A propos du « Capitalisme de péage »…

A propos du « Capitalisme de péage »…

Addendum et correctif à notre texte publié dans Le Débat de janvier 2014.

Dans le texte paru en janvier 2014, l’analyse des grandes tendances du capitalisme occidental à se concentrer sur les flux de droits pour capter des ressources par ‘péage’ (droits financiers, droits de propriété intellectuelle, droits de diffusion, de reproduction, d’usage électronique..) reste valide.

Voir « Captation ou Création de richesse: une convergence inattendue entre Nord et Sud »

http://jacques-ould-aoudia.net/captation-ou-creation-de-richesse-une-convergence-inattendue-entre-nord-et-sud-publie-dans-le-debat-n178-janv-fev-2014-gallimard/

Il y manque cependant un élément majeur : cette tendance s’appuie sur une dimension technologique essentielle, les réseaux électroniques qui permettent la diffusion de l’information, source d’une partie importante de ces flux financiers. Or la maîtrise technique et commerciale de ces réseaux par le biais du contrôle des accès et par celui de la force des grandes entreprises de réseau (soit GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon) est devenu un élément décisif de la puissance, et ce contrôle appartient exclusivement (pour l’instant) aux Etats Unis d’Amérique qui sont passés ‘de l’hyperpuissance à la cyberpuissance’ selon l’expression particulièrement pertinente d’Eric Leboucher.

Ceci confère une suprématie décisive aux USA, suprématie qui sera défendue âprement face à toute tentative de contester le monopole du contrôle sur l’ensemble des réseaux. Seule la Chine est en mesure de défier d’une façon crédible cette position, et elle y travaille, à son rythme.

Parmi les éléments qui ont donné dans les années récentes du contenu à cette puissance unilatérale, on peut citer les sanctions internationales contre l’Iran, sanctions qui ont tiré l’essentiel de leur efficacité de la paralysie du fonctionnement de l’économie iranienne par le contrôle des réseaux digitaux permettant la mise en œuvre efficace des interdictions financières d’échanger avec les banques iraniennes. Ce qui fait dire à François Nicoullaud [1], ancien diplomate français en Iran notamment, que le monde du contrôle de la prolifération nucléaire n’est pas encore devenu multipolaire, encore dominé qu’il est d’une façon écrasante par les USA.

Dans ce jeu de puissance, l’Europe est à la traîne, en une servitude volontaire devant la puissance américaine. La Grande Bretagne, tout à la puissance ‘par procuration’ que lui donne son enfant rebelle devenu le maître du monde, a tout à gagner d’une Europe politiquement faible, qu’elle a réussi à dominer idéologiquement, et qu’elle va quitter prochainement.

[1] « Voyage dans la négociation nucléaire avec l’Iran » – Juillet 2015.

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