Faible emprise des barbus sur l'imaginaire des sociétés et communautés de culture musulmane. Sur la photo, on voit un graffiti écrit par des islamistes, disant "Dieu avec nous"

Covid-19. Faible emprise des barbus sur l’imaginaire social de la crise

(légende de la photo : dans un quartier populaire de Marrakech, le graffiti « Allah mra na » : « Dieu avec nous ». Une inscription rapidement effacée par les autorités.)

Les barbus n’ont, jusque-là, pas réussi à peser massivement sur les imaginaires qui ont mobilisé les affects collectifs dans cette épisode de pandémie et de confinement. Au Nord comme au Sud, ils l’ont fait à la marge, par le biais d’explications de la maladie relayée par les réseaux sociaux (« c’est une punition de Dieu ») et de l’inutilité d’y opposer une action humaine puisque l’on « est dans la main de Dieu ».

D’autres thèses complotistes sont venues se superposer, plus en phase avec des imaginaires émergents qui voient dans l’affrontement entre USA et Chine le grand combat à venir, objets de tous les fantasmes. L’affrontement USA-URSS a occupé les esprits pendant un demi siècle !

Ainsi, comment invoquer l’Islam face aux thèses d’un virus qui aurait été fabriqué par la Chine pour abattre les USA ?

On retrouve la même impuissance des barbus au Maroc

Au Maroc, où les mouvements pour maintenir les prières collectives dans les mosquées malgré les interdits sont restés marginaux. Le premier jour du confinement, le 20 mars 2020, des manifestations ont eu lieu à Tanger, Fès, Salé. Les barbus ont tenté d’entraîner la population dans des manifestations où l’on invoquait Dieu comme seule réponse à la pandémie. Mais il n’y a pas eu de suite significative. Dans les faits, des prières collectives ont été organisées dans les familles, discrètement. Sans que des consignes politiques ne relayent cet écart par rapport aux règles publiques du confinement.

Au Sénégal, globalement, c’est le même constat, même si l’accès aux mosquées pour prier ensemble a divisé la société, par-delà les barbus militants. Au Pakistan, les religieux ont réussi à peser sur les décisions des autorités publiques, vu leur poids historique.

Il reste à documenter une large étude internationale sur la façon dont l’islamisme politique serait dépassé par cette crise. Ce serait plutôt une bonne nouvelle.

Mais ailleurs…

Mais les mouvements chrétiens radicaux aux USA et au Brésil ont plutôt gagné des points dans cette affaire. Avec des manifestations violentes dans certains Etats des USA en lien avec l’extrême droite politique. Et en Inde, les hindouistes extrémistes au pouvoir ont réussi à rapprocher épidémie et religion musulmane dans l’imaginaire de la société de culture hindouiste, accroissant les haines et les violences contre la minorité musulmane.

En France, l’extrême droite, autre tribu de barbus,

ne parvient toujours pas à faire émerger un bouc émissaire crédible dans cette histoire. Le thème de la frontière et de leur fermeture tardive a été avancé très tôt. Il y a eu la convocation des thèmes favoris (appels prétendus d’un muezzin dans la rue d’un quartier populaire ; funeste attaque meurtrière d’un jihadiste à Romans-sur-Isère). Mais l’opinion est restée massivement centrée sur la pandémie, sur le confinement et le déconfinement. Et sur les errements des décisions et discours publics pétris de mensonges.

Les barbus de tous poils en porte à faux

A ce stade et globalement, les idées de l’extrême droite, religieuse ou pas, ne parviennent pas à se répandre massivement dans les sociétés. Croisons les doigts des mains et des pieds ! Mais restons prudents et attentifs. Et réfléchissons aux conséquences de cette paralysie relative de l’extrême droite sur la relève à construire.


Voir ‘Tina et Daech vont en bâteau » ==> ICI

Voir « Coronavirus en Inde : les musulmans sont devenus des boucs émissaires” ==> ICI

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