Halal, foulard… comment vivre la concurrence de normes sur le territoire français ?

Halal, foulard… comment vivre la concurrence de normes sur le territoire français ? 

Dans les pays du Nord où sont présentes des populations importantes de culture musulmane, la pression à l’islamisation à laquelle est sensible une partie de ces populations, pousse à une concurrence des normes au sein des sociétés (séparation des genres dans les piscines, halal dans les écoles, dispense d’éducation physique pour les filles, contestation du contenu de certains programmes d’enseignement…).

Jusque-là, les sociétés du Nord n’avaient connu qu’une position de monopole dans la formulation des normes sur leur territoire, tandis qu’elles avaient une forte influence sur celles qui prévalaient dans les pays du Sud quand elles ne les avaient pas imposées avec la colonisation. Ce monopole était considéré comme naturel.

Désormais, les sociétés du Nord sont confrontées à la formulation d’autres normes sur leur propre territoire, avec le mélange des populations, et ce phénomène est irréversible. Sur ce plan comme sur bien d’autres, les sociétés du Nord s’alignent progressivement sur celles de l’ensemble de la planète, en perdant les privilèges qu’elles avaient (inégalement en leur sein) acquis par la force, rejoignant ainsi le lot commun que connaissent depuis des siècles les sociétés du Sud, qui ont dû voir s’imposer sur leur territoire les normes élaborées ailleurs. Cette époque est révolue, qu’on le veuille ou non.

Désormais, les sociétés du Nord sont devant un choix : s’opposer ou composer. Dans tous les cas, elles doivent affronter une situation totalement inédite pour elles, d’autant plus difficile que les personnels politiques de tous les bords ne proposent pas les outils pour prendre en compte cette réalité nouvelle et irrépressible, quand ils n’ont pas attisé les craintes.

Comment faire ?

Surtout, ne pas adopter une situation en « tout ou rien » comme nous y poussent les extrémistes des deux bords dont les postures sont finalement très proches. Ni le refus total et systématique, ni l’acceptation totale et systématique.

C’est au cas par cas, par la discussion et l’échange, que doivent être trouvées les solutions. Les questions sont souvent posées à l’échelle locale, et leur donner un écho national pousse à la confusion et à la radicalisation des positions. Il faut traiter le plus possible la question à l’échelle où elle se pose. Ainsi, dans un quartier où la seule épicerie existante est reprise par un épicier qui ne vend pas d’alcool (aucune loi n’oblige à vendre ce produit). Les solutions pour les personnes peu mobiles du quartier qui souhaitent acheter des produits alcoolisés existent. Ainsi le port du foulard par deux jeunes collégiennes à Creil en 1989 aurait pu se régler à l’échelle du collège, avec les enseignants, les parents, avec l’appui éventuel d’associations et des élus locaux. Et on aurait pu médiatiser l’affaire une fois celle-ci réglée collectivement. Non, on a préféré monter cette histoire au niveau d’une cause nationale, d’un conflit de civilisation : la République était mise en danger par deux jeunes filles, il fallait en faire une affaire d’Etat, et les extrémistes des deux bords (intellectuels, politiciens, médias) s’en sont donné à cœur joie pour attiser le feu ! Qui a tiré les marrons du feu? Les laïcards extrémistes qui soufflaient sur les braises ou l’extrême droite?

Comment font les autres sociétés européennes pour admettre les femmes avec un fichu sur la tête, y compris en plein exercice de leur fonction de policière comme en Grande Bretagne ? Le pays en est il déstabilisé ?

Les solutions, quand un problème se pose, sont à trouver à l’échelle de la commune, du quartier, avec les acteurs locaux désireux de trouver réellement une solution. Si on en fait une affaire nationale, c’est qu’on poursuit un autre but : celui de dresser les communautés les unes contre les autres, d’humilier l’autre, de le faire plier… ce qui ne fait qu’exacerber les positions et augmenter la division et le chaos, et finalement renforcer les extrémistes des deux bords. C’est bien pour cela que les uns et les autres sautent sur la moindre occasion pour transformer un problème local en feu national.

Les pays voisins (Italie, Allemagne, Grande Bretagne..) règlent ces questions à l’échelle où elles se posent, et n’en font pas une affaire d’Etat. Pourquoi en France s’affole-t-on à ce point ?

Les mariages mixtes, les métissages des cultures, font leur travail au quotidien pour renforcer la trame de la société et contrebalancer les discours symétriques de ceux qui refusent systématiquement les normes des autres et de ceux qui veulent systématiquement les imposer, en un funeste jeu de miroir.

Parions que la vie sera plus forte que ces sinistres jeux.

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