Nous évoquons ici les mouvements humains liés aux pèlerinages, et spécialement au Haj qui déplace depuis quatorze siècles vers la Mecque des milliers d’hommes et de femmes au travers des continents, pour une migration avec retour.

 

Pas toujours avec retour d’ailleurs. Des ‘rue des Maghrébins’ témoignent à Tunis, Tripoli, Le Caire, Jérusalem de l’arrêt en route de nombreux pèlerins marocains.

 

Une rue du Caire, dans le quartier moyenâgeux.

 

Des arrêts effectués sous tous les prétextes qui font que les hommes posent leur sac et s’établissent loin de chez eux. Avec ou sans l’idée de revenir : la maladie, une rencontre, des affaires…

 

On partait au Haj à pied, depuis les montagnes marocaines

 

Pas si loin de nous, puisque des hommes d’aujourd’hui ont entendu leur grand-père en témoigner. On partait à la Mecque depuis les régions rurales du Maroc, avec un sac de dattes sèches, son bâton pour éloigner les chiens, son courage et sa foi. La route à pied serait longue. On travaillait dans les champs en échange du toit et du couvert, le long du chemin. On partait à 50 ans, une fois tous ses enfants mariés. L’homme payait ses dettes, faisait son testament. Et il libérait par avance sa femme s’il n’était pas rentré avant trois ans.

 

Aucune frontière ne barrait la route du pèlerinage

 

Sur le chemin, aucune frontière. Qui se souciait de ces hommes, sans ressources, cheminant d’Ouest en Est sur les hauts plateaux algériens ou dans les plaines libyennes au début du XX° siècle ? En chemin, l’homme rencontrait d’autres pèlerins. Il découvrait d’autres sociétés. Avant de se retrouver dans le grand rassemblement mondial sur les Lieux saints. Ils arrivaient d’Indonésie au Mali, de la Malaisie à l’Inde, de la Mauritanie à l’Egypte…

 

La Mecque, un lieu de spiritualité et d’échange

 

Le pèlerinage. On vient pour raffermir sa foi au milieu de cette foule cosmopolite, avec le souci de se regrouper entre compatriotes. On vient aussi pour échanger. Echanges d’informations, d’idées, de produits. Le commerce va bon train depuis plus de 1400 ans à la Mecque et Médine.

 

A Marrakech, je connais un commerçant qui fait le voyage à la Mecque chaque année. Avec une valise de safran qu’il vend à des acheteurs des Pays du Golfe. Pas de code-barre, pas de certificat d’origine, pas de garantie biologique. L’échange s’effectue sur la base de la confiance inter-personnelle. Comme depuis des siècles.

 


Voir « Un anthropologue à la Mecque » de Abdellah Hammoudi ==> ICI