportion de femmes et de personnes issues de la migration.

Une opportunité inespérée

Dans les pays du Nord essentiellement et pour des fractions croissantes des populations dans les pays du Sud, nous avons là une chance à saisir. Une opportunité inespérée pour infléchir notre mode de production et de consommation vers un modèle moins destructeur de ressources naturelles et d’espèces, moins producteur de pollutions. Pour enrayer notre marche vers le désastre écologique annoncé.

Pour mettre en place d’autres répartitions des richesses. Afin de recréer du lien social, ce lien que la « modernité » détruit dans les grandes métropoles. Mais aussi dans les zones rurales délaissées. Saisir cette opportunité pour faire vivre ou refaire vivre des solidarités à l’échelle des territoires, à l’échelle de chaque société. Mais aussi entre les sociétés de la planète. Dans des échanges qui seraient mutuels entre Nord et Sud. C’est-à-dire où le Nord aurait autant à apprendre du Sud que l’inverse.

Pour expérimenter d’autres façons d’associer les populations aux décisions qui les concernent, dans un renouveau des processus démocratiques.

La bourse ou la vie ?

En fait, cette expression n’est pas totalement fidèle aux enjeux actuels. Quand un brigand vous dévalisait au coin du bois en vous disant « la bourse ou la vie ? », il prenait la bourse et vous laissait la vie (en principe).

Mais aujourd’hui, c’est « la Bourse et la mort ». Car si on revient « comme avant », si on redonne sa place première à la Bourse, alors le durcissement des conditions de vie sur terre, les tensions sociales, les crispations identitaires vont répandre la mort à une plus grande échelle. Et cela, pour tous. Y compris pour les brigands qui sont aux pouvoirs aujourd’hui.

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Sur les enjeux du maintient de la vie sur terre, on lira avec intérêt « Retour sur terre. 35 propositions« . Manifeste écologique de Dominique Bourg, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Philippe Desbrosses, Xavier Ricard Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton. Voir ==> ICI

Voir également « Ecrire l’Afrique Monde »==> ICI

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