« Les Soleils des Indépendances » Ahmadou KOUROUMA (note de lecture)

C’est un des premiers ouvrages d’Ahmadou Kourouma, écrit en 1968, moins de 10 ans après l’indépendance de l’actuelle Côte d’Ivoire où se déroule une partie du roman.

L’histoire de Fama, prince de village déchu, qui erre dans la capitale, sans ressources, tentant de maintenir son statut de prince. Sa belle épouse, Salimata, pleure de ne pouvoir lui donner un enfant. C’est pourtant Fama qui est stérile.

Un roman sur le craquement des sociétés et des hommes après les chocs de l’occupation par les Toubabs (la colonisation) et les Soleils des Indépendances.

Violences de la poussée vers les villes des populations rurales, avec l’abandon des régulations villageoises qui assuraient les sécurités depuis des siècles autour des croyances et valeurs traditionnelles.

Violences des hommes faites aux femmes, au nom du pouvoir masculin masqué derrière les traditions : l’excision puis le viol de Salimata marqueront au fer rouge son rapport aux hommes.

Violences des pauvres entre eux : Salimata se fait dérober sa recette d’un jour, par ceux là mêmes, pauvres et estropiés, à qui elle avait accordé généreusement de la nourriture.

Violences des dictateurs qui ont pris en main les destins des sociétés après les indépendances : accusé de complot pour un rêve prémonitoire, Fama sera condamné à 20 ans de prison, puis libéré par le Président lui-même, d’une façon tout autant arbitraire.

Le roman se déroule dans le territoire Horodougou, des deux cotés de la frontière entre Côte d’Ivoire et Guinée.

Fama, une fois libéré, va retourner dans son village pour assumer au mieux son statut de prince. Il va mourir en chemin, tombé dans la rivière qui sépare ces deux pays, dans le choc des croyances : comment le prince du lieu peut il être dévoré par les caïmans sacrés du Horodougou, lui, dernier descendant des Doumbouya ? Il sera blessé à mort par les sauriens à l’exact endroit de cette ligne de frontière.

Une frontière formée par les colonisateurs au mépris des découpages séculaires. Une frontière que Fama passera une première fois sans document d’identité (demande t on ses papiers au Prince Malinké des Doumbouya qui circule sur « sa terre ? »), puis une seconde fois à la fin de sa vie, pour être enterré dans son village de Togobala.

 

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