Cinéma sous confinement (2)

Un film culte créé sur commande politique des dirigeants soviétiques. Pour exalter la Révolution, à partir de l’épisode d’une mutinerie sur un cuirassé de la marine tsariste en 1925, le Potemkine.

Eisenstein va réaliser ce film d’une façon magistrale. Un film muet, en noir et blanc. Avec une esthétique qui donne une force immense au propos. Silhouettes des bateaux. Visages des marins, rudes, massifs. La force des images va sublimer la commande politique, le geste de propagande. Il restera longtemps interdit hors d’URSS.

Le cuirassé Potemkine va passer aux mains des mutins

L’action se déroule en 1905. Les marins se mobilisent pour un problème d’intendance, face au corps d’officiers méprisants. Ils se solidarisent quand le capitaine veut faire fusiller ceux des marins qui réclament une nourriture décente, qu’il a fait recouvrir d’une bâche. Hésitation de la masse des marins réunis sur le pont.

« Ils tournèrent leur carabine… Potemkine » (Jean Ferrat)

La mutinerie éclate, le peloton chargé de tirer sur les marins refuse d’obéir. Ils baissent leur armes. Le navire est pris au terme d’une courte lutte contre les officiers. Jean Ferrat a chanté le marins du Potemkine (voir ci-dessous le lien vers la chanson).

Mais le leader des marins révolté est tué dans cet assaut. Le corps est débarqué dans le port d’Odessa. Une foule immense vient saluer le héros. La colère gronde. Les poings se ferment. Les femmes se joignent au mouvement.

La colère gronde contre l'autorité méprisante des officiers du cuirassé potemkine
La colère gronde, les poings se ferment

La répression

C’est alors que la troupe arrive et va mater la révolte. Des scènes immortelles se jouent dans l’immense escalier de la ville qui descend vers le port. La foule se disperse sous les balles des soldats de l’armée du Tsar. Un enfant est tué. La mère le porte au-devant des soldats qui tirent. Un landau dévale l’escalier majestueux…

La répression s'abat sur les habitants d'Odessa venus manifester leur solidarité avec les marins du Cuirassé Potemkine mutinés.

A bord, les marins s’organisent. Ils tournent leurs canons sur la ville, et tirent sur l’état-major de l’armée qui réprime le peuple. Mais au loin, sur la Mer Noire, l’escadre de la marine approche. Va-t-elle se joindre aux marins révoltés qui ont pris le cuirassé ou bien engager l’affrontement ? Eisenstein nous montre l’attente fébrile des marins qui se préparent à l’assaut. Les canons sont redressés, prêts….

Les marins se préparent à riposter aux attaques de l'escadre...
Les matelots ont pris le contrôle du cuirassé et se préparent à toute éventualité face à l’escadre tsariste qui arrive.

Victoire ! les navires de l’escadre se rallient au cuirassé

C’est la fraternisation ! Le film s’achève dans l’enthousiasme des marins unis. Des forces soulevées contre l’oppression tsariste.

« Le Cuirassé Potemkine » de S.M. Eisenstein (1925) La scène de liesse après la fraternisation avec les marins de l'escadre.
La fraternisation d’un bateau à un autre de l’escadre

La révolution de 1905 va échouer

Il faudra attendre 1917 pour la voir triompher sur toute le territoire russe. Et donner naissance à l’URSS avec la victoire politique des Bolcheviks. Puis c’est le moment de la guerre civile où l’armée « blanche », soutenue par la France, la Grande Bretagne, va tenter de reprendre le pouvoir. Nous sommes au début des années 20. Mais les occidentaux viennent juste de sortir de la Grande Guerre. Ils sont épuisés. C’est l’Armée Rouge, créée par Léon Trotski, qui l’emporte définitivement. L’ère soviétique commence. Elle se terminera en 1990 avec l’effondrement sans grande violence de l’URSS.

« Le Cuirassé Potemkine » / « Pierrot le Fou »

1925 – 1965, deux dates à 40 ans d’intervalle. Une période à l’échelle de la vie d’un homme, d’une femme. Quel étrange enchaînement d’avoir visionné ces deux films à des moments rapprochés, dans le confinement de mars 2020 vécu à Paris !

« Pierrot le Fou », film de Jean-Luc Godard (1965) Anna Karnia et Jean Paul Belmondo dans leur cavale
Anna Karna et Jean-Paul Belmondo dans leur fuite folle vers …

En 40 ans, le monde a basculé

Tout oppose les deux films. On a d’un côté un monde de certitudes. Tourné en noir et blanc. Un jeu tranché de lumière qui exalte l’opposition franche, nette entre le peuple qui fait masse, solidaire et les dirigeants unis par leur mépris de classe. De l’autre, dans Pierrot le Fou, on trouve un monde où l’individu a émergé. Dans le doute, le désarroi, le refus désordonné des normes sociales. L’amour qui bouleverse mais qui n’offre aucune ouverture sur autre chose que le questionnement…

1965 – 2020. Un autre basculement du monde entre ces deux dates!

Cette période entre 65 et 2000 voit la fin des « Trente Glorieuses » en France, Le monde décolonisé espère des lendemains heureux. Le tournant des années 70 avec la crise du pétrole et le début du chômage de masse. Le tournant libéral qui ouvre les frontières aux marchandises et qui les fermes aux mouvements des hommes et des femmes, aux migrations. La mondialisation libérale qui étend son emprise sur la planète

Avec les gagnants : les sociétés des pays d’Asie de l’Est qui ont opéré leur décollage économique. Et toutes les classes riches du monde avec le creusement des inégalités à l’échelle mondiale.

Et les perdants ? Classes populaires, et le bas des classes moyennes… Mais aussi la nature, notre planète épuisée par l’extraction des ressources et les pollutions.

Et ce coronavirus qui met toutes les sociétés à genoux. Mais avec l’espoir de l’ouverture, au sortir de la pandémie, d’une nouvelle ère, sociale, démocratique, écologique, solidaire !


Pour « Pierrot le fou » ==> ICI

Pour en savoir plus sur Le Cuirassé Potemkine ==> ICI

Jean Ferrat chante « Potemkine » ==> ICI