Cornelius CASTORIADIS : les fondements du capitalisme (3/4)

Cornelius CASTORIADIS : les fondements du capitalisme (3/4)

Nous aborderons successivement les points suivants :

  1. La rationalité du capitalisme et critique de cette ‘rationalité’.
  2. L’économie, référent central du capitalisme.
  3. Définition, spécificités et racines psychiques du capitalisme.
  4. Force du capitalisme, paradoxe de sa dynamique
  5. Crise du capitalisme. Crise de la Création critique. Envahissement de la bureaucratie.
  6. Convergence des critiques de CC sur les fondements du capitalisme et sur ceux du marxisme.

 

  1. Rationalité du capitalisme et critique de cette ‘rationalité’.

CC fait de la critique des approches dominantes fondées sur la rationalité [1], sur le matérialisme, le fonctionnalisme, le causal, la pierre angulaire de son analyse théorique du capitalisme. Nous verrons que cette critique porte également sur l’approche exclusivement rationnelle du marxisme.

Le triomphe de la raison dans l’histoire. Selon le discours apologétique du capitalisme, ce régime économique se présente comme le triomphe de la raison dans l’histoire, il relègue les autres systèmes dans les temps primitifs. Le capitalisme est assuré d’un avenir indéfini, c’est la fin de l’histoire. Selon Hayek, le capitalisme a prouvé son excellence par sélection darwinienne. Dans l’idéologie qui sous-tend le capitalisme, le caractère historiquement daté de ce phénomène est largement occulté.

La théorie néo-classique, base théorique de la pensée apologétique du capitalisme, est fondée sur un rationalisme objectiviste. Ainsi, les incitations par les prix (dont, selon elle, la formation résulte de lois prédéterminées, clairement établies, valables en tous temps et en tous lieux) sont sensées produire partout et toujours les mêmes effets (produire ou pas, investir ou pas, consommer ou pas….). Pour faire rentrer la réalité avec sa complexité dans ce cadre rigide, les économistes néo-classiques sont obligés d’utiliser les concepts d’imperfection, de défaillance, d’écarts. On parle de défaillance des marchés, de défaillance de l’État… On utilise aussi l’expression de ‘second best’, le first best étant ce qui découle de la théorie, tout le reste étant de second choix, comme souillée des erreurs que la réalité projette sur le modèle. Cette vision d’une réalité pure et parfaite constamment entachée d’imperfections, de défaillances, de solutions de second choix, relève d’un hygiénisme, d’une vision totalitaire, abstraite, d’un monde sans frottement, éthéré… mais parfaitement saisissable par l’abstraction mathématique.

Le capitalisme est le premier régime social qui produit une idéologie de légitimation selon lequel il serait ‘rationnel’, tandis que la légitimation des autres types d’institution de la société était mythique (religieuse ou traditionnelle). En réalité, « cette légitimation par la rationalité est elle-même instituée par le capitalisme dont elle constitue un des fondements de l’imaginaire social instituant »[2].

 L’économie, qui se prétend rationnelle, est hautement sous le coup de l’imaginaire : « L’économie passe pour l’expression par excellence de la rationalité du capitalisme, et des sociétés modernes. Mais c’est l’économie qui exhibe de la façon la plus frappante – précisément parce qu’elle se prétend intégralement et exhaustivement rationnelle- la domination de l’imaginaire à tous les niveaux. C’est visiblement le cas pour ce qui est de la définition des besoins qu’elle est supposée servir. Plus que dans n’importe quelle autre société, le caractère ‘arbitraire’, non naturel, non fonctionnel de la définition sociale des besoins apparaît dans la société moderne, précisément à cause de son développement productif, de sa richesse qui lui permet d’aller loin au-delà de la satisfaction des ‘besoins élémentaires’ »[3].

La mythification du rationnel conduit à des approches techniques, fonctionnelles, qui débouchent sur la dépolitisation de la gouvernance, de la politique elle-même, au nom de la ‘maitrise rationnelle’. Cela renvoie à l’illusion de conduire la société comme on ‘gère’ une entreprise.

Mais si la production obéit à des contraintes rationnelles, les finalités de la production ne sont ni fonctionnelles ni rationnelles : « Les chrétiens ont construit des églises, les aborigènes ont fait des peintures, ces églises, ces peintures ‘ne servent à rien’ de fonctionnel, elles appartiennent au poïétique. Mais en réalité, elles ‘servent’ à quelque chose d’essentiel, elles donnent un sens à la vie des hommes. » C’est cela, le rôle du poïétique.

