Retour de Chine. « La Cendrillon du canal » de Liu XINWU (note de lecture)

« La Cendrillon du canal » de Liu XINWU (note de lecture).

Loin du Palais d’Eté et autres merveilles de Pékin, Liu Xinwu nous entraîne dans les marges de la société chinoise, dans les couches laissées à distance de l’extraordinaire développement économique. Nous cheminons une journée avec Caimei, une paysanne pauvre, émigrée dans la capitale, qui est renvoyée de son emploi de domestique à cause d’une tumeur qui s’étend sur la joue.

Son renvoi l’angoisse et la libère, tout à la fois. Elle ère le long du canal où s’est organisé sa vie jusque là, entre employeurs et dortoir sommaire partagé avec d’autres filles de sa condition. Elle croise la chef d’un petit gang de mendiants qui lui propose de travailler pour elle. Elle rencontre des connaissances de son village qui triment pour survivre, des filles qui la toisent du haut d’un début d’insertion dans le grand mouvement de croissance économique. Se côtoient une grande solitude, une timide ouverture sur une reprise en main de sa vie (elle envisage de rentrer chez elle ‘en avion’), un refus de l’assistance, l’émergence difficile de l’individu en elle, et une solidarité villageoise qui demeure, transposée dans la capitale. Caimei ne sait où se diriger entre ces possibles, entre ces risques. Mais un agresseur dérobera violemment ses économies cachées dans un sac cousu dans sa culotte. Que deviendra cette fille ? La nouvelle se termine sur cette interrogation, et par l’évocation de ces nouveaux campagnards qui arrivent chaque jour à la ville, en quête d’une vie meilleure.

Ce texte décrit la face cachée de la Chine, entre la magnificence des vestiges historiques, les manifestations discrètes d’un pouvoir qui règne sur 1.350 millions d’habitants, et les signes urbains de l’émergence des classes moyennes : gigantisme des autoroutes et échangeurs qui balafrent la ville, immenses citées d’immeubles de 30 étages qui quadrillent à l’infini la banlieue, encombrements d’automobiles[1] à n’en plus finir sur les ‘périphériques’ ceinturant Pékin qui viennent s’ajouter tous les 10 ans [2], profusion des équipements informatiques très largement diffusés dans la population…

[1] Chaque jour, 2000 automobiles s’ajoutent au parc existant en Chine.

[2] Le 7ème périphérique, en projet, aura 940 km de long. Le 2d périphérique est long de 33 km, le sixième, actuellement le plus éloigné du centre, de 190 km.

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