Corinne Morel Darleux. Réflexions sur l'effondrement

« Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce » de Corinne MOREL DARLEUX. (note de lecture)


Réflexions sur l’effondrement

Le geste de Bernard Moitessier, source d’inspiration

Ces réflexions sur l’effondrement partent de la découverte par l’auteure de l’aventure de Bernard Moitessier. Ce navigateur est sur le point de gagner la course autour du monde en 1969… Il décide de renoncer à la victoire et de rester en mer, pour une autre destination, personnelle.

Le refus du monde tel qu’il va, Moitessier le fait sien totalement dans ce geste sublime ! Un demi-siècle après, ce geste continue d’inspirer. Plus que jamais. Tant Moitessier nous a tous devancé, dans sa perception de la folie destructrice qui s’est emparé des dirigeants, de tous les dirigeants du monde. Une folie qui nous mène à l’effondrement !

L’auteure ré-encastre écologie, philosophie, politique, poésie, dans une approche où intuition, raison, sensibilité se réconcilient

Corinne Morel Darleux réinsère dans la réflexion l’ensemble de ces catégories. Son écriture réhabilite la nécessité du « beau » dans l’analyse de la situation. Par exemple, de la beauté des espaces, si malmenés par la marchandisation du monde et sa « touristisation ». Nous pensons là à la laideur des zones péri-urbaines où les centres commerciaux et autres enseignes ont envahi les places.

Un langage sensible et sincère

Dans sa façon de nous délivrer son propos, l’auteure fait preuve d’une salutaire sincérité. Il y a urgence à penser et à faire, oui. Mais comment ? Seul ? Dans des petits actes quotidiens ? Collectivement ? Avec qui ?

L’auteure affiche, sans honte mais avec retenue, la difficulté, le questionnement, le doute. Ces qualités de sincérité sont elles puisées dans sa condition de femme ?

Une sincérité qui nous prend de plein fouet. Car l’auteure ne lâche rien dans sa dénonciation de la Machine qui broie les individus et nous mène au désastre collectif. Une machine capitaliste qui épuise le vivant, la nature, sans distinction : les êtres humains comme les ressources naturelles.

La nécessaire déconstruction des fondements qui ont soutenu la modernité triomphante

Le mythe du progrès, la croissance économique, la foi en la technique, la supériorité de l’homme sur la nature, la possibilité d’y puiser sans limites des ressources… Toutes ces certitudes vacillent et n’offrent plus des boussoles claires pour les sociétés du Nord. Comment avancer sans ces balises ?

Avec la réintégration d’une éthique. D’une « éthique de l’effondrement » selon l’auteure. Une éthique associée au projet politique de transformation, ancrée dans le réel.

« Le Refus de parvenir, le Cesser de nuire, la Dignité du Présent »

C’est autour de ces trois exigences politiques et éthiques que Corinne Morel Darleux organise sa proposition. Une proposition qui prend de front les tensions entre l’individuel et le collectif, entre le présent et le futur, entre les actes quotidiens et un dessin pour le futur.

« Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend [1] »

Devant la perspective de l’effondrement, « l’espoir est mort, l’action peut commencer ! »


Pour en savoir plus sur l’auteure ==> ICI

Voir aussi « Blanche est la terre » de Xavier Ricard Lanata ==> ICI


[1] Phrase de l’activiste australien John Seed reprise sur la ZAD de Notre Dame des Landes.

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