Le mouton de l’Aïd et le statut.

Fête de l’Aïd à Marrakech, octobre 2013.

Dans la société marocaine traditionnelle, la Grande Fête, l’Aïd Al Adha que l’on fête 70 jours après la fin du mois de Ramadan pour célébrer la soumission à Dieu d’Abraham/Ibrahim prêt à sacrifier son fils, se marquait par l’égorgement rituel d’un mouton mâle, sain, âgé d’au moins un an. De fait, seuls les hommes riches, établis, de famille reconnue, tenant ‘maison’, sacrifiaient le mouton. La coutume voulait qu’ils le fassent eux-mêmes. Pour les notables urbains, le mouton venait le plus souvent d’une ferme détenue à la campagne, ou de parents vivant dans la région d’origine de la famille. La ruralité n’était jamais très loin.

Une fête de partage et de solidarité

Une fois la bête égorgée et découpée, la famille procédait à une redistribution dans l’entourage de la maison au profit des familles du voisinage qui n’avaient pas les moyens d’acheter le mouton.

Cette redistribution, soutenue par un propos religieux, assurait au notable son prestige, sa réputation de richesse, de générosité et de piété. Ces pratiques consolidaient le statut du notable, en cimentant la coupure de la société entre les puissants (à l’échelle du village, du quartier, de la ville, du pays…) et tous les autres, qui doivent porter le statut de l’humilité et de la soumission aux puissants.

« Démocratisation » du sacrifice du mouton

Aujourd’hui, presque toutes les familles achètent un mouton pour l’Aïd. Ne pas avoir son mouton est signe de grande pauvreté, et on en vient même à s’endetter pour l’acheter ! La coupure claire et acceptée de la société n’est plus de mise. Les appartenances sont brouillées. Le statut tend à se déplacer dans des manifestations plus subtiles… Ou plus ostentatoires comme la possession d’objets à haut pouvoir discriminant, sensée être la conséquence d’un statut élevé… Avoir une voiture puissante, une riche villa dans un quartier chic… cela fait longtemps que la possession d’un téléphone portable n’est plus le signe de ‘distinction’.

On est en pleine perte de sens social et spirituel. Ici comme ailleurs.

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