« Les grandes heures de la sorcellerie » sur France Culture. Une série d’émissions de radio, mises sur les ondes dans les années 1960, 1970 et suivantes [1]. Le sujet : la sorcellerie en France de la fin du Moyen-Âge à la Renaissance. Des émissions bâties pour une grande part sur les minutes des procès pour sorcellerie intentés envers des personnes dénoncées comme « sorcier ». Ou plus fréquemment « sorcière ». Puisque plus de 90% des personnes soupçonnées étaient des femmes.

Être soupçonné revenait à être condamné. Car les aveux était toujours la base de la condamnation. Mais le plus souvent, les aveux étaient obtenus sous la torture.

Le phénomène peut être pris comme révélateur des mouvements profonds qui traversent la société européenne à cette période. Mobilisant la question religieuse soumise alors à schismes et hérésies. La question sociale avec les jacqueries. Mobilisant les relations entre hommes et femmes. Entre villes qui progressent et campagnes qui demeurent écrasées par la misère et le poids des prélèvements des seigneurs. Mais aussi mobilisant l’idée de maladie, de folie… L’individu commence à émerger sous le poids des traditions et de la religion…

Chaque émission est commentée par des historiens spécialistes de la période. Ainsi que, parfois, des psychanalystes comme Jacques Hassoun. Voir sur ce point le texte concernant Jacques Hassoun ==> ICI 

En Europe, on estime qu’entre le XIV° et le XVIII° siècle, de 100 000 à 200 000 femmes ont été condamnées au bûcher pour sorcellerie par des tribunaux. Tous présidés par des hommes. Les pays les plus touchés sont l’Allemagne, la Suisse, la France. Marginalement, le nord de l’Italie et l’Angleterre.

Un phénomène social total

A l’écoute des émissions, on comprend la complexité du phénomène. Que l’on peut résumer en la relation entre la société et le mal, incarné par le Diable. Un phénomène qui a muté au fil des 2 siècles de sa présence. Qui a correspondu à des facteurs très profonds, travaillant tant la société que ses élites, civiles et religieuses.

Cette note d’écoute ne prétend nullement rendre compte de ce phénomène dans sa complexité et ses dynamiques. Il met l’accent sur certains points qui ont attiré mon attention.

Angoisses collectives

Parmi les facteurs qui ont été à la source du phénomène, on pense à des menaces réelles ou supposées qui surviennent après celles, quelques siècle auparavant, de la « fin du monde » annoncée pour l’an 1000. Puis de la Grande Peste du XIV° siècle. En cette fin du Moyen Age, c’est le schisme au sein de l’Eglise qui constitue une source de trouble profond. Le pilier moral de la société s’est fracturé ! Autre facteur : la découverte d’autres limites à la planète, qui a pu aussi créer une désorientation profonde, en même temps qu’elle élargissait les horizons. Il faudra encore quelques temps pour que l’exutoire d’énergie et de violence qui s’accumule en Europe se détourne des espaces intérieurs pour se projeter sur le reste du monde dans les aventures coloniales et esclavagistes.

Les sorcières comme boucs émissaires

Dans ce moment, on trouve, sur l’espace européen, de parfaits boucs émissaires. Ce sont les hommes et les femmes qu’on va accuser d’entretenir des relations avec le Diable. L’Antéchrist. L’ennemi de Dieu et de la société constitués en « secte ». On va les désigner comme sorciers. Surtout, comme sorcières [2]. Une démarche que les autorités ont largement répandu dans les populations désorientées.

On peut risquer un parallèle avec la période actuelle

Les menaces d’aujourd’hui sont graves et réelles. Effets du réchauffement climatique, désarticulation des sociétés sur les plans social et identitaire avec la montée des inégalités. La réponse des dominants, qui trouve écho au sein de larges couches des sociétés, est la désignation de l’autre, du migrant, comme responsable des maux perçus. Comme menace fantasmée contre l’identité même des sociétés. Voir la note d’écoute de Jacob Rogozinski ==> ICI (A VENIR)

Le « Tourmenteur »

Ce qui a déclenché mon désir d’écrire et de publier sur mon site une « note d’écoute » de ces émissions, c’est le mot « tourmenteur ». Il est synonyme de bourreau, avant de prendre un sens plus large.

Ce mot est largement utilisé dans les retransmissions radio qui s’appuient strictement sur les rapports des procès intentés contre les suspects et suspectes. Lors des séances de torture, la suspecte pouvait être attachée, mains et pieds liés, avec, au cou, un anneau de fer que l’on pouvait serrer… jusqu’à l’étranglement.

Qui manipulait cet anneau ? Le TOURMENTEUR. Celui-ci répondait aux ordres du magistrat qui conduisait l’enquête. Quand la suspecte niait, le magistrat disait au tourmenteur :« un tour de plus ». Devant la douleur, la suspecte finissait par hurler « confession ! ». Arrivée là, elle passait aux aveux.

Le mot « Tourmenteur »

Les signifiants nous sautent à la gorge ! C’est celui qui tourne la vis du collier de torture pour accroitre la douleur. Jusqu’à la mort. Celui qui extirpe le mensonge, qui débusque le menteur. N’aurait-il pas été logique de parler de « tour-menteuse » ? Puisque ce sont les femmes, accusées d’être « menteuses », qui ont payé le plus lourd tribu à cette pratique barbare. Mais c’étaient des hommes qui avaient la main sur l’instrument de torture. Des hommes qui donnaient des ordres dans ce sens.

A l’écoute des émissions…

Les déclaration des suspectes sont largement déduites des questions que posent les magistrats qui instruise ces procès. Ce qui est frappant, c’est l’unité du récit qu’elles font de leur « ensorcellement ». Du Pays basque aux Ardennes, on retrouve les mêmes mots. Les mêmes descriptions des actions, des scènes.

Ainsi, le diable est vêtu de noir. Il demande la soumission et le renoncement aux croyances chrétiennes. Il demande aussi le baiser « au derrière ». Le diable s’empare du corps des femmes, systématiquement. Sa semence est froide. Son membre également. Lors des sabbats, les femmes dansent autour d’un feu. Ensuite, elles mangent de la viande provenant d’enfants morts. Elles ont chacune un « maitre » qui est un diable.

A la demande de ce maitre, elles commettent des crimes. En forme d’actes de soumission. Comme l’empoisonnement d’enfants, de troupeaux. La perte de récoltes. Ces actes sont liés le plus souvent à des conflits de voisinage. C’est ce que révèlent les interrogatoires devant les magistrats.

Pour agir, le maitre diabolique leur donne une poudre noire qu’elles doivent répandre aux endroits adéquats pour qu’ils provoquent la mort. La graisse joue également un rôle important.

« Les grandes heures de la sorcellerie » sur France CultureCes procès sont totalement manipulés par les magistrats qui imposent leur récit ! Un récit standardisé. Ecrit dans des ouvrages qui circulent au sein de l’église et des institutions judiciaires ! Et qui s’est répandu au sein de la population.

Sorcières et Possédées, une distinction essentielle

Au cours du Moyen Âge, la sorcière ou le sorcier ne sont pas persécutés. Ils sont reconnus pour posséder des savoirs liés à la médecine. Ils font l’objet d’une certaine crainte mais ne sont pas stigmatisés. Ils ne sont en rien liés au diable. A partir du XV° siècle, on assiste à un double mouvement mené par les autorités civiles et religieuses : un diabolisation des sorciers et une féminisation du phénomène.

Ensuite, la relation évolue entre la société de la fin du Moyen Age et la créature/création diabolique. Au tout début, c’est une affaire qui concerne essentiellement des villageois, et surtout des villageoises. Le phénomène s’incarne dans le personnage de la sorcière.

La sorcière, c’est la femme qui a passé un pacte avec le diable. Un pacte explicite, plus ou moins volontaire. Grâce à ce pacte, elle participe à des sabbats. Des réunions nocturnes de danses, d’accouplements et d’anthropophagie. De plus, elle acquiert des poudres et onguents qui vont lui permettre de « jeter des sorts. » Enfants, adultes, troupeaux, récoltes sont tués et détruits.

La population se dresse contre ces personnages maléfiques. Aux côtés des autorités, elle est présente pour dénoncer les sorciers et sorcières. Pour leur attribuer la mort qui frappe leurs proches ou leurs biens.

Toute différente est la possédée. C’est une femme qui a subi, contre son gré, l’introduction d’un diable dans son corps. Cela concerne principalement des couventines (des jeunes filles entrées dans un couvent). Et l’introduction de ces diables dans leur corps s’effectue par l’intermédiaire du prêtre affecté comme confesseur ou directeur de conscience du couvent. Dans ce cas, il n’y a pas pacte. La femme n’est pas accusée de sorcellerie. C’est celui qui a introduit le diable qui en est accusé.

La femme devient ainsi possédée. A son corps défendant, elle est la première et principale victime du diable qui l’habite. Des manifestations violentes comme des convulsions s’emparent d’elle lors des scènes où « le diable » parle par sa bouche. Avec une autre voix. Dans un dédoublement de sa personnalité.

Mais dans ces cas de possession, les jeunes femmes expriment aussi une révolte contre l’autorité du prêtre, du médecin, du magistrat. Contre des « sachants masculins » investis de pouvoir. Le fait d’être possédées, d’exprimer des propos qu’on attribuait à un diable qui les habitait, leur donnait une liberté immense dans ce monde contraint.

Au cours des émission, on évoque également la mélancolie des possédées [3].

Procès contre les sorcières. Exorcisme pour les possédées

Ce sont principalement des magistrats (de la justice civile) qui ont à traiter les sorcières au cours de procès. Des « procès en sorcellerie » qui se jouent, dans le huis clos, à deux acteurs : la « sorcière » et le magistrat. Sur la base d’aveux extorqués par torture, les femmes finissent presque systématiquement brulées vives sur le bucher.

Pour les possédées, ce sont les hommes d’église qui interviennent en premier chef. Ils cherchent alors à faire sortir le ou les diables du corps de ces femmes. Ce sont de longue séances d’exorcisme. Celles-ci se jouent en public, à trois acteurs : le prêtre aidé d’un magistrat, la possédée et le « sorcier ». Les magistrats s’adressent à ces diables par-dessus la conscience de ces femmes qui prêtent leur corps, contre leur volonté, aux esprits démoniaques. Ainsi, ces magistrats adjurent les diables de quitter le corps de ces femmes qui connaissent une immense souffrance.

La ville de Loudun a été le théâtre d’une célèbre affaire de possession de jeunes Ursulines autour des années 1630. Celle-ci a conduit au bucher un jeune prêtre, Urbain Grandier, qui avouait aimer trop le corps des femmes. Mais il ne reconnaitra jamais son rôle de « sorcier » pour lequel il fut brulé.

Le temps et l’espace

Cette différence entre « sorcières » et « possédées » recoupe deux champs. Les premières sont des villageoises peu instruites. Et le phénomène intervient dans la première phase de la « vague démoniaque » qui s’abat sur l’Europe.

Les secondes sont plutôt urbaines, membres de congrégations, disposant d’une certaine instruction. Les phénomènes de « contagion » au sein des couvents de femmes interviendront après la première vague.

Voix de femmes, oreilles d’hommes. 1660 – 1974

Les émissions radio ont été systématiquement suivies d’un débat entre experts du sujet traité. Le plus souvent, ce sont des historiens de la période considérée et des psychologues. On pourra lire à ce sujet « Jacques Hassoun et le loup-garou », un texte publié sur ce site, accessible ==> ICI

Dans plusieurs cas, on est surpris du contenu de ces débats

Jules Michelet avait écrit : « pour un sorcier, on trouve mille sorcières » [4]. Alors que la justice des XVI° et XVII° siècle condamne une proportion écrasante de femmes (à près de 90%), la dimension sexuée de cette violence n’est pas abordée en tant que telle dans les débats qui suivent les émissions lors de leur première diffusion. Dimension effacée, quand elle n’est pas simplement niée.

Ainsi, dans l’affaire du père Louis Gaufridy à Marseille, au début du XVII° siècle [5]. Nous sommes dans le cas de deux jeunes femmes, appartenant à l’ordre des Ursulines, qui sont persuadées être possédées par des diables. C’est, selon elles, Gaufridy, leur confesseur, qui les a introduits dans leur corps. Par « ensorcellement ». Elles vivent cette possession avec grandes douleurs. Epreuve aussi pour les magistrats qui tentent, des mois durant, de faire sortir les diables qui les habitent. Les séances d’exorcisme se déroulent devant un nombreux public. En une sorte de spectacle qui fascine les foules.

Un viol ?

On apprend que ces jeunes femmes ont dénoncé, au tout début de la procédure, le viol dont elles ont été l’objet par le père Gaufridy. Mais les magistrats des années 1600 n’accordent à ce crime qu’une importance réduite. Ils portent toute leur attention sur les différents diables qui s’expriment par la bouche de ces deux jeunes femmes. Et demandent l’appui de prêtres face à ces manifestations confuses de l’antéchrist.

En 1974…

Il est alors très étonnant de constater qu’en 1974, dans le débat qui suit l’émission, des experts commentent les propos mis en scène (à partir des rapports de l’exorciste), sans accorder la moindre importance à ce viol. Ils s’intéressent… aux conflits qui surgissent entre les diables. Certains d’entre eux sont particulièrement virulents. Tandis que d’autres se font plus conciliants. Les débats font rage entre diables !! C’est sur ce point que portent les doctes propos des experts en 1974 !

Sur la base d’informations pourtant lacunaires, l’un de ces « experts » émet même sa conviction que ce viol n’a pas eu lieu ! Qu’il est donc une pure invention des jeunes femmes. Autrement dit, que le père Gaufridy est innocent du crime de viol. On est sidéré de ce type de propos !

On notera que Gaufridy sera finalement exécuté pour l’accusation d’avoir introduit des diables dans le corps de ces jeunes femmes.

Le récit d’un viol passe dans l’émission…

Dans une autre émission, le courageux présentateur de la radio lit un passage tiré des minutes d’un autre procès. Il est question d’une toute jeune fille de 13 ans qui raconte avec des détails précis comment, alors qu’elle dormait seule chez son oncle, un homme-diable vêtu de noir est venu dans sa chambre. Lui a dit que si elle criait, il lui arriverait malheur. L’a bercée de mots et a obtenu d’elle qu’elle se laisse pénétrer. Ce qui a provoqué chez elle d’intenses douleurs et des saignements importants. Elle dit encore que l’homme n’est pas revenu quand elle dormait avec sa mère, quelque temps après. Mais que ses visites ont repris quand elle s’est, de nouveau, trouvée seule.

Cette lecture raconte, selon toute vraisemblance, un viol. Pourtant, les « experts » ne font aucun commentaire. Ils effacent ce témoignage et passent à autre chose : les diables et leur nature capricieuse !!! Le présentateur abandonne alors la partie.

Quel est le sens profond de ces massacres ?

Revenons à la fin du Moyen Age. On s’interroge sur le sens qu’ont pris ces crimes de masse. La terreur et les souffrances qu’ils ont entrainées. Un phénomène d’une telle ampleur ne peut s’expliquer que par la conjonction d’un grand nombre de facteurs.

Selon une partie des historiens présents lors des émissions, ces massacres sont apparus nécessaires pour assoir la domination des puissants de l’époque. Domination politique. Domination religieuse. Mais aussi domination masculine. C’est aussi le principal sens que Jules Michelet donne au phénomène de la sorcellerie qui a agité les sociétés européennes à la fin du Moyen Age, dans son célèbre ouvrage « La Sorcière » [6].

Pour les dominants, il faut à tout prix s’assurer de la soumission des masses paysannes qui forment 95% de la population des pays, et au-delà, de celle de tous les acteurs locaux.

  • Sur le plan politique et social, il faut, pour la noblesse, mater les soulèvements paysans qui ne cessent de se produire. Ce sont les jaqueries. Menées par les « croquants » dans le Sud-Ouest de la France [7]. Il y a un autre enjeu politique. Celui d’unifier le territoire de France sous l’autorité du Roi. Les forteresses que les seigneurs avaient édifiées pour défendre leur pouvoir doivent être détruites. Dans la volonté de soumettre les régions du royaume, c’est aussi cet enjeu qui transparait.
  • Sur le plan religieux, il faut à tout prix, pour l’Eglise, extirper les vestiges de paganisme qui subsistent dans les campagnes. Avec ses croyances qui ne figurent pas dans le registre officiel de l’église catholique. Mais aussi combattre les schismes qui ont fleuri en Europe. Et schisme des schismes, le protestantisme !
  • Sur le plan de la domination masculine….

Sexualité et église

Une autre dimension émerge des réflexions qui sont menées sur ces épisodes de sorcellerie et de possessions à la fin du Moyen Age. Une dimension qui résonne avec les révélations sur les abus sexuels au sein de l’Eglise qui ont refait surface à la fin du XX° et au début du XXI° siècle dans l’espace chrétien.

Les affaires de possession ont affecté, au XVII° siècle, des couvents de femmes, notamment des Ursulines, regroupant en un lieu clos des jeunes filles placées le plus souvent contre leur grès. Ces couventines ne voyaient comme élément masculin que le confesseur affecté à leur couvent.

A lire les minutes des procès et des séances d’exorcisme qui ont été menées, on peut entendre, comme « sous-texte », la dimension d’abus sexuel issu de la position dominante du confesseur. Un homme disposant du monopole de l’accès au lieu clos du couvent, était investi d’un pouvoir certain. Puisqu’il assurait la confession de ces jeunes femmes et avait donc accès à leur intimité psychique. Il pouvait ainsi prendre le pouvoir sur leur esprit. Mais aussi sur leur corps. Pour les jeunes couventines convaincues d’avoir été ensorcelées, ce n’était plus péché puisque c’était le diable en elles qui agissait. Magnifique tour de passe-passe !

Ruptures dans la pensée

La période de ces « chasses aux sorcières » représente une charnière entre le Moyen Age et la Renaissance. Un moment où on questionne les outils pour comprendre le monde. Sur le plan scientifique (la preuve…), philosophique (la raison…). Et fatalement, sur le plan religieux : l’église se scinde en deux ! La violence se déchaine au sein des populations. Les pouvoirs politiques s’emparent de ce fait, accroissant la violence. Sur ce sujet, voir la note de lecture sur la biographie d’Erasme, fondateur du Protestantisme, par Stefan Zweig ==> ICI

Ainsi, le moment des « possédées de Loudun » [8] dans les années 1630, est aussi celui où René Descartes publie ses ouvrages majeurs qui vont révolutionner la pensée. Pendant le même temps, on brule des femmes par milliers en les accusant d’être des « sorcières ».

Paradoxe ?

Non. C’est la juxtaposition douloureuse, au même moment, de la vision du passé et de son questionnement. La question philosophique porte notamment sur la réalité. Existe-t-elle en dehors des outils de sa présentation ? Qu’est-ce qu’une preuve ? Comment penser les outils de compréhension de la « réalité » ? Sont-ils contestables ? Relatifs ?

Cette question a surgi à propos des manifestations « concrètes » du Diable dans les cas de « sorcellerie ».

Sorcellerie et Possession
Seconde partie du prétendu pacte signé entre le prêtre Urbain Grandier et le Diable. Ce document est signé par Satan, Leviathan, Astaroth, and d’autres démons. Image provenant du Dictionnaire infernal ou Bibliothèque universelle… par Collin de Plancy (1826).

Cette interrogation se posait avec force surtout dans les cas de possession. Les « possédées » en effet prêtaient leur corps, leur voix, aux diables. Quelle réalité se cachait derrière ce que l’on pourrait appeler une « mise en scène » devant un large public ? Des intellectuels, des magistrats, ont douté de la démarche de « chasse aux sorcières ». Sous la pression de ces doutes, celle-ci va s’arrêter progressivement.

Permanence du mal

De fait, la question du Diable à la fin du Moyen Age est l’habillage que prend, dans une société donnée, à un moment donné, celle du mal. La religion apporte une réponse à cette question paradoxale. Pourquoi Dieu a-t-il créé le mal comme il a créé le bien ? La réponse des religions monothéiste laisse la place à un grand champ d’interprétation. Laissant l’être humain dans l’incertitude, l’angoisse.

Hors de ces religions, la réponse est souvent plus confuse encore. Allant même jusqu’au refoulement du mal. Nié. Camouflé derrière les « bons sentiments » vers qui l’être humain se dirigerait spontanément. Sur ce point majeur, les réflexions de Pierre Baudrillard sont éclairantes. Tristement éclairantes. Voir la note de lecture de « La transparence du mal » ==> ICI

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[1] L’organisation des postcasts de cette série sur France Culture est quelque peu confuse. On se retrouve avec difficulté dans l’enchaînement des émissions en épisodes. Et les mises en scène sont parfois lourdes et peu favorables à la compréhension du fond. Mais dans l’ensemble, ce sont de précieuses « archives sonores » qui sont mises à la disposition du public.

[2] A noter que la sorcière du village était jusque-là chargée de l’image positive de la guérisseuse, la sage-femme, qui apportait secours à la société rurale. Aux humains et aux bêtes. Elle était dépositaire de savoirs sur le pouvoir médicinal des plantes. L’évolution vers la diabolisation de la sorcière s’effectue au XV° siècle.

[3] La mélancolie désigne au temps de la Grèce antique, un excès de bile noire selon la théorie des humeurs, notamment élaborée par le médecin Hippocrate (460-377 av. J-C). Ce déséquilibre provoque un état que l’on appellerait aujourd’hui la dépression et qui est donc alors conçu comme une maladie. Cette dernière pouvant se traduire par un sentiment d’incapacité, de profonde tristesse, voire d’absence de goût de vivre. La mélancolie a un sens littéraire qui signifie la tristesse.

Aujourd’hui, la mélancolie désigne un état émotionnel complexe, souvent décrit comme un mélange de tristesse douce, de nostalgie et de réflexion profonde. Cet état peut surgir face à des souvenirs, à la perte de quelque chose ou de quelqu’un, ou encore à une réflexion sur le temps qui passe et l’impermanence des choses. D’après Wikipédia.

[4] « La sorcière » (1862), voir infra note de bas de page.

[5] Madeleine de Demandolx et Louise Capeau, deux jeunes Ursulines d’Aix-en-Provence, accusent un prêtre de Marseille, Louis Gaufridy, de les avoir ensorcelées. Et de leur avoir mis des démons dans le corps. À la fin du mois de novembre 1610, les deux possédées sont amenées, sur l’ordre du RP Michaelis, grand Inquisiteur de la Foi, à la grotte de la Sainte-Baume. Une dépendance du couvent. Devant une nombreuse assistance, elles sont exorcisées deux fois par jour par le Révérend Père Domptius. Celui-ci exorcise et note chaque jour avec grand soin tout ce que disent les deux démons principaux, Belzébuth et Verrine, qui sont aux corps des possédées, par la bouche de Madeleine et Louise. Mais au bout d’un mois d’exorcisme, la présence de Louis Gaufridy s’avère indispensable si l’on veut faire avancer les choses. On espère que le prêtre, confronté aux deux possédées, avouera sa culpabilité. D’après la présentation par France Culture de l’émission. Pour en savoir plus, voir ==> ICI

