Croissance exponentielle des voix !

Croissance exponentielle des voix !

Depuis 50 ans, la très forte croissance de la population mondiale s’est multipliée à celle des personnes ayant accédé à l’instruction moderne, notamment à celles ayant acquis le niveau du baccalauréat et de ses équivalents de par le monde. Cette croissance exponentielle, phénoménale, a généré une population en capacité de s’exprimer qui atteint une part inégalée dans la population de toutes les sociétés du monde, notamment dans les pays du Sud. Plusieurs milliards d’êtres humains (les chiffres restent à évaluer) dans le monde peuvent aujourd’hui prendre la parole, donner de la voix, exprimer sa volonté, ses désirs, ses aspirations, ses passions ou sa haine….

Les moyens de communication ont donnée à toutes ces voix la capacité de s’adresser à un cercle d’auditeurs, de lecteurs, qui dépasse le cercle de la famille, des amis, du quartier, de l’étroit réseau des relations directes et personnalisées comme c’était le cas auparavant.

Cette double mutation (multiplication des voix et extension sans précédents des moyens d’exprimer ces voix) modifie radicalement le visage du monde, et constitue désormais la dimension majeure de la globalisation. Elle concoure puissament à la diversification des sociétés, à ses fractionnements, à l’émergence des individus, à leur mise en réseau au niveau planétaire, à leur radicalisation même. Pour le meilleur et pour le pire, une réalité statistique massive transforme qualitativement la situation des sociétés sur la terre, les conditions mêmes de la vie en commun.

Cette situation totalement inédite nourrit le phénomène grandissant des « sociétés civiles » qui se développent à mesure que, au Nord comme au Sud, les Etats s’affaiblissent tandis que les partis politiques et les syndicats dépérissent comme forme d’organisation de la vie politique et d’expression des sociétés. Ces organisations, héritées des luttes politiques et sociales de conquête de la démocratie et des droits individuels menées en Occident au XIX° siècle et pendant la première moitié du XX°, n’expriment plus les aspirations des sociétés, ni au Nord, ni au Sud. L’émergence des sociétés civiles et des multiples organisations dont elles se dotent multiplie les acteurs à une échelle inouïe, au niveau de chaque société mais aussi au niveau mondial. Cela rend la situation de plus en plus complexe à l’entendement. Les schémas anciens ne sont plus aptes à comprendre ce monde, comme le dit Bertrand Badie dans « Nous ne sommes plus seuls » (2016, La Découverte), mais nous n’avons pas les clés pour comprendre et agir dans la situation d’aujourd’hui. D’où un grand désarroi dans les sociétés au Sud comme au Nord.

Comment réguler une planète, comment vivre ensemble sur une terre où les voix se multiplient plus vite que la population, sur un espace terrestre en voie de réduction avec le réchauffement climatique ?

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