 Principe de non causalité : l’histoire pensée comme création, comme altération, rupture, échappe au déterminisme causal et à l’approche rationnelle. D’après Nicolas Poirier : « Le concept d’imaginaire devait selon Castoriadis permettre une compréhension de l’histoire [4] qui ne soit plus opérée d’après les schèmes réducteurs du déterminisme causal, mais fondée sur le principe même de non-causalité. Il serait en fait impossible d’expliquer l’histoire des sociétés à partir d’une relation nécessaire de cause à effet, et cela précisément en raison de la nature même de l’histoire pensée comme autocréation. »

C’est précisément, d’après Castoriadis, à ce niveau que le non-causal apparaît : «comme comportement non pas seulement imprévisible, mais créateur (des individus, des groupes, des classes ou des sociétés entières); non pas comme simple écart relativement à un type existant, mais comme position d’un nouveau type de comportement, comme institution d’une nouvelle règle sociale, comme invention d’un nouvel objet ou d’une nouvelle forme – bref, comme surgissement ou production qui ne se laisse pas déduire à partir de la situation présente, conclusion qui dépasse les prémisses ou position de nouvelles prémisses ».

 Ainsi, la naissance du capitalisme n’a pas emprunté aux voies économiques. Marx montre que dans le processus d’émergence du capitalisme, l’accumulation primitive s’est produite selon des voies qui n’avaient rien de rationnel, rien d’économique, qui ne devaient rien au marché : elle s’est menée par exactions, fraude, violence privée et étatique [5].

La construction même de la nation et du capitalisme américain s’est effectué sur une spoliation des terres des amérindiens [6]. Pour soutenir ces spoliations, a priori antagoniques avec les valeurs des fondateurs de l’Amérique, il a fallu inventer un imaginaire social instituant particulièrement mobilisateur et déculpabilisant : cet imaginaire instituant, c’est la ‘destinée manifeste [7]’ au nom de quoi s’est menée la ‘marche vers l’Ouest’, l’expropriation et le refoulement des habitants d’origine.

Ici, une œuvre, peinte vers 1872 par John Gast intitulée American Progress, représentation allégorique de la ‘Destinée manifeste’. Dans cette scène, une femme angélique (parfois identifiée comme Columbia, la personnification des Etats Unis au XIXe siècle), porte la lumière de la ‘civilisation’ à l’Ouest avec les colons américains, câblant le télégraphe dans son sillon. Les Amérindiens et les animaux sauvages fuient vers les ténèbres de l’Ouest sauvage.

 

  1. L’économie, référent central du capitalisme.

Le trait caractéristique du capitalisme est la position de l’économie (production et consommation [8]) et des critères économiques en lieu central et valeur suprême de la vie sociale : tous les actes humains arrivent à être considérés comme des produits économiques, des marchandises, valorisables en termes monétaires. Saint Simon, Auguste Comte, sont les chantres de l’époque industrielle, positive. Marx parle de la « transformation de toute valeur en valeur monétaire ». Balzac traduit cela dans la littérature.

CC rappelle que la majorité de l’histoire humaine s’est déroulée sans que l’efficacité économique ne soit le repère central de l’activité sociale. La dimension économique n’était pas séparée des autres dimensions de la vie sociale (religieuse, politique, identitaire..). La rationalité économique comme signification imaginaire sociale s’empare des sphères de la vie sociale, les unes après les autres, étendant la réification des relations sociales à des pans croissants de la société. Karl Polanyi a largement développé ce point [9].

Le capitalisme, c’est aussi l’avènement de la ‘logique de choix’, de l’étude de ‘l’allocation de moyens limités à des fins illimitées’. Il se marque par la prolifération des prétentions à appliquer le calcul économique d’optimisation dans tous les domaines. « La mathématisation est consubstantielle avec la ‘rationalisation’, conçue comme essentiellement quantitative. » CC critique le fait que l’économie standard raisonne en termes de situations d’équilibres statiques, résultantes de processus d’optimisation.

La pensée qui soutient le capitalisme, l’imaginaire social instituant les sociétés capitalistes, a produit pour l’analyse de son propre fonctionnement, le concept d’homo œconomicus, individu totalement rationnel et parfaitement calculateur, optimisant à tout instant les résultats de ses actions. Cette approche est grossièrement ignorante de l’histoire, de l’ethnologie, de la sociologie, de la psychologie.

 

  1. Définition, spécificités et racines psychiques du capitalisme

Suivant Marx sur ce point, CC définit le capitalisme comme la conjonction de trois facteurs : 1/ l’accumulation du capital, 2/ l’application de la science dans le processus de production et 3/ l’accroissement du produit lié à une réduction des coûts (souci d’efficience).

Il s’interroge sur les raisons de la ‘rationalisation’ comme base du capitalisme. Il n’y apporte pas d’explication rationnelle, mais relie cette rationalisation à autre chose : la volonté de maitrise, qui renvoie dans le champ individuel de la psyché, à l’aspiration à la toute puissance.

Cette aspiration à la maîtrise n’est pas spécifique au capitalisme, les organisations sociales tournées vers la conquête la manifestent aussi. Mais ce qui fait la spécificité du capitalisme, c’est que :

1/ cette poussée vers la maîtrise n’est pas orientée essentiellement vers la conquête extérieure, mais plus encore vers la conquête intérieure de la totalité de la société : non seulement le champ de la production, mais aussi celui de la consommation, et ce, dans l’économie, mais aussi dans l’éducation, le droit, la vie politique, etc.

