« L’exil a le goût d’une bière » poèmes de Najwa BENCHEBAB. Une pluie de mots. Qui dansent en formant des phrases, qui soulèvent les émotions.

L’exil. Comment saisir ce sentiment qui vous prend ? Dans sa complexité, ses contradictions… Najwa Benchebab la poétesse se risque sur ces rives. Nous offre ces pages. A partir de son histoire, de sa vie « entre deux ».

« Pars ! »

Il y a cette parole de Mi, la grand-mère. Mi, ce n’est pas à dire comme la note de musique. On appuie sur le « M ». Pour faire sentir tout l’amour qu’elle peut vous donner. « Pars ! » lui a-t-elle dit. Avec au bout de cette injonction la promesse de liberté. Les Lumières au bout du chemin !

La bière / le thé. Pour ici / pour là-bas. Partir par choix ? Par nécessité ?

« L’exil a le goût d'une bière » poèmes de Najwa BENCHEBAB (couverture du livre)Le guichet

Franchir la frontière. Remplir les formulaires. Pièces justificatives. Avoir ses papiers. Respecter les délais, les temps de validité de chacun des documents. Attendre. Visa. Attendre. Se sentir en faute. De quoi ? ETRANGERE ! Tu n’es qu’une…

Frontières. Cicatrices sur le corps. Le corps mis en fragments.

S’adapter

Se retrouver sur-adaptée. En faire plus qu’il ne faut. Se surveiller. Chercher à tout contrôler. Ses mots dits. La prononciation. Son accent. D’où elle vient, celle-là ?

Menace. Langue étrangère. L’origine. D’où venez-vous ? Peur. Regrets. Dans quelle terre m’endormir pour mon dernier sommeil ?

Revenir

Mais je n’ai plus ma chambre. C’est où chez moi ? Les souvenirs attachés aux lieux. Aux odeurs. Des souvenirs éparpillés. Ici. Là-bas. Entre deux. Et si ces souvenirs s’effaçaient sous mes pas ? Comment les retenir ?

L’exil comme une amertume dans la bouche

Un retour vers sa grand-mère qu’elle n’a pas pu accompagner dans sa dernière demeure. La covid 19 empêchait tout déplacement. Alors ses derniers mots sont pour elle.

Mi, entre nous,

Je mourrai sans terre,

sans lieu à nommer « chez moi ».

Avec juste la langue de l’exil

avec pour seul refuge

une langue d’exil,

faite de silence,

de liberté,

de nostalgie,

et de quelque vers de poésie. (P 97)

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Merci Najwa de m’avoir ouvert les yeux

Car je n’ai pas senti l’exil quand j’ai quitté le pays de mon enfance. L’Algérie des années 1950. Un pays meurtri, méprisé, humilié. Un pays sous le joug de l’inégalité instituée. Par la loi. Et dans tous les gestes de la vie.

Un pays brutalisé pour oser se rebeller contre l’humiliation coloniale. Un pays en guerre pour se libérer. Et cette humiliation ressentie confusément dans ma chair.

Alors, quitter ce pays était une délivrance ! Comment peut-on se sentir en exil quand on quitte un pays de souffrance ? En contrepoint, Albert Camus[1].

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Najwa Benchebab, poétesse. Mais aussi psychologue clinicienne. Photographe. Femme de théatre… L’auteure franchit avec assurance les frontières des connaissances, des disciplines, des expressions, des mots. Une conscience solide de sa condition de femme, sans reculs. Et avec joie. Dans un grand rire sur elle-même qui nous entraine. Un sens du partage. Une exigence de vie ! Voir aussi la note de lecture du recueil de poésie « Jassad (i) » ==> ICI

Depuis 2022, ses créations visuelles et narratives ont été présentées dans plusieurs festivals internationaux. Saluées pour leur authenticité et leur portée universelle. Pour en savoir plus sur Najwa Benchebab, voir ==> ICI

[1] Camus et le mauvais côté de l’Histoire. En contre point, je pense à Albert Camus. Sa nostalgie dans son évocation de la lumière de la Méditerranée sur les ruines romaines de Tipasa. Le vent dans les oliviers. L’odeur des orangers… Sans le moindre regard sur lui et l’autre. Quelle obscénité ! Il pouvait nous raconter cela, parce qu’il était « du bon côté ». Qui s’est révélé, finalement, être le mauvais côté de l’Histoire. Voir aussi ==> ICI


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