Halal, foulard, comment vivre ensemble avec la concurrence des normes ?

Halal, foulard… comment vivre la concurrence de normes sur le territoire français ?

Dans les pays du Nord où sont présentes des populations importantes de culture musulmane, la pression à l’islamisation à laquelle est sensible une partie de ces populations, pousse à une concurrence des normes au sein des sociétés. Séparation des genres dans les piscines, halal dans les écoles, dispense d’éducation physique pour les filles… Mais aussi contestation du contenu de certains programmes d’enseignement….

Perte par le Nord du monopole dans la formulation des normes, ici et ailleurs

Jusque-là, les sociétés du Nord n’avaient connu qu’une position de monopole dans la formulation des normes sur leur territoire. Tandis qu’elles avaient une forte influence sur celles qui prévalaient dans les pays du Sud. Quand elles ne les avaient pas imposées avec la colonisation [1]. Ce monopole était considéré comme naturel.

Un alignement sur le fonctionnement de l’ensemble des sociétés du monde

Désormais, les sociétés du Nord sont confrontées à la formulation d’autres normes sur leur propre territoire, avec le mélange des populations. Et ce phénomène est irréversible. Sur ce plan comme sur bien d’autres, les sociétés du Nord s’alignent progressivement sur celles de l’ensemble de la planète. En perdant les privilèges qu’elles avaient (inégalement en leur sein) acquis par la force. Ces sociétés du Nord rejoignant ainsi le lot commun que connaissent depuis des siècles les sociétés du Sud. Ces dernières qui ont dû voir s’imposer sur leur territoire les normes élaborées ailleurs. Cette époque est révolue, qu’on le veuille ou non.

S’opposer ou composer

Désormais, les sociétés du Nord sont devant un choix : s’opposer ou composer. Dans tous les cas, elles doivent affronter une situation totalement inédite pour elles. Une situation d’autant plus difficile que les politiciens de tous les bords ne proposent pas les outils pour prendre en compte cette réalité nouvelle et irréversible. Quand ils ne sont pas les premiers à attiser les peurs.

Comment faire ?

Surtout, ne pas adopter une situation en « tout ou rien » comme nous y poussent les extrémistes des deux bords. Des extrémistes dont les postures sont finalement très proches. Ni le refus total et systématique, ni l’acceptation totale et systématique.

Apporter des réponses à l’échelle où se posent les difficultés

C’est au cas par cas, par la discussion et l’échange, que doivent être trouvées les solutions. Les questions sont souvent posées à l’échelle locale. Leur donner un écho national pousse à la confusion et à la radicalisation des positions. Il faut traiter le plus possible la question à l’échelle où elle se pose.

Ainsi, dans un quartier où la seule épicerie existante est reprise par un épicier qui ne vend pas d’alcool (aucune loi n’oblige à vendre ce produit). Les solutions pour les personnes peu mobiles du quartier qui souhaitent acheter des produits alcoolisés existent. Elles sont sans doute à élaborer avec les forces citoyennes du quartier.

Ainsi le port du foulard par deux jeunes collégiennes à Creil en 1989 aurait pu se régler à l’échelle du collège, avec les enseignants, les parents, avec l’appui éventuel d’associations et des élus locaux. Et on aurait pu médiatiser l’affaire une fois celle-ci réglée collectivement.

Non. On a préféré monter cette histoire comme une cause nationale. En faire un conflit de civilisation. La République était mise en danger par deux jeunes filles ! On en a fait une affaire d’Etat. Et les extrémistes des deux bords (intellectuels, politiciens, médias) s’en sont donné à cœur joie pour attiser le feu ! Qui a tiré les marrons du feu? Les laïcards extrémistes qui soufflaient sur les braises ou l’extrême droite? Non. Ce sont les forces d’extrême droite qui ont commencé, à cette période, leur ascension dans la société française.

Voir : La « gauche » et la montée du racisme anti musulman ou islamophobie ==> ICI

Comment font les autres sociétés européennes pour admettre les femmes avec un fichu sur la tête? Y compris en plein exercice de leur fonction de policière comme en Grande Bretagne ? Le pays en est il déstabilisé ?

Les solutions, quand un problème se pose, sont à trouver à l’échelle de la commune, du quartier, avec les acteurs locaux désireux de trouver réellement une solution. Si on en fait une affaire nationale, c’est qu’on poursuit un autre but. Celui de dresser les communautés les unes contre les autres, d’humilier l’autre, de le faire plier… A des fins électorales.

Ce qui ne fait qu’exacerber les positions et augmenter la division et le chaos. Et finalement renforcer les extrémistes des deux bords. C’est bien pour cela que les uns et les autres sautent sur la moindre occasion pour transformer un problème local en feu national.

Aller voir ce qui se fait en Europe

Les pays voisins (Italie, Allemagne, Grande Bretagne..) règlent ces questions sans les transformer en affaire d’Etat. Pourquoi en France s’affole-t-on à ce point ?

Les mariages mixtes, les métissages des cultures, font leur travail au quotidien pour renforcer la trame de la société. Pour contrebalancer les discours symétriques de ceux qui refusent systématiquement les normes des autres et de ceux qui veulent systématiquement les imposer, en un funeste jeu de miroir.

Parions que la vie sera plus forte que ces sinistres jeux

Voir « Elle le porte, le foulard, le hijab » ==> ICI


[1] On pourrait citer des milliers d’exemples de normes imposées par le Nord aux sociétés du Sud. Nous choisissons de n’en retenir qu’une. Celle que les missionnaires chrétiens tentaient d’imposer aux populations des Iles du Pacifique dans la position de l’acte sexuel. Il en est resté le nom que cette norme en matière de position a gardé (avec humour) : la « position du missionnaire ».

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