2/ la poussée vers la maitrise se donne des moyens nouveaux, économiques, ‘rationnels’ pour s’accomplir : ce n’est plus la magie, ou l’invocation du Dieu qui donne la victoire à l’armée.

La signification imaginaire sociale nucléaire du capitalisme est la poussée vers l’extension illimitée de la ‘maitrise rationnelle’. Cette signification imaginaire sociale s’accompagne de 4 facteurs :

1/ l’accélération du changement technique qui se transforme lui-même en mouvement de réduction voir d’élimination du rôle de l’homme dans la production. C’est la tendance du capitalisme à la réification (l’homme est l’élément le plus difficile à maîtriser) [10].

2/ la consolidation de l’Etat moderne : Etat absolutiste, centralisé, en voie de bureaucratisation croissante.

3/ une mutation anthropologique considérable : le motif économique tend à supplanter tous les autres. L’être humain devient l’homo œconomicus, c’est-à-dire l’homo computans. Le type de l’entrepreneur schumpétérien puis du spéculateur devient central. Les différentes professions sont progressivement inhibées par la logique du calcul et du gain [11]

4/ Mais cette évolution nourrit un conflit permanent, dans le sens de l’autonomie. Depuis le mouvement de la proto-bourgeoisie contre le féodalisme visant l’indépendance des Communes, jusqu’au mouvement démocratique et au mouvement ouvrier (émergence de la solidarité [12], contestation). L’évolution du capitalisme est incompréhensible sans la prise en compte de ce conflit, de cette contestation interne, qui a été la condition même de son développement, en tant que frein opposé à la réification des rapports humains dont le triomphe aboutirait à la fin même de toute vie sociale, et par là, à la fin du capitalisme lui-même [13].

 

Castoriadis construit ainsi le schéma explicatif du capitalisme à partir de la psyché individuelle :

Aspiration individuelle à la toute puissance à volonté de maitrise à rationalité à calcul économique valorisé en termes monétaires à tendance à la réification [14] et à la marchandisation de toutes les composantes de la vie sociale : envahissement des critères d’efficacité dans l’économie, l’éducation, le droit, la vie politique, la santé, la recherche, la création artistique….

 

Castoriadis identifie les trois piliers de l’imaginaire social qui font tenir les sociétés capitalistes : « Les pays développés vivent aussi avec des imaginaires qui structurent, comme partout, les croyances qui font tenir la société. La prétention à la rationalité ne les exonère pas de cette dimension, elle est singulière, voilà tout, comme pour chacune des sociétés du monde. Cette dimension imaginaire porte d’abord sur les besoins que la société est sensée satisfaire. L’imaginaire ici abonde dans l’inflation des besoins satisfaits, en fait, besoins factices pour la plupart et donc jamais satisfaits. La seconde dimension porte sur la réification de l’homme au travail, homme perçu comme machine, comme instrument d’une organisation efficiente, dans un écart à la réalité qui n’a rien à envier à la personnification d’un homme en hibou dans d’autres sociétés. La troisième porte sur l’organisation bureaucratique et l’imaginaire de contrôle qu’il suppose. »

JOA : Castoriadis oublie une croyance fondamentale des sociétés du Nord : celle qu’ont ses habitants d’être supérieurs à tous ceux qui ne partagent pas leurs valeurs, leurs croyances, censées être universelles [15].

La résistance acharnée à rompre avec ce surplomb des gens du Nord sur ceux du Sud illustre parfaitement que l’imaginaire, les croyances, forment ce qui est le plus solidement enraciné dans les sociétés. Ils sont durs comme le fer (on y croit « dur comme fer »).

 

  1. Force du capitalisme, paradoxe de sa dynamique

Selon Joan Robinson, formulant à sa façon la pensée de Schumpeter : « le système est certes cruel, injuste, turbulent, mais il fournit la marchandise, et cessez de rouspéter puisque c’est cette marchandise que vous voulez ».

La dynamique du capitalisme tient par le désir de marchandise : « Pour en arriver là, le capitalisme a détruit les significations sociales imaginaires précédentes : sens du travail, élimination du rôle de l’humain dans la production… et les a remplacé par l’instillation dans l’âme de chacun de la rage d’acquérir. D’où provient en effet ce désir de marchandise, insatiable, illimité ? Il tient pour une part importante à la puissance de l’effet de démonstration ! »

CC expose ensuite le paradoxe du capitalisme qui ne survit, selon lui, que pas sa contestation : contestation politique par les luttes démocratiques conduisant au suffrage universel, à l’extension de l’égalité des droits, à la formation d’administrations recrutées sur le mérite et non plus sur l’allégeance… contestation sociale par les luttes des organisations ouvrières conduisant à l’obtention de droits protecteurs réduisant l’écart de rapport de force entre le capital et le travail (droit syndical, droit du travail protégeant notamment les femmes et les enfants, diminution du temps de travail, systèmes d’assurances sociales…), contestation économique avec les revendications salariales, visant à augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs pour soutenir la demande et in fine permettre l’écoulement de l’offre de produits et services, et ‘meta-contestation’ contre la tendance inhérente au capitalisme à la réification des relations sociales [16].

