L’Affiche Rouge : Manouchian, Aragon, Ferré

Aujourd’hui, alors que se sont réveillés en France et en Europe les cris de haine contre les étrangers, souvenons nous du rôle joué par d’étranges étrangers, « hirsute, menaçants », dans la Résistance à l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Le Groupe Manouchian est le plus connu de ces étrangers résistants. Il a été capturé par les autorités d’occupation en 1943. Son chef Missak Manouchian et 22 de ses camarades seront fusillés en février 1944 au Mont Valérien près de Paris. Les autorités allemandes en ont fait un instrument de propagande à travers l’affiche qu’ils ont placardé sur les murs de la capitale (photo ci dessus).

L’affiche rouge présente, dans sa partie supérieure, les visages de dix partisans. Trois mois de tortures n’arrivent pas à effacer l’expression de fierté dans leurs yeux.

Voici leurs noms et les « légendes » accompagnant la photo de chacun d’eux, rédigées par les autorités allemandes : Fingercwajg, juif polonais, 3 attentats, 5 déraillements ; Boczow, juif hongrois, chef dérailleur, 20 attentats; Witchitz, juif polonais, 15 attentats; Wajsbrot, juif polonais, 1 attentat, 3 déraillements, Elek, juif hongrois, 8 déraillements, Grzywacz, juif polonais, 2 attentats, Fontanot, communiste italien, 12 attentats; Rayman, juif polonais, 13 attentats; Alfonso, Espagnol rouge, 7 attentats; Manouchian. Arménien, chef de la bande, 56 attentats, 150 morts, 600 blessés. (A Manouchian on attribua toutes les actions de son détachement.)

Louis Aragon en a fait un poème en 1955. Léo Ferré l’a chanté.  Voici le poème :

« Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

« Ni l’orgue ni la prière aux agonisants

« Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

« Vous vous étiez servis simplement de vos armes

« La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

 

« Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

« Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

« L’affiche qui semblait une tache de sang

« Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles

« Y cherchait un effet de peur sur les passants

 

« Nul ne semblait vous voir Français de préférence

« Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

« Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants

« Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

 

« Et les mornes matins en étaient différents

« Tout avait la couleur uniforme du givre

« A la fin février pour vos derniers moments

« Et c’est alors que l’un de vous dit calmement

« Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

« Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

 

« Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

« Adieu la vie adieu la lumière et le vent

« Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

« Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

« Quand tout sera fini plus tard en Erivan

 

« Un grand soleil d’hiver éclaire la colline

« Que la nature est belle et que le coeur me fend

« La justice viendra sur nos pas triomphants

« Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

« Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant

 

« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

« Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps

« Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

« Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

« Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant »

Une réflexion sur “L’Affiche Rouge : Manouchian, Aragon, Ferré

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *