la stratégie de la provocation. Une politique qui réussit à fixer les fractions perdantes de la mondialisation

La stratégie de la provocation

Mentir, défier la vérité, tordre le bon sens. Instiller le doute, répéter un mensonge. Répandre les fausses informations (fake news). Réfuter les faits même devant les preuves statistiques irréfutables… Et le clou de cet arsenal : insulter les victimes. Toutes choses qu’un provocateur sait manier avec plus ou moins de succès.

Jean Marie LP un des pionniers de la stratégie de la provocation

Il fut en France, l’un des innovateurs en la matière. Certains se souviennent de sa déclaration en 1987 faisant des chambres à gaz où furent assassinés par les nazis les déportés, notamment les juifs, « un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».

Lors de la fête des Bleu-blanc-rouge de 1987, Jean-Marie Le Pen déclare que la polémique sur le « détail » a représenté un « succès ». Il ajoutait : « Chaque attaque nous renforce. » [1].

Un an plus tard, il recommençait lors d’une université d’été de son parti en septembre 1988. Un jeu de mot fait sur le nom d’un ministre d’alors, Michel Durafour. JM LP avait parlé alors de « Durafour crématoire ». Une volonté de provocation en toute conscience contre la mémoire des déportés de la Seconde Guerre Mondiale par les nazis.

Sa condamnation pour ce fait n’a pas fait reculer son emprise électorale croissante. Bien au contraire. Cette stratégie a été un succès pour asseoir l’image de ce dirigeant politique en consolidant sa base électorale d’extrême droite. Une base qui relève la tête après son effacement pour cause de collaboration avec les occupants nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce politicien ne recueillait que 0.7% des voix au premier tour des élections présidentielles en 1974. Il en avait 14.4% en 1988, 15.0% en 1995, 16.9% en 2002 où il arrive en seconde position derrière Jacques Chirac.

Sarkozy, en élève médiocre

En France, Sarkozy a cherché à emboîter les pas de JM LP dans cette stratégie. Mais il a été bien moins efficace que son mentor dont il n’avait pas la « créativité ». Certes, sa déclaration sur sa volonté de « nettoyer la banlieue au karcher » en 2005 restera, avec celles de JM LP, dans les poubelles de l’histoire. Mais il avait des réactions impulsives qui ne relevaient pas d’une réelle stratégie. En 2008, à une personne qui avait refusé de lui serrer la main dans un bain de foule, Sarkozy, Président de la République en fonction, avait répliqué un « casse toi, pauv’con » qui avait fait grand bruit. Faire du bruit : une façon de compenser l’insignifiance de la parole politique sur la scène médiatique.

Trump, le maître indépassable de la provocation

Le Président américain coche toutes les cases du maître en stratégie de la provocation. Il le fait en mélangeant d’une façon indémêlable impulsions et réflexion stratégique. C’est ce qui fait la force et l’efficacité de ses saillies quotidiennes.

Jusqu’à la pandémie de Coronavirus, aucun de ces mensonges, de ces contrevérités, de ses brusques retournements de position, de ses atteintes à la morale, à la vérité, au respect du droit n’ont ébranlé les soutiens de sa base électorale. Une base composée d’un mélange de droite traditionaliste religieuse, et de « petits blancs » des banlieues ouvrières et des petites villes du centre du pays déclassés par la mondialisation.

Les « petits blancs » méprisés par les classes urbaines instruite

On notera au passage que ces « petits blancs » que l’on pourrait classer dans les « classes moyennes inférieures », constituaient un vivier électoral pour le Parti Démocrate. Mais comme partout dans les sociétés du Nord, ces couches ont été abandonnées (et méprisées) par les partis sociaux-démocrates qui ont soutenu et encouragé la mondialisation libérale. Michael Moore, écrivain et cinéaste américain, avait été un des rares américain à prédire, un an avant son élection, le succès de Trump.

Sur Michael Moore voir ==> ICI

Donald Trump ? Un milliardaire que les élites urbaines [2] ne prenaient pas au sérieux. Des élites aveugles à l’écho de ses saillies dans les classes populaires blanches des périphéries. Des populations déclassées, réfugiées dans ses crispations identitaires. Déchaînant leur haine contre les minorités ethniques, noirs ou latinos. Contre l’homosexualité, aussi. Pour sûr, les provocations de Trump ont été parfaitement entendues par ces populations, lassées des mensonges des élites démocrates sur les bienfaits de la mondialisation et le « ruissellement » de la richesse. Le philosophe Slavoj Žižek ne dit pas autre chose. Voir ==> ICI

Voir aussi « Madame Clinton la cause, Monsieur Trump l’effet » ==> ICI

La provocation de Trump en échec ?

Aux Etats Unis, seul le Coronavirus est probablement capable d’enrayer ce phénomène de provocation gagnante, en parvenant à éroder une partie de la base électorale de l’actuel président américain. Car le virus touche à la vie, par-delà l’idéologie, les croyances, l’hystérie, la haine. Le déni de Trump vis-à-vis de la vie risque de lui coûter cher en termes électoraux en novembre 2020.

Prenant conscience de cela, il réoriente sa communication. Son acharnement à parler de l’ordre, de la sécurité. Sa dénonciation des « terroristes » après les émeutes urbaines qui ponctuent les assassinats de jeunes noirs par la police.

En France, les émules aux petits pieds. Certains en deviennent comiques

Darmanin « s’étouffe » quand on évoque les « violences policières ». Ce faisant, il fait explicitement le lien avec la mort de George Flyod, étouffé jusqu’à en mourir par un policier américain qui adoptait une technique de maitrise avec le genou sur la gorge. On se trouve là devant une insulte aux victimes, forme majeure de la provocation.

Balkany se fait filmer en train de danser le soir de la Fête de la Musique en juin 2020. Alors que la prison lui a été évitée pour raison de santé! Sa tranquille assurance dans les vidéos qui ont circulé étale son dédain pour la Justice. Mais aussi pour la population qui n’a pas, dans sa majorité, la bienveillance de cette Justice. Les Gilets Jaunes condamnés lourdement peuvent en témoigner.

Eric Z traite les écologistes d’islamistes puisqu’ils ont adopté la couleur verte. Comme le vert de l’Islam. Cette nouvelle provocation le range désormais dans le genre comique. Mais cet homme vénéneux [3] parade dans bien des médias. Il y répand sa haine avec une certaine habileté. Au fond, la question ne porte pas sur cet homme et ses obsessions morbides. Elle porte sur l’écho de ces dires dans l’opinion. C’est ce succès qui favorise ses invitations dans les médias : il « fait de l’audience ».

Une véritable « demande de haine » dans l’opinion

Là est le problème. Les dénonciations vertueuses de ces mensonges, de ces saillies racistes et homophobes n’ont aucun effet, bien au contraire. Comme pour Jean-Marie LP, comme pour Donald Trump, comme pour Eric Z, notre interrogation porte sur les facteurs qui provoquent une telle « demande de haine » dans de larges fractions des opinions publiques. La haine, remède à l’angoisse ? Voir ==> ICI


[1] Source ==> ICI

[2] Celles que Richard Florida a nommé les creativ classes. Voir ==> ICI

[3] Après l’incendie qui a ravagé la toiture de la cathédrale Notre Dame en avril 2019, les théories du complot se sont déchaînées, attisée par l’extrême droite. Eric Z avait alors déclaré que si c’était des islamistes qui avaient mis le feu, les autorités le cacheraient aux bons français. Et voilà comment on instille le poison dans l’opinion.

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