« La logique de minimisation des coûts [17] pousse incessamment à la diminution des salaires. Or ce sont les luttes ouvrières pour l’augmentation des salaires et la diminution du temps de travail qui ont créé des marchés intérieurs énormes de consommation et évité au capitalisme d’être noyé dans ses propres excédents de production [18]. » CC mentionne la parenthèse de l’après guerre (les ‘Trente glorieuses’ en France) où salaires et productivité augmentaient parallèlement.

On comprend ainsi en quoi les buts du mouvement ouvrier ont pu coïncider dans la version fordiste du capitalisme avec les objectifs propres au capitalisme: l’existence d’une masse de salariés-consommateurs bénéficiant d’un revenu et de conditions de travail décentes ne constitue à ce titre aucune menace mortelle pour le système capitaliste, mais figurent plutôt comme l’une des conditions de sa survie et de son bon fonctionnement.

« Le capitalisme ne peut fonctionner qu’en mettant constamment à contribution l’activité proprement humaine de ses assujettis qu’il essaie en même temps de réduire et de déshumaniser le plus possible. Il ne peut fonctionner que pour autant que sa tendance profonde, qui est effectivement la réification, n’est pas réalisée, que ses normes sont constamment combattues dans leur application. »

 

  1. Crise du capitalisme. Crise de la Création critique. Envahissement de la bureaucratie.

Pour Castoriadis, le grand mouvement multiséculaire de création s’épuise depuis le milieu du XX° siècle. Cet épuisement atteint l’art, mais aussi la philosophie et le domaine théorique des sciences (alors que la technique s’autonomise et s’emballe) : « Cette évolution, ce recul de la créativité, va de pair avec le triomphe de l’imaginaire capitaliste et un recul du mouvement démocratique, du mouvement vers l’autonomie sociale et politique. »

Philosophie, Science, Art : la fin de la création. La prophétie de Heidegger de la ‘fin de la philosophie’ est devenue auto-réalisatrice. « La philosophie s’est condamnée à se nourrir en se mangeant elle-même : il ne reste plus que des historiens de la philosophie, il n’y a plus de créateurs. Dans les sciences, il n’y a plus de renouvellement des formes théoriques fondamentales. Il y a épuisement de l’imaginaire dans les domaines de la philosophie et de la science, mais aussi dans celui du mouvement ouvrier, du mouvement démocratique : dissolution du sens, de la séparation entre gauche et droite… Et épuisement de la créativité dans le domaine de l’art. »

CC fait une analyse de la situation de la création artistique en cette fin du XX° siècle. Après la seconde Guerre mondiale, il dénonce l’épuisement de l’avant-garde artistique surgie à la fin du XIX° siècle (à l’exception du Jazz jusqu’à Miles Davis et Thelonius Monk et du cinéma… jusqu’à son industrialisation) : fausses avant-gardes, gesticulations de subversion puis abandon même de cette gesticulation, ‘post modernisme’, pauvres imitations (des provocations de Marcel Duchamp)… la stérilité et le conformisme triomphent.

Ce retour du conformisme est un retour général vers l’hétéronomie, i.e. vers le fait de penser et d’agir comme l’institution et le milieu social l’imposent (ouvertement ou d’une façon souterraine).

Ce retour vers l’hétéronomie est la marque d’une crise générale des significations imaginaires sociales, d’une crise de la société, qui n’est pas incompatible avec une poursuite du ‘progrès’ techniques et de la production. Mais CC doute que ce ‘progrès’ puisse continuer longtemps « en l’absence des racines qui l’ont nourri jusque-là ». « Perte de sens, répétition de formes vides, du conformisme, de l’apathie, de l’irresponsabilité et du cynisme, et emprise croissante de l’imaginaire capitaliste, expansion de la pseudo-maîtrise rationnelle, expansion illimitée de la consommation (pour rien) de la techno-science automatisée … »

CC pose la question du moteur de la société occidentale. Le marché, qui a pris les commandes des dynamiques et de l’imaginaire social du monde occidental, peut il pousser à la créativité sociale, scientifique, philosophique qui est au cœur de ce qui a dynamisé les sociétés d’Occident depuis 300 ans ? L’envahissement de la marchandise, de l’imaginaire capitaliste de la ‘main invisible’, l’envahissement de l’économie financière, la délégitimation de l’Etat et de l’idée même d’action collective, laissent peu de place à la création, à la pensée : pourquoi analyser le monde puisque la main invisible se charge de ‘régler’ son cours ?

