L’islamisation des sociétés de culture musulmane Ou l’échec des élites arabes occidentalisées des années post-indépendances.

Selon la presse marocaine, quatre jeunes gens ont été interpellés et traduits en justice au Maroc. Pour quel motif? Avoir rompu ostensiblement le jeûne du mois de Ramadan, en juillet 2015. Ils auraient consommé au vu et au su de tous, pendant la journée, un jus d’orange sur la Place Jamâa El Fna à Marrakech. Ce sont des vendeurs de jus d’orange, dans ces boutiques qui bordent une partie de la célèbre place, qui les auraient dénoncés à la police.

Vraie ou pas, cette version des faits a été prise pour vérité par la majorité des marocains. Abondement informés sur cette affaire qui fait grand bruit.

Manquements à la Loi des être humains, manquements à la Loi de Dieu (interprétée selon des êtres humains)

Comme partout dans le monde et spécialement dans les pays du Sud, la société est quotidiennement témoin de manquements aux lois. Conduite automobile dangereuse, mauvais traitements du personnel domestique, non respect des normes de sécurité dans le travail… Et surtout petite corruption entre Administrations et citoyens. (La grande corruption entre Administrations et Entreprises est presque toujours invisible). Mais ce ne sont pas ces violations des règles qui ont été dénoncées à la police. C’est un manquement à une règle à fondement religieux; L’interdiction de rompre le jeûne (de « déjeuner » au sens littéral) en public. Un délit selon la Loi marocaine.

On peut rapprocher ce fait des déclarations publiques récentes du Président tchadien à propos de la secte Boko Haram. Pour lui, cette organisation est coupable, non pas de massacrer des villageois. De fusiller des fidèles priant dans une mosquée. De tuer indistinctement hommes, femmes et enfants lors d’attentats aveugles sur des marchés. D’enlever des jeunes filles par dizaines… Non. Cette organisation est coupable, selon le Président Idriss Deby, « de vouloir réécrire le Saint Coran« .

Crooners et amour de Dieu

Autre information rapportée ici. Abdelhafid Douzi (Cheb Douzi), crooner marocain, a fait une chanson pour le mois de Ramadan 2015. Une chanson tout en louange à Dieu et en célébration du jeûne. Le chanteur, un physique de jeune premier, chante avec l’expression d’une immense émotion sa dévotion à l’observance de ce pilier de l’Islam. Un immense succès. Une chanson culte qui passe en boucle sur les chaînes de la télévision dans les pays du Maghreb.

Hiérarchie des règles

Ces informations disparates disent beaucoup sur la hiérarchie des règles et des valeurs qui prévalent dans les pays de culture musulmane. Elles disent beaucoup également sur la différence avec la hiérarchie des règles et des valeurs qui structurent les imaginaires sociaux dominant dans les sociétés du Nord. Ignorer cette différence peut provoquer de graves erreurs politiques. De part et d’autre. Et alimenter le feu qu’attisent ceux qui, barbus avec et sans poils, poussent à l’affrontement des civilisations.

Un envahissement des manifestation du signifiant religieux

Les pays de culture musulmane vivent un envahissement de la religion dans le champ social. Au plus profond du comportement de larges parties des sociétés. Non pas par une montée du spirituel, mais par la progression d’une religiosité de démonstration. Une religiosité d’appartenance au groupe. Une religiosité d’affirmation identitaire. Contre ‘les autres’. Contre ceux qui dominent les champs du pouvoir, de la richesse et qui façonnent les normes sociales dominantes. Des normes copiées des normes occidentales.

Pourquoi un tel mouvement ?

On peut s’interroger sur les causes de cette islamisation des sociétés. Car ce mouvement est récent. Dans les années 60, aux lendemains des Indépendances, les élites arabes (hors celles du Golfe) s’étaient engagées dans un mouvement d’occidentalisation/sécularisation des modes de vie. Le cinéma égyptien des années 60-70 en témoigne.

Mais cette ‘ouverture’ culturelle, sociale, n’a pas entraîné le développement du pays. Elle n’a profité qu’à ces élites superficiellement occidentalisées et a laissé de coté l’immense majorité de la population. Des élites largement soutenues par les pays du Nord en un jeu de miroir.

Le mépris pour la croyance

Bien plus, cette sécularisation apparente a été portée, dans nombre de pays (Turquie, Algérie, Tunisie), par un mépris affiché pour les croyants. Pour ceux qui faisaient la prière, portaient le voile… Le roman d’Orhan Pamuk « Neige » montre bien ce phénomène en Turquie.

C’est l’échec de ces élites arabes pseudo-occidentalisées à développer leur pays. A entraîner dans le développement la majorité de la société (comme ont su le faire les pays d’Asie de l’Est) qui provoque aujourd’hui ce puissant mouvement vers l’Islam.

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Sur le roman « Neige » d’Orhan Pamuk, Voir ==> ICI

Voir Jeunesses et islamisation sur les 2 rives de la Méditerranée  ==> ICI

Voir aussi le roman de Tobi Nathan « Les âmes errantes »  ==> ICI


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