« Chinoises » de XINRAN (note de lecture)

Un ouvrage remarquable, paru en anglais en 2002, écrit par Xuē Xīnrán (薛欣然) , une journaliste qui a animé, de 1989 à 1997 en Chine une émission radiophonique sur les femmes de son pays en leur donnant la parole, jonglant avec la censure des tabous et de l’administration. Des histoires de femmes, où l’auteure s’implique fortement.

On y voit la dureté de la société chinoise envers les femmes, le peu de considération dont elles sont l’objet. La période de la Révolution Culturelle exacerbe la violence particulièrement dirigée vers les femmes : séparations arbitraires, viols, meurtres, humiliations, dislocation des familles… L’obsession de la nourriture, la famine même, sont présentes partout.

De ce bel ouvrage, je rapporte ici ce qui touche aux croyances en Chine et à l’immense différence qui sépare sur ce point comme sur tant d’autres, le monde asiatique du monde des monothéismes. A méditer de ce coté de la planète.

P 134-135 : « Maintenant nous croyons en Mao Zedong et au communisme, mais avant, on croyait au Ciel, à l’Empereur Céleste, au Bouddha, à Jésus et Mahomet. En dépit de notre longue histoire, nous n’avons pas de foi indigène. Les empereurs et les dirigeants étaient considérés comme des divinités, mais ils changeaient tout le temps et les gens ont pris l’habitude d’adorer différents dieux. Comme on dit : pour cent personnes, cent croyances différentes. (…) Les femmes sont beaucoup plus pragmatiques que les hommes, aussi elles ont tendance à mettre tous les atouts dans leur manche. Et comme elles ne voient pas bien quel est le dieu qui a le plus de pouvoir ou l’esprit qui est le plus utile, elles croient en tout, juste pour mettre toutes les chances de leur côté. »

(…) « depuis qu’on avait institué la liberté religieuse en 1983, un foyer pouvait avoir plusieurs autels consacrés à des dieux différents. »

(…) « Il me parla de ses voisins : un des grands-parents était bouddhiste et l’autre taoïste, et ils se disputaient constamment. Loin des bâtons d’encens, la petite-fille chrétienne avait édifié une croix ; les grands-parents le lui reprochaient sans cesse, en disant qu’elle serait la cause de leur mort précoce. La mère de la fille croyait en une forme de Qigong et le père croyait au dieu de la richesse. Eux aussi étaient tout le temps en train de se chamailler : la femme disait que l’avidité de l’homme portait atteinte à sa spiritualité, et l’homme accusait les mauvaises influences de la femme de faire du tort à sa fortune. Le peu d’argent que possédait cette famille était dépensé en rituels religieux ou en images saintes, mais ils n’en étaient pas plus riches ni plus heureux pour autant. »

(…) « Quelqu’un de son unité de travail m’a dit qu’elle épinglait un badge du Parti Communiste sur son manteau, une image du Bouddha sur sa petite culotte et un portrait du Grand Maitre Zhang de la secte Zangmigong sur son soutien-gorge. »

 

Et aussi un éclairage sur une minorité, témoignant de la diversité des peuples du monde chinois :

Dans une partie reculée de l’Ouest de la Chine, « Colline Hurlante », une petite communauté s’accroche à la vie, à ses traditions, à sa subsistance. On se nourrit de céréales pauvres. La consommation de viande ou d’œuf est rarissime : quand une femme met au monde un garçon (mais seulement si c’est un garçon), on lui donne un bol de soupe avec un œuf, au point où pour savoir combien de garçon elle a eu, on lui demande combien de bols de cette soupe elle a bus dans sa vie. Les hommes les plus pauvres partagent une femme entre eux : les frères, qui n’auraient pas de fille à échanger, achètent une épouse commune pour assurer leur descendance.

P 338 : « Le jour, elle prépare la nourriture et s’occupe des travaux ménagers, et la nuit, ils jouissent de son corps tour à tour. Si la femme a un enfant, elle ne sait pas elle-même qui en est le père. Pour l’enfant, les frères sont Grand Papa, Deuxième Papa, Troisième, Quatrième Papa et ainsi de suite. Les villageois ne considèrent pas cette pratique comme illégale, parce que c’est une coutume établie par leurs ancêtres, ce qui la rend à leurs yeux plus puissante que là la loi. Les enfants qui ont plusieurs pères ne sont pas en butte aux moqueries, car ils sont sous la protection de plusieurs hommes. » (…) « A Colline Hurlante, ‘utiliser’ et le mot qu’emploient les hommes qui veulent coucher avec une femme. »

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On pourra voir sur ce site des images de chinoises prises en 2015. La situation des femmes semble avoir changé :

http://jacques-ould-aoudia.net/gmedia-album/pekin-2/

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