Recul de la pensée critique dans les pays occidentaux, de ce qui a fait, selon CC, sa spécificité jusque là : recul de la démocratie, effondrement de la philosophie vont de pair avec l’emprise croissante de la ‘pensée unique’ en économie, du ‘penser positif’, de la délégitimation de toute critique, d’une dévalorisation absolue de toute pensée qui oserait énoncer un doute sur le fonctionnement de la société, a fortiori une remise en cause de l’ordre établi. On est entré dans la dévalorisation de la pensée tout court.

 

CC s’interroge sur les raisons de ce recul des sociétés occidentales et reconnait son impuissance à comprendre: « Et qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui la plupart des significations imaginaires qui tenaient cette société ensemble semblent d’évanouir, sans que rien d’autre ne vienne à leur place ? Les deux questions sont incontournables et aucune ‘théorie’ ne permet d’y ‘répondre’. »

Pour CC l’apathie des sociétés occidentales comporte des risques de fanatisme, selon Michèle Ansart-Dourlen : « Le type de démocratie autonome que proposait Castoriadis, réfléchissant à l’apathie et à la disparition progressive de valeurs orientant l’individu vers le désir d’autonomie dans nos sociétés occidentales, devait aussi concevoir une autolimitation de la démesure latente dans l’imagination créatrice, afin de pallier les risques de fanatisme dont on constate l’émergence dans le monde contemporain, (et aussi en réaction aux tendances nihilistes émergeant dans les sociétés occidentales). Et il constatait que cette démesure était bien présente au niveau sociopolitique, même dans des sociétés qui se voulaient fidèles à la tradition rationaliste des Lumières.  »[19]

A ce risque, s’ajoute celui d’un envahissement bureaucratique. Après l’analyse de la naissance de la bureaucratie envahissante et étouffante en URSS au lendemain de la révolution de 1917, CC ajoute : « la bureaucratisation est depuis apparue de plus en plus comme la tendance dominante du monde moderne » [20]. Cette caractéristique sur laquelle CC va beaucoup insister, la bureaucratie, se transpose ainsi sur le monde capitaliste.

La mondialisation actuelle s’accompagne d’une bureaucratisation croissance des relations sociales, loin du rêve libéral d’un allègement du poids de l’état [21] : « On a rappelé plus haut l’esquisse que Marx déjà fournissait du rôle de l’imaginaire dans l’économie capitaliste, en parlant du ‘caractère fétiche de la marchandise’. Cette esquisse devrait être prolongée par une analyse de l’imaginaire dans la structure institutionnelle qui prend de plus en plus, à coté et au delà du ‘marché’, le rôle central dans la société moderne : l’organisation bureaucratique. L’univers bureaucratique est peuplé d’imaginaire, d’un bout à l’autre »[22].

CC décrit les effets de cette organisation bureaucratique du capitalisme. Dans l’organisation bureaucratique qui s’instaure : « les hommes, simples points nodaux dans le réseau des messages, n’existent et ne valent qu’en fonction des statuts et des positions qu’ils occupent sur l’échelle hiérarchique. L’essentiel du monde, c’est sa réduction à un système de règles formelles, y compris celle qui permettent d’en ‘calculer’ l’avenir. La réalité n’existe que pour autant qu’elle est enregistrée, à la limite le vrai n’est rien et le document seul est vrai. » La tendance à l’hypertrophie des dispositifs formels, des procédures de plus en plus souvent e-mécanisés, est bien identifiée par Castoriadis ! Cette dérive est activement menée par la pensée anglo-saxonne qui s’appuie sur la légitimité formelle découlant des procédures. La démarche s’insinue par l’envahissement de l’imaginaire anglo-saxon dans le fonctionnement de la Commission européenne, laquelle répand sur l’ensemble des pays membres ce type d’approche qui devient dominante.

Cet envahissement par la bureaucratie capitaliste signifie un retour à l’hétéronomie, selon Michèle Ansart-Dourlen : CC « a souligné l’émergence d’une nouvelle forme de domination démesurée, corrélative d’un appareil bureaucratique européen, et de sa mondialisation programmée. Car l’idéal d’une société et d’un mode de vie dominés par un ordre capitaliste, c’est un imaginaire supposant la possibilité ‘d’une maîtrise totale de la nature et du monde’, décidé par des autorités extérieures à la masse des individus ; il est donc de nature hétéronomique. II ne peut s’adresser qu’à un type d’hommes ‘économiques’, conditionnés à être essentiellement des consommateurs, à qui on promet toujours plus de bien-être matériel, -et aussi la paix mondiale. Ce nouveau cours de l’histoire, selon Castoriadis, contredit totalement la volonté démocratique d’autonomie. Il véhicule un idéal hédoniste, une idéologie du bonheur qui se manifeste par une permissivité plus grande, par une liberté nouvelle accordée à des groupes particuliers. »[23]

JOA : On doit souligner que cet envahissement de la bureaucratie n’est plus le fait exclusif de l’État mais s’étend aux démarches des firmes privées, puisque les grandes entreprises de réseau (téléphonie, internet…) mettent en œuvre également une bureaucratie totalement réifiée, tentaculaire autant qu’inaccessible pour l’individu, punitive et dure, dépersonnalisée au moyen des machines téléphoniques à répondre, le tout derrière les publicités alléchantes.

