L’honneur de l’homme qui entre triomphalement dans son village, assis sur son âne.

L’honneur de l’homme qui entre triomphalement dans son village, assis sur son âne.

Il fait une chaleur étouffante en cette fin de journée près d’Aït Saâda, village au pied du Mont Djurjura, en Grande Kabylie. Nous sommes en 1965, cela fait peu de temps que la paix a retrouvé ces lieux, que les rafales de mitrailleuse ne crépitent plus dans la vallée, avec leur écho mortifère. Le ciel est d’un bleu pâle. On entrevoit le long de l’oued, les lauriers en fleur.

De l’entrée du village, sur la route, on voit un couple monter depuis l’oued, tout en contrebas. Elle est assise sur l’âne, lui suit d’un pas vif. La pente, les pierres sur le chemin, la chaleur ne ralentissent pas leur allure.

Le couple chemine longuement sur le sentier en zigzag. Il gagne la route, à quelques centaines de mètres du village. Sans un mot, la femme descend de sa monture. D’un geste leste, l’homme grimpe sur le dos de l’âne. Il entre ainsi au village. Sa femme trottine derrière lui. Son honneur est sauf, il a préservé son statut d’homme.

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