Contre ou pour Donald Trump ? Droits de l’homme contre Droits sociaux.

Quelles réflexions la gauche peut-elle tirer des mouvements opposés lors de l’investiture de Donald Trump le 20 janvier 2017 ?

La défense des droits et du respect des femmes, des migrants, des homosexuels, des noirs et des autres minorités ethniques est plus importante que jamais … mais elle s’est menée jusque là sans considération pour les droits sociaux. Les difficultés des ouvriers mis au chômage par les délocalisations, ceux dont on dit qu’ils ont fait la différence dans le vote des grands électeurs au profit de TRUMP, ne sont pas dans les préoccupations de tous ceux et toutes celles qui sont descendus dans la rue contre TRUMP pour défendre les droits de l’homme. Et ce sont les ouvriers mis au chômage, pour une large part, qui ont participé aux manifestations de soutien au nouveau président. Leur désir de reconnaissance était fort. Ils se sont sentis écoutés, reconnus par «leur président».

Le poids exclusif mis par les mouvements et ONG sur les «droits de l’homme», au travers de «l’approche par les droits», fait ainsi l’impasse sur les agressions sociales dont sont l’objet les classes populaires dans les pays du Nord mais aussi au Sud.

Triomphe de l’individu

Il y aurait beaucoup à dire sur les raisons de cette impasse. Sur le fait que l’extension (sans limites) des droits individuels est soutenue par les couches moyennes-urbaines-instruites, souvent prises dans un mouvement d’individuation très avancée, préoccupées par les thèmes sociétaux, c’est-à-dire leurs propres problèmes en tant qu’individus. Ces mouvements ont abandonné toute vision de l’intérêt des autres couches de la population qui peuvent être en souffrance sur le terrain social.

Là où la ‘gauche’ s’est perdue

Ces batailles pour les droits sont le plus souvent portées par des individus et des organisations «progressistes». Dans l’histoire de ces 50 dernières années, ces couches urbaines «progressistes» peuvent s’estimer trahies par la «classe ouvrière». Celle-ci n’a pas réalisé le fantasme que la pensée de gauche avait mis sur ses épaules : la libération de toute la société du joug capitaliste. Mais il y a aussi le fait que nombre d’ONG militant pour ces droits sont financées sur fonds publics ou par des fondations privées qui ne soutiendraient pas les actions ayant un contenu mettant directement en cause les intérêts des puissants. Aucun lien solide ne s’est établi, par exemple en France en 2016, entre la lutte contre la Loi Travail et les ONG de défense des droits, alors même que des droits du travail étaient mis en cause !

Je partage sans réserve les propos du philosophe slovène Slavoj ZIZEK et ceux de la romancière et activiste indienne Arundhati ROY.

Slavoj ZIZEK nous dit qu’au lieu d’être obsédées par le phénomène TRUMP, les gauches progressistes devraient se livrer à une dure autocritique sur leur rapport aux classes populaires : « Ma peur la plus vive, ce n’est pas la poussée de nouveaux fascismes. Ce n’est qu’un symptôme […]. Il faut traiter la maladie. Le problème, ce n’est pas le fascisme, c’est cette démocratie libérale. L’establishment doit se livrer à une solide autocritique, sur les raisons de son échec. Et ma grande peur, c’est qu’il ne le fasse pas. »

‘Le rêve d’égalité devient blasphématoire’

Vu du Sud, Arundhati ROY nous livre une analyse convergente prenant l’exemple des luttes des femmes : « [Les] ONG décrivent le monde d’une certaine manière. Prenez les ONG féministes par exemple. Elles sont importantes pour lutter contre les mutilations sexuelles ou les stéréotypes de genre. Mais la lutte des femmes du Chhattisgarh contre l’accaparement de leurs terres ou celle des femmes de l’Orissa contre la construction d’un barrage ne sont pas considérées comme des combats féministes dignes d’être financés comme tels. La lutte des femmes contre l’agenda impérialiste et capitaliste n’est jamais considérée comme une lutte féministe digne de soutien. » Et elle poursuit : « les droits de l’homme sont devenus la seule chose que nous serions en droit de réclamer. Le capitalisme a réduit l’idée de justice à ces seuls droits, tandis que le rêve d’égalité devenait blasphématoire. Les droits de l’homme peuvent pourtant constituer une limite à notre imagination politique. » [1]

C’est CLINTON qui produit TRUMP

Il n’est pas question de fléchir devant les propos de TRUMP contre tout ce qui n’est pas «blanc, vieux et riche»; Il faut noter qu’il a composé son équipe de gouvernement en s’entourant de personnes ayant ces caractéristiques. Mais dans la bataille électorale qui a débouché sur son élection, je remarque que Madame CLINTON était soutenue par Wall Street et les néo-conservateurs, tandis que Monsieur TRUMP était soutenu par le Ku Klux Klan. Wall Street a vite compris que le milliardaire TRUMP n’allait pas mettre en danger les intérêts des puissances financières et économiques. Les indices boursiers qui avait baissé juste au lendemain de son élection se sont vite redressés. Ils ont même établi de nouveaux records depuis.

voir –> Madame CLINTON la cause, Monsieur TRUMP l’effet

C’est l’extrême droite qui recueille la colère sociale

Au-delà de quelques effets d’annonce, les agressions sociales ne vont pas diminuer aux Etats Unis avec Monsieur TRUMP. Slavoj ZIZEK nous dit que cela créé une opportunité pour que les mouvements progressistes nouent des liens avec les couches populaires, sans quoi ce sont les mouvements fascisants, racistes, xénophobes, homophobes qui continueront de recueillir la colère sociale.

Droits de l’homme contre Droits sociaux ?

La situation en Europe est comparable à bien des égards : la progression des forces d’extrême droite procède des mêmes erreurs de la gauche. Les organisations, mouvements et individus progressistes ont beaucoup à apprendre de ce qui s’est passé aux Etats Unis en 2016.

[1] Mediapart : 13 octobre 2016, interview recueillie par Joseph Confavreux.

2 réflexions sur “Contre ou pour Donald Trump ? Droits de l’homme contre Droits sociaux.

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