Mais cet étouffement bureaucratique s’accompagne (JOA : en compensation ?) d’une libération des modes de vie. CC ajoute en effet : « Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer. »[24]

Castoriadis conclue « qu’un individualisme issu d’un narcissisme sans limites peut introduire à un ‘monde de brutes’, à un immoralisme justifié par la relativisation de toutes les valeurs ». Castoriadis rejoint ici Pierre Legendre.

JOA : une répartition des tâches entre gauches et droites ‘de gouvernement’: C’est la social-démocratie européenne qui a construit depuis le début des années 80 le pan sociétal de l’idéal consumériste et de l’extension des libertés individuelles sur le plan des modes de vie, tandis que les droites libérales s’occupaient du pan social : destruction des protections sociales et des services publics. Au total, une société anomique en voie de dislocation, des individus pulvérisés happés par la pulsion de consommation (pulsion impossible à éteindre par essence), sans recours politique auprès des partis ‘démocratiques’, les formations ‘de gauche’ ayant totalement intériorisé le discours libéral.

JOA : Sommes-nous devant le dilemme : libertés individuelles contre intérêt général ? Autrement formulé, peut-on développer à l’infini les libertés individuelles sans soutenir l’intérêt général qui les cadre, qui organise leur autolimitation ?

 

Evoquant la perte de sens des institutions fondamentales dans nos sociétés actuelles, CC rejoint la pensée de Pierre Legendre : (à propos de la signification sociale de ce qu’est un enfant, un homme, une femme) « notons en passant que cette signification semble aujourd’hui en passe de se dissoudre, car personne ne parait plus savoir ce qu’un enfant est supposé faire et ne pas faire. De même que l’on semble savoir de moins en moins en quel sens et sous quelle forme les hommes sont hommes et les femmes sont femmes. La remise en question radicale, et tout à fait justifiée, du statut traditionnel de la femme a à la fois laissé complètement dans le vague la signification sociale (et psychique) de l’être-femme et, par là même et ipso facto, a remis en question le statut social et psychique de l’être-homme, puisque ce ne sont là que deux pôles de signification solidaires. Quels sont les comportements, les signes, les emblèmes de la virilité et de la féminité aujourd’hui ? »

 

  1. Convergence des critiques de Castoriadis sur les fondements du capitalisme et sur ceux du marxisme.

Une critique de la rationalité du marxisme. CC réfute la théorie matérialiste et rationaliste du comportement humain. Avant même de critiquer le capitalisme sur cet axe, CC, porte sa critique sur le marxisme [25]. Cette critique est élaborée par Castoriadis dans les années 60 à l’apogée du mouvement communiste mondial. Elle résonne avec l’actualité des années du début du XXI° siècle, en illustrant la proximité troublante entre marxisme et libéralisme, dans leur obsession à réduire le comportement des hommes à la seule rationalité matérialiste, à partir de leur matrice commune : la rationalité des Lumières.

Nous reprenons ici une citation d’Egard Morin : « Marx n’a vu que l’homo sapiens, l’homo faber. Il a négligé l’homo demens, l’homo mythologicus, l’homo ludens. Ce faisant, il a sombré dans l’économisme, le productivisme. » [26]

 

CC réfute donc la ‘conception matérialiste de l’histoire’ du marxisme : « Ainsi la théorie qui fait du ‘développement des forces productives’ le moteur de l’histoire présuppose implicitement un type invariable de motivation fondamentale des hommes, en gros la motivation économique : de tous temps, les sociétés humaines auraient visé (consciemment ou inconsciemment peu importe) d’abord et avant tout l’accroissement de leur production et de leur consommation. Mais cette idée n’est pas seulement fausse matériellement ; elle oublie que les types de motivation (…) sont des créations sociales, que chaque culture institue des valeurs qui lui sont propres et dresse les individus en fonction d’elles. (…) Le maximum de consommation, de puissance ou de sainteté ne sont pas des objectifs innés à l’enfant, c’est la culture dans laquelle il grandira qui lui apprendra qu’il en a ‘besoin’ ».

