Guinée Bissau, 2012, roman. Des musiciens se retrouvent autour de la mort de leur ancienne chanteuse fétiche, Dulce. Elle a quitté le groupe. C’était il y a bien des années. Elle qui donnait une âme aux puissantes mélodies qui sortaient de ce groupe, des chansons venues des profondeurs du pays.

Couto, le guitariste, à la première personne

Elle a quitté Couto, l’un de ses musiciens qui raconte l’histoire de cette journée de deuil, à la première personne. Elle a quitté la musique pour épouser Gomes. Un ancien chef guérilleros de la lutte pour l’Indépendance, sous les ordres d’Amilcar Cabral. Gomes est devenu un général haut placé dans la nomenklatura du régime. Couto était un de ses soldats.

La chanteuse a quitté la musique pour rejoindre le général, tout près du soleil du pouvoir. Tout au long de la narration au présent, on sent, sourdement, un coup d’Etat se préparer. C’est Gomes, lui qui vient de perdre sa femme, qui va renverser le pouvoir. Un « coup » fait au nom des arguments de tous les chefs militaires qui prennent le pouvoir par la force.

Nostalgie

L’usure des corps avec le temps. La violence des coups d’Etat. La distance introuvable avec les pouvoirs en place après les Indépendances. La prédation des élites, comme un fatalité. La dure réalité de l’émigration, pleine de promesses et de misères. Mais aussi la déprime après les moments fous d’exaltation des concerts. De la foule enflammée qui acclame, qui soutient, qui porte les musiciens aux plus hauts.

Sylvain Prudhomme - Les grands. L'Afrique de la musique, des luttes de libération, des coups d'Etat
Étrange couverture du livre

Le roman déroule le film de la vie des acteurs

Souvenirs de la lutte de libération sous la direction d’Amilcar Cabral. Dans la jungle, à se jouer de l’armée portugaise. Assassinat de Cabral en 1973, un an avant la reconnaissance de l’Indépendance de la Guinée Bissau et du Cap Vert par le Portugal. Une indépendance pour laquelle le leader nationaliste avait combattu de longues années.

Souvenir des premières années à la formation d’un groupe, le Mama Djombo, qui invente une musique en phase avec cette période historique. Ancrée dans le pays libéré, dans l’Afrique qui relève la tête. Et en même temps ouverte aux vents du monde. Le succès qui vient. Les concerts, les enregistrements en studio, l’amitié entre musiciens. Les tournées au sein du pays, en Afrique, à Paris, Lisbonne, Bruxelles, aux USA…

Le groupe qui se disloque…

…au grès des exils, des rencontres, des amours, des familles qui se font et se défont… Des opportunités à saisir. Des rêves qui se brisent. De nouveaux espoirs d’enregistrement, de nouvelles musiques… Émigration. Le foyer d’immigrés de Montreuil près de Paris. Le mur de jalousies que les autres musiciens exilés, comme vous, dresse devant vous. La solidarité et les déchirements entre frères en musique… L’horizon du retour au pays, longtemps repoussé.

« Les Grands » ce sont eux, les anciens du groupe

Ce sont les jeunes loups qui se constituent en nouveau groupe musical qui les nomment ainsi. Avec d’autres rythmes, d’autres influences, d’autres langues (l’anglais) pour faire vibrer les jeunes dans un monde qui a changé. Nous sommes encore aux débuts de la mondialisation, avec sa vigoureuse composante de « musiques urbaines ». La mondialisation par la jeunesse, par le bas, qui s’affranchit des frontières, des visas, des contrôles policiers aux aéroports. Qui ne prend pas les petites embarcations lancées à l’assaut des vagues. Ces frontières devenues de plus en plus hautes, dangereuses, engloutissantes, menaçantes.

Le groupe qui se reconstitue pour un soir

Pour honorer Dulce qui vient de partir pour toujours les musiciens se retrouvent. Un concert dans lequel ils vont donner tout pour en faire un moment fastueux. La foule est là, fidèle. Emportée par la musique retrouvée.

Pendant ce temps, les mutins, général Gomes à leur tête, préparent leur coup d’Etat et passent à l’action dans la nuit profonde de l’Afrique.


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