« Compartiment pour dames » d’Anita NAIR (note de lecture)

Dans quel espace peut-on se retrouver exclusivement entre femmes ? Et entre femmes qui ne se connaissent pas, avec du temps pour échanger ? Dans un compartiment pour dames de la compagnie indienne de chemins de fers, bien sûr !

C’est à partager ces moments que nous invite Anita Nair dans son roman « Compartiment pour dames ». Où six femmes de tous âges se retrouvent, réunies par le hasard des réservations. Pour voyager toute une soirée et une nuit dans un même compartiment.

Un lieu, des circonstances particulières…

… qui prêtent aux confidences. A l’observation mutuelle. A la comparaison. Où en suis-je par rapport à cette autre femme qui partage cet espace avec moi pendant un cours moment ?

Le plus secret

Anita Nair nous fait pénétrer dans les secrets les plus profonds des pensées de ces femmes. Ce qu’on n’ose pas se dire à soi-même ! Elles nous parlent de la condition féminine dans son coté universel. Mais aussi de l’Inde d’aujourd’hui. Avec l’assignation des femmes dans leur rôle traditionnel et l’immense volonté d’en sortir. Mais comment ?

« Compartiment pour dames » d’Anita NAIR - couverture du livre

Viol : un piège qui se referme sur la femme

Un piège classique. Où se mêlent croyances et différences de classe (entre la parole d’un maitre et celle d’une servante, on n’hésite pas). Poids des préjugés (une fille violée ne pourra plus jamais se marier). Et souffrance et résignation des femmes ayant subi ces violences. L’auteur étale avec précision le mécanisme qui se referme sur les femmes qui ont subi de tels outrages. Tout le travail de reconstruction nécessaire pour que l’individu meurtri parvienne à retrouver sa dignité. Et d’abord à ses propres yeux.

Un fil qui court au sein de toutes les sociétés du Sud

Ainsi que tant d’autres romans écrits par des écrivains du Sud, c’est le thème de l’émergence de l’individu qui constitue la trame du roman. Comme Naguib Mahfoud l’Egyptien [1], Aroussia Nalouti la Tunisienne [2], comme Zhou Weihui la Chinoise [3], Chimamanda Ngozi Adichie la Nigérianne [4], comme une autre auteure indienne contemporaine Shilpi Somaya Gowda [5]

L’émergence de l’individu

Tous, toutes, font de cet apprentissage difficile de la liberté le thème de leurs écrits. De cette émergence dont on parle moins. Celle de l’individu dans les pays du Sud. Une rupture anthropologique majeure. Un phénomène qui bouleverse la marche des sociétés en profondeur, à bas bruit. (Sur ce thème, voir ==> ICI). Mais aussi qui change le cours de la marche du monde !

Découvrons ces paroles de femmes

Dans l’intimité de leurs hésitations, de leurs doutes, leurs émois, leurs espoirs. Avec les questionnements sous les draps, dans le noir, près de l’homme avec qui elles partagent leur vie. Dans leurs craintes de se lancer dans l’inconnu (apprendre à nager par exemple). D’expérimenter d’autres relations avec les parents, les frères et sœurs. Avec l’homme qui va devenir son mari. Avec le mari qui a passé sa vie à vous rabaisser…

Comment affronter le poids des conventions sociales quand on s’écarte de la norme ?

Et pourquoi les femmes reproduisent à ce point les schémas répressifs et mutilants envers les autres jeunes femmes ? Notamment les femmes de leurs fils ?

Encore une fenêtre qui s’ouvre sur le Sud. Sur le continent féminin. Dans l’Inde d’aujourd’hui.

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Pour en savoir plus sur l’auteure   ==> ICI

[1] Notamment : Le jour de l’assassinat de leader, voir  ==> ICI

[2] Zaynab ou les brèches de la mémoire, voir  ==> ICI

[3] Shanghai Baby, voir  ==> ICI

[4] Voir notamment Americanah==> ICI

[5] Un fils en or, voir ==> ICI