La critique par CC du matérialisme marxiste se reporte parfaitement sur la critique de la théorie libérale, selon laquelle les comportements humains sont partout et toujours les mêmes : la maximisation de l’utilité individuelle. C’est ce qui soutient l’idée de la transposition dans les pays du Sud des institutions de marché telles qu’elles fonctionnent dans les pays du Nord, puisque, selon l’approche libérale « les motivations fondamentales des hommes sont partout et toujours les mêmes. »

CC résume ainsi sa critique sur la conception matérialiste de l’histoire : « la conception matérialiste de l‘histoire nous apparait aujourd’hui intenable. Brièvement parlant, parce que cette conception :

– fait du développement de la technique le moteur de l’histoire ‘en dernière analyse’, et lui attribue une évolution autonome et une signification close et bien définie,

– essaie de soumettre l’ensemble de l’histoire à des catégories [rationalité, fonctionnalité] qui n’ont un sens que pour la société capitaliste développée et dont l’application à des formes précédentes de la vie sociale pose plus de problèmes qu’elle n’en résout,

– est basée sur le postulat caché d’une nature humaine essentiellement inaltérable, dont la motivation prédominante serait la motivation économique. »[27]

Pour CC, le marxisme prétend à la fin de l’histoire : « Toute dialectique systématique doit aboutir à une ‘fin de l’histoire’, que ce soit sous la forme du savoir absolu de Hegel ou de ‘l’homme total’ de Marx »[28]. Encore un point commun avec la pensée libérale définissant la démocratie de marché comme l’horizon indépassable de toutes les sociétés humaines (Francis Fukuyama).

CC démonte l’économisme du marxisme : « Si le capitalisme a effectivement mis l’économie au centre du fonctionnement des sociétés, comme Marx l’a clairement identifié, il n’a pas évincé les autres dimensions de la vie sociale dans les pays capitalistes, a fortiori dans les pays précapitalistes. L’économisme est basé sur le postulat caché d’une nature humaine inaltérable sur l’essentiel, dont la motivation dominante serait la motivation économique. » Dans le même esprit, CC démonte le caractère explicatif exclusif du fait technique [29], et réfute la ‘conception matérialiste de l’histoire’ du marxisme, son caractère universel et éternel. Faisant du discours historique un objet lui-même historique, Castoriadis montre que Marx, qui a identifié le sociocentrisme [30] comme travers, n’est pas exempt de ce biais en ce sens qu’il étend à toute l’histoire humaine les modes de fonctionnement du capitalisme, alors que ces modes sont contingents au capitalisme lui-même. Plus profondément, CC critique la philosophie marxiste de l’histoire, en tant que philosophie rationaliste qui, comme toutes les approches rationalistes, « se donne d’avance la solution de tous les problèmes qu’elle pose »[31]. Finalement, selon CC : « le marxisme ne dépasse donc pas la philosophie de l’histoire, il n’est qu’une autre philosophie de l’histoire »[32].

CC aborde là la dimension psychique de l’économisme : « Qu’un sens économique latent puisse souvent être dévoilé dans des actes qui apparemment n’en possèdent pas, c’est certain. Mais cela ne signifie ni qu’il est le seul, ni qu’il est premier, ni surtout que son contenu soit toujours et partout la maximisation de la ‘satisfaction économique’ au sens capitaliste–occidental. Que la ‘pulsion économique’ – si l’on veut le ‘principe de plaisir’ tourné vers la consommation ou l’appropriation – prenne telle ou telle direction, se fixe sur tel objectif et s’instrument dans telle conduite, cela dépend de l’ensemble des facteurs en jeu. Cela dépend tout particulièrement de son rapport avec la pulsion sexuelle (la manière dont celle-ci se ‘spécifie’ dans la société considérée) et avec le monde de significations et de valeurs créé par la culture où vit l’individu. »

Castoriadis montre ainsi comment Marx plie devant l’envahissement de l’économie comme dimension hégémonique, devant la technique comme moteur matérialiste des évolutions sociales, devant la rationalité de l’histoire, en adoptant la vision que le capitalisme s’est donné de lui-même, marquant par là la matrice commune du capitalisme et du marxisme, la rationalité des Lumières.

(A suivre)


 

[1] CC prend chez Marx la définition de la rationalité : « la raison est l’opération conforme à un but », mais questionne la rationalité du but lui-même.

[2] CC ajoute : « L’idéologie capitaliste prétend, dans ses moments de philanthropie, que sa rationalité est le ‘bien être’, lequel est identifié à un maximum économique. La rationalité est ainsi réduite à la rationalité économique », laquelle est sujette à discussion, pour le moins.

[3] Ibidem. Étrangement, CC ne cite pas la finance, qui, elle aussi, mobilise au plus haut point l’imaginaire. Par ailleurs, les sociétés traditionnelles ne satisfont pas que les besoins élémentaires, mais aussi d’autres besoins irrationnels comme les fêtes familiales, les rituels religieux coûteux… Pensons aux Pyramides d’Égypte !

[4] Pour CC, l’histoire est altération : altération du cours normal, paisible, des choses. C’est le dévoiement du fleuve tranquille. Quand les trains arrivent à l’heure, il n’y a pas d’histoire.