[6] « La Sorcière » est un essai de Jules Michelet publié en 1862 à Paris. Dans ses précédents ouvrages, l’auteur avait flétri la sorcellerie, qu’il définissait comme « la reprise de l’orgie païenne par le peuple ». Dans ce livre, il considère au contraire la sorcellerie comme la révolte populaire et naïve de la nature humaine contre les épouvantes et les oppressions du Moyen Âge. Il voit une première manifestation moderne de cet esprit de la nature qui avait enfanté le paganisme grec et qui devait produire la Renaissance. Il explique l’origine pathologique de l’hallucination, par laquelle tant de malheureuses s’imaginaient que Satan habitait réellement en elles, et leur prêtait une puissance extraordinaire. Michelet va jusqu’à montrer, dans les bizarres mystères célébrés en l’honneur de Satan sous le nom de messes noires, un des éléments qui ont contribué au réveil des sciences et de la philosophie.

Dans ce livre, Michelet évoque l’Inquisition en utilisant notamment comme sources l’Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne de Juan Antonio Llorente (1817-1818) et l’Histoire de l’Inquisition en France d’Étienne-Léon de Lamothe-Langon (1829), deux ouvrages dont l’authenticité historique est remise en cause par les historiens actuels. D’après Wikipédia.

[7] On appelle révoltes ou insurrections des croquants plusieurs révoltes populaires du Sud-Ouest de la France aux XVII° et XVIII° siècles. Les principales causes de ces révoltes ont été d’ordre fiscal mais également politique.

Le terme « croquants » désignait à l’origine les nobles dont on disait qu’ils voulaient croquer le peuple. La noblesse retourna ce sobriquet sur le peuple révolté, à qui le nom de croquants resta. Cependant, ce terme étant péjoratif, les révoltés préféraient s’appeler entre eux les tard-avisés ou les chasse-voleurs selon les régions. D’autres historiens expliquent que le bourg de Crocq, dans la Creuse, fut le berceau de l’insurrection paysanne à partir de 1592 Le mot « croquants » devenant nom générique de tous les insurgés. D’après Wikipédia. Pour en savoir plus, voir ==> ICI

[8] L’affaire des possédés de Loudun, parfois appelée affaire des démons de Loudun, est une chasse aux sorcières lancée par le cardinal de Richelieu dans les années 1630, contre le prêtre catholique Urbain Grandier, de la ville de Loudun, en France.

Accusé d’avoir pactisé avec le diable, le prêtre voit son nom évoqué par les religieuses du couvent des Ursulines possédées par le démon pendant leurs crises de délire.

S’inscrivant dans la grande vague des possessions démoniaques (telles les possessions d’Aix-en-Provence de 1609 à 1611, les possessions de Louviers de 1642 à 1647 et celles d’Auxonne de 1658 à 1663), toutes ces affaires concernent des cas de possession urbaine (alors que la sorcellerie est plutôt un phénomène rural) sur des religieuses du même ordre, les Ursulines. Elles témoignent d’une part de la reconquête de l’Église catholique dans le contexte de la Contre-Réforme ? D’autre part du changement de mentalités en France notamment chez les juges qui ne croient plus en l’omnipotence de Satan parmi les hommes et refusent cette chasse aux sorcières ? Et enfin de la manipulation politique orchestrée par Richelieu qui, au nom de la raison d’État, propagea la rumeur de prétendus ensorcellements afin d’éliminer un prêtre libertin opposé à la destruction des remparts de la ville que Richelieu orchestrait pour unifier tout le royaume de France sous l’autorité centrale du Roi.

Cette affaire de diablerie à Loudun provoqua un « défoulement » des foules suivant le spectacle des exorcistes et suscita une abondante littérature polémique. D’après Wikipédia.


© 2023 Jacques Ould Aoudia | Tous droits réservés

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