Croissance exponentielle des voix – Depuis 50 ans, la très forte croissance de la population mondiale s’est ajoutée à celle des personnes ayant accédé à l’instruction moderne. Notamment à celles ayant acquis le niveau du baccalauréat et de ses équivalents de par le monde. Cette croissance exponentielle, phénoménale, a généré une population en capacité de s’exprimer. Celle-ci atteint une part inégalée dans la population de toutes les sociétés du monde, notamment dans les pays du Sud. Plusieurs milliards d’êtres humains dans le monde peuvent aujourd’hui prendre la parole. Leur nombre reste à évaluer. Donner de la voix, exprimer sa volonté, ses désirs, ses aspirations, ses passions ou sa haine…

 

Ces « voix » ont trouvé les moyens de s’exprimer

 

Les moyens de communication numériques ont donnée à toutes ces voix la capacité de s’adresser à un cercle d’auditeurs, de lecteurs. Un cercle qui dépasse celui de la famille, des amis, du quartier. De l’étroit réseau des relations directes et personnalisées comme c’était le cas auparavant.

 

Une rupture anthropologique profonde

 

Cette double mutation (multiplication des voix et extension sans précédents des moyens de les exprimer) modifie radicalement le visage du monde. Elle constitue désormais la dimension majeure de la globalisation. Elle concoure puissamment à la diversification des sociétés. A ses fractionnements. A l’émergence des individus, à leur mise en réseau au niveau planétaire. Mais aussi à la propagation des fake news, ces fausses informations qui empoisonnent nos esprits. Cette double mutation favorise aussi la radicalisation de franges d’individus qui veulent passer à l’action.

Pour le meilleur et pour le pire, une réalité démographique massive transforme qualitativement la situation des sociétés sur la terre. Les conditions mêmes de la vie en commun.

 

Émergence des sociétés civiles

 

Cette situation totalement inédite nourrit le phénomène grandissant des « sociétés civiles ». Celles-ci se développent à mesure que, au Nord comme au Sud, les Etats s’affaiblissent. Tandis que les partis politiques et les syndicats dépérissent comme forme d’organisation de la vie politique et d’expression des sociétés. Les organismes d’aide du Nord favorisent ce phénomène.

Partis, syndicats sont des organisations héritées des luttes politiques et sociales de conquête de la démocratie et des droits individuels menées en Occident au XIX° siècle et pendant la première moitié du XX°. Elles ont été transposées au Sud, mais, souvent, ont été recontextualisées selon les conditions locales.

Au Sud comme au Nord, ces organisations n’expriment plus les aspirations des sociétés. L’émergence des sociétés civiles et des multiples organisations dont elles se dotent, multiplie les acteurs à une échelle immense. Au niveau de chaque société mais aussi au niveau mondial.

 

Une multiplication inouïe des acteurs

 

Cela rend la situation de plus en plus complexe à l’entendement. Les schémas anciens ne sont plus aptes à comprendre ce monde. Comme le dit Bertrand Badie dans « Nous ne sommes plus seuls » (2016, La Découverte). Mais nous n’avons pas les clés pour comprendre et agir dans la situation d’aujourd’hui. D’où un grand désarroi dans les sociétés au Sud comme au Nord.

 

Comment réguler une planète, comment vivre ensemble sur une terre où les voix se multiplient plus vite que la population ? Sur un espace terrestre en voie de réduction avec le réchauffement climatique ?

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 Sur les conséquences de cette rupture profonde dans la marche des sociétés, voir « SUD ! » ==> ICI