[5] CC parle de « la domination anomique des barons prédateurs de l’industrie et de la finance aux Etats Unis à la fin du XIX° siècle » et cite le caractère mafieux de la ‘ré-accumulation primitive’ dans les sociétés postcommunistes, comme le signale par ailleurs Jacques Sapir à propos des oligarques russes.

[6] CC ne cite pas (à notre connaissance) ce fait non économique fondateur de la nation américaine.

[7] La « destinée manifeste » renvoie à l’idéologie défendue par les élites américaines dans les années 1840. Selon cette idéologie, la nation américaine avait pour mission divine de répandre la démocratie et la civilisation vers l’Ouest. L’expression Manifest Destiny est apparue en 1845 à l’occasion de l’annexion du Texas, pour décrire le caractère ‘de droit divin’ de l’irréversible colonisation du continent Nord-Américain par les Anglo-saxons de la côte Est. Cette Manifest Destiny implique pour eux une mission à remplir, une sorte de mystique de l’expansion, qui marquera culturellement et politiquement les États-Unis. Les diverses manifestations de la Destinée Manifeste reflètent les tendances profondes de la société et de l’idéologie américaines, à savoir l’affirmation d’un messianisme qui puise ses racines dans la certitude d’une mission à remplir. (Wikipedia).

[8] JOA : Étrangement, Castoriadis omet la dimension financière.

[9] JOA : Notamment dans « La Grande Transformation », 1944.

[10] JOA : J’ajouterai que ce mouvement d’élimination de l’homme s’étend de la production matérielle (machines outils..) aux services, et notamment à la vente (distributeurs automatiques de produits et de services, comme la vente de transport, de loisirs, transactions sur Internet…). L’avènement de l’e-administration évince également les hommes des rapports entre l’Etat et le citoyen.

[11] JOA : Pensons aux professionnels de la santé.

[12] JOA : L’idée même de solidarité basée non sur le lien (tribal, familial, ethnique..) mais sur des communautés construites est une invention du mouvement ouvrier de la fin du XIX° siècle, au moment de la constitution des organisations ouvrières de masse que sont les syndicats.

[13] JOA : CC note que ce qui se passe actuellement, en ce début du XXI° siècle avec la dislocation des sociétés, c’est la tentative d’éteindre l’esprit de solidarité et de contestation, de briser ce mouvement d’autonomie.

[14] De ‘res, rei’, la ‘chose’ en latin.

[15] Voir à ce sujet Immanuel Wallerstein « L’universalisme européen : de la colonisation au droit d’ingérence », 2008.

[16] JOA : Ce sont chacun de ces axes de contestation qui sont remis aujourd’hui en question : recul des droits politiques et de l’égalité des droits, de la démocratie, recul des protections sociales, abandon du lien entre croissance de la productivité et croissance des salaires réels, condition du soutien de la demande pour l’écoulement de l’offre, et enfin, bureaucratisation-réification croissante des relations sociales.

[17] CC ajoute d’autres composantes : « Mais dans ces coûts, on omet les destructions de l’environnement, l’aplatissement des vies humaines, la laideur des villes, l’irresponsabilité et le cynisme, le remplacement de la tragédie et de la fête populaire par le feuilleton télévisé… »

[18] Avec la financiarisation de l’économie à partir des années 80, le recours au crédit à la consommation et au logement ont permis pendant un temps, de maintenir la pression à la diminution des salaires tout en soutenant la demande. Le risque que ce système comportait s’est finalement réalisé lors de la crise financière de 2007. Il sera finalement supporté par l’Etat, donc par les contribuables.

[19] Michèle Ansart-Dourlen : « Sur Castoriadis ».

[20] « L’institution imaginaire de la société ».

[21] « La bureaucratie du monde », Séminaire de Jean François Bayard, Sorbonne, Fasopo, 2008.

[22] « L’institution imaginaire de la société ».

[23] Ibidem.

[24] « Contre le conformisme généralisé, Stopper la montée de l’insignifiance » (1997-98).

[25] « L’institution imaginaire de la société ».

[26] Edgard Morin : « La voie », 2011.

[27] Ibidem.

[28] Ibidem.

[29] « Aucun fait technique n’a un sens assignable s’il est isolé de la société où il se produit » (Ibidem)

[30] « Le fait que chaque société se pose comme le centre du monde et regarde toutes les autres de son propre point de vue. » (Ibidem). JOA : Dans la littérature, deux ouvrages (selon ce que je connais) font de ce sociocentrisme le cœur de la trame littéraire romanesque, en sa critique implicite, au travers de la description de la vie d’un village : « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez et « Beaux seins, belles fesses » de Mo Yan, écrivain chinois contemporain.

[31] Ibidem, page 61. (…) « Des forces agissant sur des points d’application définis produisent des résultats prédéterminés selon un grand schéma causal qui doit expliquer aussi bien la statique que la dynamique de l’histoire. » (Ibidem).

[32] Ibidem.

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